Dix

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Comme le précédent, j'ai fait ce rêve tout éveillé, par bribes, en marchant et dans mon demi sommeil nocturne. Je l'ai un peu développé en le relatant ici. Il décrit des faits qui paraîtront beaucoup moins plausibles que celui des poissons, au point que j'hésite un peu à les rapporter.

Nous sommes en l'an 2000, mais le passé est tout autre.
En France, en 1910, au cours de la concurrence entre Renault et Citroën, la voiture du frère de Louis Renault s'est retournée à 100 km/h et a tué son conducteur.

Et voici la fiction : relayant l'émotion déclenchée par la mort de ce patron d'industrie célèbre, un journaliste de talent a déclenché un mouvement d'opinion "zéro morts sur nos routes". Ce mouvement a été soutenu par l'Église et la franc-maçonnerie. Le lobby automobile, peu puissant à l'époque, ne l'a pas contré car il pensait qu'il était possible de vendre des autos pour autre chose qu'aller vite. Seul le lobby hippomobile, non négligeable à l'époque, a fait de la résistance, mais le parlement s'est réuni et a promu la loi des dix km à l'heure, vitesse maximale pour tous véhicules à moteur et hippomobiles sur les routes. La raison invoquée était l'adéquation souhaitée entre la vitesse de déplacement naturelle d'un être humain (4 km/h en promenade, 30 km/h en sprint) et ses artefacts. Une automobile percutant un mur à 10 km/h ne devait causer que des blessures sans gravité à ses passagers.
Puis, la grande guerre est survenue (la limitation de vitesse n'était pas imposée, bien sûr, aux véhicules de l'armée ni aux taxis de la Marne). 

Jusqu'ici, vous me suivez peut-être. Ce qui est plus improbable s'est réalisé : cette loi s'est maintenue jusqu'à notre époque. C'est une exception culturelle supplémentaire de notre pays, comme le fromage au lait cru et l'absence de toilettes publiques, et les français en sont fiers. De temps à autre des voix s'élèvent pour augmenter cette vitesse limite, mais sans succès.

Le français moyen parcourt 1.000 km par an dans son auto au lieu de 10.000 km dans la réalité d'aujourd'hui, mais il en change tout de même tous les trois ans, car la mode change. La consommation étant de l'ordre de un litre au cents kilomètres, nous consommons pour nos autos cent fois moins de pétrole que dans la réalité d'aujourd'hui. Nous sommes les champions de la lutte contre l'effet de serre. Nos normes anti-pollution sont les plus exigeantes au monde.

Le marché s'est développé entre constructeurs français, poussé par les seuls désirs de la clientèle de paraître et de faire ses courses : Les automobiles rivalisent par le confort, leur décoration externe, leur "ligne", et, les hypermarchés n'ayant plus de sens, des superettes en grand nombre sont apparues dans les villages et les quartiers des grandes villes.

Le marché automobile est devenu mondial, mais seules certaines marques ont une version française spécifique : pas de boite de vitesses, roues tournant à 90 degrés, radar anticollision mécanique, automatisme intégral, hauteur considérable permettant la station debout, réfrigérateur, chaîne haute fidélité, décoration intérieure soignée.

Les transports en commun sont très développés et privatisés. Sur les routes, la circulation n'est dense que par beau temps. La conduite étant automatisée ( les radars anti-collision pouvant être réalisés de façon purement mécanique  sont apparus dès 1950 ), les conducteurs admirent la paysage, bavardent et téléphonent librement. Les gens pressés ne sont pas gênés par la circulation : ils vont à pied, dépassent tout le monde et se ruent vers la gare la plus proche.

De temps à autre cependant, une auto heurte une autre auto ou culbute un piéton : des excuses ou des horions s'échangent, sans plus de procès. La vignette est obligatoire, mais pas l'assurance. La durée de vie moyenne des français est d'un an supérieure à celle de la réalité d'aujourd'hui.

Les transports à longue distance se font par chemin de fer : La France bénéficie du réseau ferré le plus long et le plus maillé du monde.

Les allemands peuvent rouler à 200 km/h chez eux, mais adorent venir en la douce France bien qu'ils doivent y louer une voiture spéciale.
Notre pays a conforté sa première place touristique au monde. On loue sa voiture à la gare, près du lieu de ses vacances. De nombreuses autoroutes, de faible longueur et extrêmement sinueuses, passent au voisinage des sites culturels et architecturaux.

Ah ! quel beau pays !

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