L’herbe, les fleurs

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Au bord de la route, dans les villages, le Français tond sa pelouse, ras.

Tout concourt à supprimer ce qui pousse haut, à promouvoir le seul ray-grass, dominateur et sûr de lui, avec une seule tolérance pour le trèfle et les petites pâquerettes : débroussailleuse pétaradante maniée de haut en bas pour écraser, tondeuse à deux roues, tondeuse à quatre roues montée, tracteur à lame de coupe latérale, etc. Quelquefois, c’est une entreprise qui tond et emmène au loin les résidus infâmes.

Un calcul rapide me convainc que j’ai assisté à environ deux cents actes de tonte mais, curieusement, je n’ai pas vu un seul tondeur assis sur une chaise, sur sa pelouse nette.

Pourquoi donc tond-on ? Je crois, original que je suis, à un tic, une mode, une simple habitude ; on le fait parce que le voisin le fait. Parce que cela fait propre. Parce que les anciens jardins potagers que la pelouse a remplacé devaient aussi être bien entretenus, pour l'honneur du propriétaire. Parce que les anglais le font (n’ont-ils pas imité eux-mêmes nos jardins à la française ?).

Ma préférence va, où plutôt irait car je n’en ai vu aucun, à un jardin plus sauvage, avec quelques passages linéaires dégagés pour la promenade et non toute une surface. La nature fait parfois bien les choses, toute seule, au bord de la route, lorsqu’une part de l’accotement a échappé à la tonte réglementaire. Les fleurs sauvages ont une couleur pastel, plus pâle, moins agressive, que celles qui proviennent du grainetier, mais leur diversité est reposante.

Et que dire des coquelicots sinon crier sa joie à la vue d’un champ de blé où, par manque de pesticide, ils se sont maintenus ? Je n’en ai vu qu’un seul exemple. Le plus souvent, seuls quelques spécimens subsistent au bord du champ, le long de la route, pour la même raison.

Vive la route qui protège le coquelicot !

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