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Version 1.1, Aout 1999

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----------------------- FIN DE LA LICENCE ABU --------------------------------

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<IDENT fabulistes>
<IDENT_AUTEURS galloisl>
<IDENT_COPISTES swaelensg>
<ARCHIVE http://abu.cnam.fr>
<VERSION 1>
<DROITS 0>
<TITRE LE CITATEUR DES FABULISTES FRANCAIS. (1830)>
<GENRE poésie>
<AUTEUR Léonard Gallois>
<NOTESPROD>

Publié en 1830, «Le Citateur" rassemble de nombreuses maximes de fabulistes français, principalement du 18me siècle. Son auteur, Léonard Gallois, a par ailleurs publié «Le Citateur dramatique», un dictionnaire de citations extraites des oeuvres dramatiques de la même époque.

Published in 1830, "Le Citateur" is a compilation of quotations from mainly 18 th century French fable writers. Its author, Léonard Gallois, also published "Le Citateur dramatique" which covers quotations from theatre plays of the same period.
</NOTESPROD>
----------------------- FIN DE L'EN-TETE --------------------------------

------------------------- DEBUT DU FICHIER fabulistes1 --------------------------------

LE CITATEUR DES FABULISTES FRANÇAIS, PETIT DICTIONNAIRE DES MAXIMES, SENTENCES, AXIOMES ET PROVERBES EN VERS EXTRAITS DE TOUTES NOS MEILLEURES FABLES ET APOLOGUES EN VERS, ET MIS EN ORDRE,

PAR LEONARD GALLOIS, AUTEUR DU «CITATEUR DRAMATIQUE», ETC. ETC. ETC.

« A-t-on jamais retenu une seule phrase de trente ou quarante mille discours moraux? Et ne sait-on pas par coeur ces sentences admirables, placées avec art dans les ouvrages des poètes anciens et modernes?»
VOLTAIRE, Lettre au sénateur Albergati.

PARIS
J. N. BARBA, LIBRAIRE-EDITEUR, PALAIS-ROYAL, DERRIÈRE LE THEATRE FRANÇAIS.
M DCCC XXX.

***

PREFACE NECESSAIRE.

Ce fut tout simplement en corrigeant les épreuves d'imprimerie du Répertoire du Théâtre-Français, que me vint l'idée d'en extraire les vers contenant des maximes, des sentences, des axiomes, en un mot, la morale de nos auteurs dramatiques. Je commençai ce recueil sans autre but que celui de l'appeler quelquefois au secours de ma mémoire; mais je ne tardai pas à m'apercevoir que je pourrais en faire un volume aussi utile qu'amusant et je publiai le Citateur Dramatique. Cinq éditions successives m'ont prouvé que je ne m'étais pas trompé.

L'appétit vient en mangeant,

a dit quelque part un de nos fabulistes (1): aussi après avoir exploité avantageusement nos auteurs dramatiques, ai-je cru pouvoir mettre à contribution tous nos fabulistes. La source n'était pas moins abondante, et j'en ai tiré un autre volume, qui ne m'a coûté que du temps et de la patience.

[(1) Cherchez au mot Appétit, ce sera faire un essai de l'utilité de ce petit Dictionnaire.]

C'est l'ouvrage que j'offre aujourd'hui au public sous le titre de Citateur des Fabulistes français, et qui est destiné à servir de pendant au Citateur Dramatique

Celui-ci contient les maximes et les sentences extraites des comédies et des tragédies formant le Répertoire du Théâtre-Français; l'autre renferme celles puisées dans la collection de nos fabulistes.

La plupart de ces pensées, les unes simples et ingénieuses, les autres pleines de justesse et de sens, quelques-unes sublimes, se trouvaient perdues dans une foule d'ouvrages que tout le monde n'est pas tenu de lire, car nous comptons plus de deux cents fabulistes, qui ne sont pas tous également amusans.

Mais comme la poésie a une manière de dire les choses qui leur donne plus de force et les rend plus faciles à retenir, il arrive souvent qu'une vérité presque triviale devient, sous la plume d'un poète, une maxime, un axiome que l'on aime à se rappeler et à citer au besoin: or, il est fort peu de nos fabulistes qui n'aient laissé quelques pensées devenues proverbiales.

Je crois donc que j'ai bien fait de n'avoir méprisé personne, et d'avoir pris les maximes de chaque auteur telles qu'elles sont; on n'en sentira que mieux la différence, qui existe dans la manière d'exprimer la même idée entre un grand poète et un poète médiocre. Je n'ai pas non plus élagué de ce recueil les maximes fausses; je les ai, au contraire, mises en contact avec celles dont la vérité ne saurait être contestée, afin d'offrir parfois le piquant du
contraste qui résulte de la comparaison, bien persuadé qu'on saura faire justice de tout ce que la morale réprouve, comme, par exemple, les maximes des tyrans, celles des méchans, des avares, des orgueilleux, des égoïstes, tous gens incapables d'avoir des principes généreux.

Que si, avant de l'avoir lue, on me demande de quelle utilité peut être cette laborieuse composition, je répondrai, que tout en travaillant à faciliter de longues et fatigantes recherches, j'ai voulu, appuyé sur des autorités respectables, parler plus facilement au coeur et à l'esprit de l'homme, et lui offrir un guide dans certaines occasions; car les maximes grandes, nobles, généreuses, quand elles sont gravées dans la mémoire, se présentent à chaque instant pour orner nos paroles et régler nos actions.

***

LE CITATEUR DES FABULISTES FRANÇAIS

*****

--- A ---

ABONDANCE.

Bien souvent l'abondance étouffe l'industrie.
STASSART, la Poule trop grasse.

L'abondance engendra la sombre inquiétude.
JAUFFREY, le Rat et le Grelot.

ABSENCE.

L'absence est aussi un remède à la haine,
Qu'un appareil contre l'amour.
LA FONTAINE, les deux Perroquets.

... Absens, vous avez tort.
M. J. CHENIER, la Lettre de cachet.

ABSURDE.

Quand l'absurde est outré, l'on lui fait trop d'honneur
De vouloir, par raison, combattre son erreur.
Enchérir est plus court sans s'échauffer la bile.
LA FONTAINE, le Dépositaire infidèle.

ABUS, ABUSER.

L'abus marche souvent auprès de la puissance.
LE BAILLY, le Roi, son Fils et l'Esclave.

Rien n'est si bon, que quelque abus n'en suive.
NIVERNAIS, le Sultan et la Sultane.

On abuse du vrai comme ont fait de la feinte.
LA FONTAINE, la Fiancée du roi de Garbe._

Dans ses raisonnemens souvent l'homme s'abuse,
Souvent il prend pour bons des conseils imprudens,
Un jour en aveugle, il refuse,
ce que, mal à propos, il veut en d'autres temps.
LENOBLE, le Pêcheur et les Poissons._

De la suprême autorité,
On n'abuse jamais avec impunité.
LEBRUN, la Désobéissance louable.

ACCORD, ACCORDER.

Quand on a même but rarement on s'accorde.
LEBRUN, l'Aigle et le Dragon.

À tout accord forcé, l'on a droit de manquer.
FRANÇOIS DE NEUF. la Vulpéide, chant III.

Rien n'est plus beau que d'accorder La modestie et le mérite.
LEBRUN, le Loup et le Renard.

Quand la raison et la nature,
Dans une tète sont d'accord,
L'homme peut aisément par une route sûre
Arriver à bon port.
LENOBLE, _le Singe et le Chat.

L'oreille et l'oeil d'accord doivent jouir ensemble.
FRANÇOIS DE NEUF., Prologuedu livre II.

Qu'elle arrive de haut ou bien de bas étage,
Une bonne action me rafraîchit le sang.
A. RIGAUD, le Paysan, l'Ermite et le jeune Homme.

En autrui, nous blâmons et nous taxons de crime,
Avec un air de courroux,
Telle action qui, pour nous,
Se travestit et devient légitime.
HAUMONT, le Chasseur et le Renard.

Nos actions parfois ont un air de vertus;
Qu'on les creuse: c'est vice ou faiblesse, rien plus.
LAMOTTE, l'Horoscope du Lion.

Bonne action, dit-on, a toujours son salaire.
A. RIGAUD, le Renard bienfaisant.

Prêtez l'oreille aux scélérats,
Ils voudront vous eu faire accroire,
Chez eux, pour excuser l'action la plus noire,
Prétextes ne manqueront pas.
A. RIGAUD, le Chat et le Loup.

ADRESSE.

... ... En mainte occasion
Moins sert la force que l'adresse.
LEBRUN, les Eléphans et les Lapins.

ADVERSITE.

Contre l'adversité celui qui se mutine,
Fera-t-il du Destin révoquer les arrêts?
A. RIGAUD, le Bloc de marbre.

... Un grand coeur, luttant contre l'adversité,
Sent doubler son courage et son activité.
AGNIEL, Hercule.

... L'adversité fit dans un seul moment
Ce que tant de leçons n'avaient jamais pu faire.
FLORIAN, le Linot.

Heureux qui voit ses torts; l'adversité rend sage:
HAUMONT, le Cheval et L'Ane.

AFFAIRES

... Si quelque affaire t'importe,
Ne la fais pas par procureur.
LA FONTAINE, le Fermier, le Chien et le Renard.

Voulez-vous que tout marche bien?
Veillez vous-même à vos propres affaires.
GRENUS, l'Homme qui veut être roi.

AFFECTATION.

Nul agrément n'est né de l'affectation.
LAMOTTE, les Graces.

AFFECTION.

Il n'est affection dont on ne vienne à bout.
LA FONTAINE, la Fiancée du roi de Garbe.

AFFLICTION, AFFLIGER.

C'est s'affliger deux fois que s'affliger d'avance.
STASSART, la Corneille et le Rossignol.

Sans cesse s'affliger, c'est offenser les dieux.
DU HOULLAY, la Tourterelle et la Pie.

AFFRONT.

Qui dévore un affront mérite qu'on l'outrage.
STASSART, l'Aigle et le Milan.

AGE.

Le premier âge de la vie
Est l'âge du bonheur, s'il en est ici-bas.
JAUFFRET, L'Ane paré de fleurs.

L'âge change nos goûts, nos moeurs et nos penchans.
STASSART, la Cigale et le Papillon.

L'âge est un droit de guider la Pa jeunesse.
STASSART, le Cheval et son Maître.

AGIR.

Veiller, prévoir, agir avec constance, Sur nous du ciel attire l'assistance.
PERRAULT, le Bouvier et Hercule.

Le discours est peu nécessaire
Quand il ne s'agit que de faire.
PERRAULT, le Fanfaron.

AGRANDIR.

S'agrandir, c'est se détruire:
Plus on étend un empire,
Plus les lois, l'autorité,
Y perdent d'activité.
NIVERNAIS,les deux Sceptres.

AGREABLE.

On dédaigne l'utile, on chérit l'agréable,
DU TREMBLAY, l'Ane et son Maître.

Il faut être utile et surtout agréable.
A. RIGAUD, le Fouet.

L'aride n'est point agréable.
LAMOTTE, la Brebis et le Buisson.

AGRICULTURE.

Quand il lui faut lutter contre des champs trop forts,
L'art du cultivateur fait d'impuissants efforts.
FRANÇOIS DE NEUFCHATEAU, le Fermier et son Fils.

Les dieux comblent de biens le sage agriculteur;
Heureux, cent fois heureux, s'il connaît son bonheur.
A. RIGAUD, l'Agriculteur.

Des trésors d'un Etat la véritable mine,
C'est l'art qui produit les moissons.
FRANÇOIS DE NEUFCHATEAU, Pythès.

AIDE, AIDER.

Aide-toi, le ciel t'aidera.
LA FONTAINE, le Charretier embourbé.

Il se faut entr'aider, c'est la loi de nature.
LA FONTAINE, l'Ane et le Chien,

Aidons-nous mutuellement;;
La charge des malheurs en sera plus légère.
FLORIAN, l'Aveugle et le Paralytique.

Un peu d'aide nous fait grand bien.
DU TREMBLAY, les deux Serins.

Si l'homme accomodé n'aide le malheureux,
Ils s'en trouveront mal tous les deux.
PERRAULT, le Cheval et l'Ane.

Le ciel veut que l'on s'aide.
DU TREMBLAY, la Pie, la Linotte, l'Etourneau, etc.

Le ciel prétend qu'en son aide on espère Mais il faut distinguer le cas.
LAMOTTE, le Corbeau et le Faucon.

Aider au mal c'est autant que le faire.
LAMOTTE, l'Ane et le Lièvre.

On doit l'un et l'autre s'aider.
HAUMONT, la Vigne et le Poirier sauvage.

AIGREUR.

... Fait-on raisonner l'aigreur?
DU TREMBLAY, le petit Ménage.

AIMER.

Au doux plaisir d'aimer, heureux qui s'abandonne.
DU TREMBLAY, la jeune Fille et son Chat.

Il faut, dit-on, connaître avant d'aimer.
NIVERNAIS, le jeune Chien.

Il faut aimer ceux qui nous font du bien.
GOSSE, la jeune Fille et la Poupée.

Aimer ce qui nous nuit,est souvent notre usage.
MME JOLIVEAU, les Fleurs.

... L'on est toujours près d'aimer à la folie,
La femme qu'on trouve jolie.
A. de MONTESQUIOU, la Femme à Nicolas.

... Le secret pour qu'on nous aime, C'est d'aimer les premiers.
FLORIAN, la Colombe et son Nourrisson._

... Faut-il le frein du châtiment
Aux coeurs bien nés pour aimer constamment?
VOLTAIRE, les trois Manières.

... Il faut qu'on s'entr'aime
Pour être heureux et tranquille ici bas.
NIVERNAIS, les Bornes et le Pouvoir de l'Education.

Il est affreux de perdre ce qu'on aime.
DU TREMBLAY, la jeune Fille et son Chat.

... En aimant, qui ne veut être aimé?
LA FONTAINE, Belphégor.

On peut fort bien s'aimer avec un goût contraire.
DU TREMBLAY, le Hibou et le Linx.

Aimons toujours d'une amitié discrette;
Ne soyons point à charge à nos amis.
HAUMONT, le Marchand de mulets.

Qu'un homme aimable est loin d'un homme heureux.
DORAT, l'Homme détrompé.

... Pour être aimable,
il faut plus que de la beauté.
HAUMONT, le Papillon et l'Abeille.

Lorsque tout sourit à nos voeux, il est fort aisé d'être aimable.
DU TREMBLAY, le Cochet et le Cochon._

AISANCE.

L'aisance étouffe l'industrie.
F. DE NEUFCHATEAU, la Poule trop grasse.

ALLIANCE.

Il est bon de voir avec qui l'on s'allie.
LENOBLE, le Vautour et le Renard.

Entre nous et certains parens,
Qui nous vantent leur alliance,
Afin de vivre bons amis,
Il faut laisser toujours une honnête distance.
GRENUS l'Ecureuil et le Renard.

... Avant que de conclure
Une alliance, il faut bien connaître les gens.
FORMAGE, le Milan et les Colombes.

Rien n'est plus dangereux que la fière alliance
Du courroux et de la puissance.
PERRAULT, le Lion enragé et la Chèvre.

Tout riche qui n'eut pas la noblesse en partage
Ne doit point s'allier avec de grands seigneurs;
On lui fait tôt ou tard payer cher les honneurs
Dont il a recherché le frivole avantage.
LEBRUN, la Ronce et le Cèdre.

... Jamais
L'oison avec profit à l'aigle ne s'allie.
LENOBLE, le Mari et ses deux Femmes.

AMANS.

Les amans sont des chiens flatteurs
Qui ne cherchent qu'à vous surprendre;
Belles, défiez-vous de leurs discours trompeurs:
Heureuse qui peut s'en défendre!
LEBRUN, la Chambrière et la Chienne.

Chez les amans tout s'excuse, tout plaît.
LA FONTAINE, Belphégor.

Les amans sont toujours de légère croyance.
LA FONTAINE, les Filles de Minée.

De ses amans toujours on se méfie.
LA FONTAINE, Richard Minutolo.

Soyez amant vous serez inventif,
Tours ni détours, ruse ni stratagème,
Ne vous faudront ...
LA FONTAINE, le Cuvier.

... Rien ne coûte à qui se sent épris.
NIVERNAIS, le Cheval de course.

Les amans n'ont pas d'avenir.
Le temps que l'on passe à jouir,
Absorbe si bien la pensée!
DU TREMBLAY, Flore et Zéphire.

... Les amans ont un heureux destin:
Jamais ils n'ont prévu la fin
De leur bonheur ...
A. DE MONTESQUIOU, la Fiancée.

Craignez-vous d'un amant les dangereux attraits,
Gardez-vous de le peindre en monstre abominable:
Peut-on le reconnaître, hélas! dans vos portraits,
L'amour en fait toujours l'objet le plus aimable.
Mme JOLIVEAU, la Poule et la poulette.

Les amoureux ont toujours le coeur bon.
FLORIAN, le Chien de chasse.

L'amant n'a rien que pour l'objet qu'il aime.
NIVERNAIS, le Sultan et la Sultane.

AMBITION, AMBITIEUX.

Deux démons, à leur gré partagent notre vie,
Et de son patrimoine ont chassé la raison;
Je ne vois point de coeur qui ne leur sacrifie;
Si vous me demandez leur état et leur nom:
J'appelle l'un, Amour, et l'autre, Ambition.
Cette dernière étend le plus loin son empire;
Car même elle entre dans l'amour.
LA FONTAINE, le Roi et le Berger.

Jamais l'ambition ne voit ses voeux remplis;
C'est le tonneau des Danaïdes.
LEBRUN, le Ruisseau.

L'ambitieux toujours veut monter d'un degré.
A. RIGAUD, les Frelons et les Abeilles.

Qui veut trop s'élever trouve qui le terrasse.
LENOBLE, le Myrte devenu sapin.

... Ses désirs sont sans bornes;
Mais l'Olympe souvent lui vend cher ses faveurs.
AGNIEL, les Chèvres.

... Qui n'a dans la tête
Un petit grain d'ambition?
LA FONTAINE, le Berger et le Roi.

Ceux-là seuls pour régner, ont de la passion,
Que possède une folle et vaine ambition.
PERRAULT, les Arbres et le Prunier sauvage.

L'ambitieux se perd en s'élevant.
LEBRUN, l'Auteur et le Livre.

A l'ambition tout semble être possible.
LE BAILLY les deux Souhaits.

L'ambitieux, toujours, fait une triste fin.
JAUFFRET, le Brochet.

A nul, l'ambition, n'est, je crois, étrangère.
STASSART, l'Escargot et l'Aigle.

... L'ambition
Conduit souvent à la folie.
STASSART, le Lion devenu fou et le Lapin.

Un ambitieux s'ennuie.
JAUFFRET, le Hibou, le Linot et le Pinson.

Le désir insensé d'éterniser son nom
Impose un joug de fer au mortel qu'il enivre.
COUPE DE ST.-DONAT, Epilogue.

Homme à projets ambitieux,
Pour obtenir les biens que le sort te dénie,
N'importune pas trop les dieux ...
Ces biens feraient un jour le malheur de ta vie.
STASSART, la Fourmi.

Ramper pour aller vite est des ambitieux,
Comme on sait, l'allure ordinaire.
AGNIEL, le Lierre.

... Des ambitieux rien n'arrête l'élan.
AGNIEL, le Brochet ambitieux.

AME.

L'esprit ne suffit pas: l'ame sait toucher l'ame.
Et rend disert un ignorant.
Mme JOLIVEAU, le Triomphe du sentiment.

De l'ame quelquefois la beauté se marie à la difformité du corps.
FRANÇOIS DE NEUFCHATEAU, la Tête du Singe.

AMIS.

Il n'est meilleur ami ni parent que soi-même.
LA FONTAINE, l'Alouette et ses Petits.

Un ami de trente ans ne se remplace pas.
LOMBARD DE LANGRES, l'Oiseau plumé.

On ne rencontre pas des amis à foison.
DU TREMBLAY, le Paon.

Le seul ami fidèle inspire un sentiment.
Mme JOLIVEAU, la Fleur sensible et le Papillon.

Ne prends tes amis qu'à l'épreuve.
FRANÇOIS DE NEUFCHATEAU, le Veau dans le sac.

Qu'un véritable ami est une douce chose!
Il cherche vos besoins au fond de votre coeur;
Il vous épargne la pudeur
De les lui découvrir vous-même:
Un songe, un rien, tout lui fait peur
Quand il s'agit de ce qu'il aime.
LA FONTAINE, les deux Amis.

... L'homme ne pense guère
A ses meilleurs amis quand il n'en a que faire.
JAUFFRET, l'Ane indiscret.

... Des amis faux
On distingue les véritables.
GRENUS, le Tilleul.

Chacun veut avoir des amis.
ARNAULT, le Chien, le Chat et le Maître.

La terre et le travail sont les premiers amis;
Ceux-là tiennent toujours tout ce qu'ils ont promis.
FRANÇOIS DE NEUFCHATEAU, le Fermier et son Fils.

Qui possède un ami possède un grand trésor.
A. RIGAUD,les Bienfaits.

... La plus rude atteinte est cent fois moins cruelle
Que le plus léger mal qui nous vient d'un ami.
LE BAILLY, le Chien et la Chèvre.

D'un ami qui sèche nos larmes
Ne repoussons jamais les soins. les
STASSART, le Pigeon et le Ramier.


Choisissons nos amis avec poids et mesure;
On ne peut vivre seul: s'associer est bon:
Mais ne prenons pour compagnon,
Que celui qui va à notre allure. DU TREMBLAY,le Lièvre et la Tortue.

Chacun se dit ami, mais fou qui s'y repose
Rien n'est plus commun que ce nom.
Rien n'est plus rare, que la chose.
LA FONTAINE, Parole de Socrate.

... Entre amis on n'a point de réserve.
DE LA BOUTRAYE, la Cigale et le Hibou.

Chez les amis tout s'excuse, tout passe.
LA FONTAINE, Belphégor.

... A quoi bon tant d'amis?
Un seul suffit quand il nous aime.
FLORIAN, le Lièvre et ses Amis.

Rien n'est si dangereux qu'un ignorant ami:
Mieux vaudrait un sage ennemi.
LA FONTAINE, l'Ours et le Jardinier.

On voit, dans le siècle où nous sommes,
Moins de vrais amis que de faux.
LENOBLE, la Fourmi et le Ramier.

... Parmi tant d'ingrats quelquefois il s'en trouve
De la pâte qu'il faut pour faire des amis,
Et c'est au besoin qu'on éprouve
S'ils tiennent ce qu'ils ont promis.
LENOBLE, la Fourmi et le Ramier.

Tel que pour ami l'on suppose
Montre dans le besoin qu'il ne l'est nullement.
LENOBLE, le Renard et le Buisson.

... Sur cette terre
N'a pas qui veut de vrais amis.
A. NAUDET, la Prière à Jupiter.

Il faut, en fait d'amis, éviter la rencontre
De tout homme qui dit et le pour et le contre.
PERRAULT, l'Homme et le Satyre.

... A choisir ses amis,
On gagne toujours quelque chose.
A. NAUDET, le Bluet.

Qu'on trouve peu d'amis fidèles!
Que peu sont marqués au bon coin!
Combien saignent du nez dans le moindre besoin,
Qui tous les jours vous font cent promesses nouvelles!
LENOBLE, le Sanglier et le Buisson.

AMITIE.

L'amitié, charme de la vie,
Peut seule du malheur alléger le fardeau.
STASSART, le Pigeon et le Ramier._

... Il est utile
Dans la douce amitié de placer son bonheur.
FLORIAN, l'Ecureuil, le Chien et le Renard.

... L'amitié
De sa nature est peu constante, Quand le besoin qui la cimente
N'est pas un mutuel besoin.
ARNAULT, l'Huître et le Marsouin..

L'amitié doit siéger auprès de la douleur.
DU TREMBLAY, les deux Moineaux.

L'amitié n'est chez nous qu'un goût dont on se lasse,
Un noeud qu'use le temps, un caprice qui passe.
AUBERT, les deux Pigeons.

L'amitié chez les grands est piétrement logée,
Chez les petits, dit-on, elle est mieux hébergée.
A. RIGAUD, le Bombardier et la Chenille.

L'amitié disparaît où l'égalité cesse.
AUBERT, Fanfan et Colas.

On ne supporte qu'à moitié
Le poids des misères humaines,
Quand le ciel accorde à nos peines Les tendres soins de l'amitié.
ARNAULT,la Langue du Chien.

Qu'importe l'amitié des gens cachés sous l'herbe?
D'EPAGNY, le Tournesol et les Fleurs.

L'amitié des puissans est un bien si frivole!
Et le plus brillant protecteur
Ne vaut pas un ami de coeur.
D'EPAGNY, le Tournesol et les Fleurs.

Sur l'amitié des gens de féroce nature
Se confier c'est être sans raison: Cette amitié-là n'est pas sûre.
GUTTINGUER, le Lionceau.

Que n'ose et que ne peut l'amitié violente?
LA FONTAINE, le Corbeau, la Gazelle, la Tortue, etc.

Ménageons l'amitié, même dans nos beaux jours;
Quand le temps détruit les amours, Elle mûrit pour la vieillesse.
DU TREMBLAY, les deux Moineaux.

Amitié veut de la prudence.
LAMOTTE, les deux Chiens.

Il faut qu'on se convienne, il faut qu'on se ressemble,
Lorsque de l'amitié l'on veut former les noeuds.
AGNIEL, le Rat et le Chameau.


AMOUR.

L'amour est un tyran, l'amour est un poison.
Qui corrompt l'innocence et trouble la raison.
LEBRUN, la Bergère et la Brebis.

... L'amour est un enfant gâté,
Toujours impatient d'atteindre
Aux objets qu'on refuse à son avidité.
Leur prix se perd à l'instant qu'on lui cède,
Et le refus leur donnait mille appas.
Il est de glace aux trésors qu'il possède;
Il est de feu pour tout ce qu'il n'a pas.
AUBERT, les deux Moineaux.

L'Amour polit le caractère,
Epure l'ame, y sème les vertus.
On prend pour lui certain fils de Vénus,
Qui n'en est cependant qu'une image grossière.
Le véritable Amour, celui qui dans nos coeurs
Rappelle nos devoirs, les guide, les éclaire,
Est fils de la Raison et le père des Moeurs.
AUBERT, les Voeux.

Amour, Amour, quand tu nous tiens
On peut bien dire adieu prudence!
LA FONTAINE, le Lion amoureux.

Le véritable amour est timide et discret;
Il a besoin qu'on le devine.
DU TREMBLAY, la Tourterelle et le Moineau-franc.

L'amour est le bonheur parfait,
Quand il croît par la jouissance.
DU TREMBLAY, la Tourterelle et le Moineau-franc.

L'amour lui seul peut charmer notre vie.
FLORIAN, le Tourtereau.

... Le ciel a fait l'amour
Pour embellir et consoler la gloire.
GUTTINGUER, le Chêne et le Chèvre-feuille.

Si l'amour libre est un feu violent,
L'amour que l'on gêne est bien pire.
AUBERT, le Moineau-franc.

L'amour est un étrange maître;
Heureux qui ne peut le connaître
Que par récit, lui ni ses coups.
LA FONTAINE, le Lion amoureux.

... Amour perd sa puissance
Sitôt qu'Hymen dispense ses présens.
AUBERT, les deux Billets.

L'amour vaut mieux encor que le mépris.
LA FONTAINE, la Confidente.

L'Amour est nu; mais il n'est pas crotté.
LA FONTAINE, L'Oraison de Saint-Julien.

L'amour s'éteint par le bien qu'il souhaite.
LA FONTAINE, l'Amour et l'Hyménée.

Adresse, force, et ruse, et tromperie,
Tout est permis en matière d'amour.
LA FONTAINE, Richard Minutolo.

Le véritable amour doit être généreux.
LEBRUN, l'Amour et l'Intérêt.'

... Tout amour est mêlé de caprice.
LENOBLE, la Guenon et son Magot.

... Qui peut arrêter l'amour en sa fureur?
A. RIGAUD, les deux Cerfs.

AMOUR-PROPRE.

L'amour-propre nous perd; c'est un écueil flatteur
Qui porte à la raison de fâcheux préjudices.
LEBRUN, Narcisse et son Image.

L'amour-propre est la seule chose
Dont on ne vient jamais à bout.
NIVERNAIS, le Pouvoir et les Bornes de l'Education.

L'amour-propre se trompe et nous trompe souvent.
STASSART, le Merle, l'Alouette et le Ramier.

L'amour-propre toujours en sottises abonde.
GOSSE, le Connaisseur.

L'amour-propre et la vaine gloire
Rendent souvent l'homme vanteur.
LA FONTAINE, le Gascon.

L'amour-propre toujours se montre téméraire.
Sans force et sans moyens il croit pouvoir tout faire.
STASSART, l'Aigle et le Papillon.

Il en coûte, parfois, de s'estimer trop haut,
Et cette erreur, si commune à tout âge,
De la jeunesse est surtout le défaut.
A. NAUDET, le Rossignol et le Serin.

... L'amour-propre s'irrite
Partout assez facilement.
STASSART, les Etoiles et le Soleil.

Notre amour-propre est le juge ordinaire
Que nous consultons; pour nous plaire,
A nos goûts, nos penchans, il faut s'assimiler,
Etre de notre avis, enfin nous ressembler.
HAUMONT, la Fille sauvage, les Portraits et le Miroir.

L'amour-propre séduit: la plus laide figure
Se flatte, et prend toujours vérité pour injure.
HAUMONT, le Singe et le Miroir.

Sur sottise amour-propre enté,
Naquit de toute éternité.
COUPE DE ST.-DONAT, l'Oison.

... Qui de nous ne pense
Valoir ceux que le rang, les talens, la naissance
Elèvent au-dessus de nous.
FLORIAN, le Boeuf, le Cheval et l'Ane.

... A vos plus grossiers défauts
L'amour-propre trouve une excuse.
LE BAILLY, le Cheval et l'Ane.

L'amour-propre est aveugle; un auteur qui se flatte
Qu'au public il plaira, se flatte vainement:
Ne prévenons jamais son jugement,
C'est une espèce d'antidate.
LEBRUN, l'Auteur et le Livre.

Il est beaucoup d'erreurs et quelques vérités
Que l'amour-propre nous fait croire.
A. RIGAUD, la Chronologie.

Trop d'amour-propre aveugle l'ignorant.
HAUMONT, le Rossignol et le Coucou.

AMUSER.

À qui s'amuse, un jour ne semble rien;
La nuit encore est plus vite passée.
C. BERRIER, le Curé et les Comédiens.


ANONYME.

On devrait toujours mépriser
Un ennemi qui garde l'anonyme.
STASSART, le Rat et le Taureau.-

APOLOGUE.

... L'apologue est un miroir;
Mais dans cette glace fidèle
C'est son voisin qu'on cherche; on ne veut pas s'y voir.
LE BAILLY, le Tableau allégorique.

Oh! qu'en leçons l'apologue est fertile!
LEBRUN, le Feu disgracié.

L'apologue trop bref n'est plus qu'une épigramme,
Un trait en l'air, un mot sans prise et sans effet.
F. DE NEUFCHATEAU, Prologuedu livre VII.

L'apologue naquit au sein de l'esclavage.
LE BAILLY, Prologuedu livre IX.

APPARENCE.

Il ne faut pas juger les gens sur l'apparence.
LA FONTAINE, le Paysan du Danube.

Jamais nous ne devons juger sur l'apparence.
HAUMONT, la Jument et son Poulin.

Ne jugeons pas sur l'apparence,
Car tel que l'on méprise est plus fort qu'on ne pense.
COUPE DE ST.-DONAT, Mars et l'Amour.

Nous courons après la fortune,
Le pouvoir, la grandeur, vaines illusions
Que réalise aux yeux de l'ignorance
Le coloris des passions:
Nous ne trouvons que l'apparence.
NIVERNAIS, le Tableau de Zeuxis.

... Il n'est rien
De plus trompeur que l'apparence.
DE LA BOUTRAYE, les deux Pauvres.

Humains, ne vous fiez pas
A la première apparence.
DE LA BOUTRAYE, les Fleurs simples et les doubles.

L'apparence est trompeuse, ami, crois que le sage
Doit plus porter plus avant son regard scrutateur.
ARNAULT, les Dauphins et les Harengs.

Défions-nous d'une lourde apparence.
NIVERNAIS, le Hérisson.

Le génie inventif et le plus grand talent,
Sont quelquefois cachés sous la faible apparence.
HAUMONT, le Coq et le Canard.

Tel paraît honnête homme aux yeux
Qui dans le fond est autre chose.
LENOBLE, le Paon et l'Ibis.

Ne jugez en nulle occurrence,
Ni de l'homme par l'apparence,
Ni du cheval par le harnais.
LEBRUN, les deux Chevaux.

O vous qu'avait trompés une fausse apparence,
Dès que vous découvrez un esprit vicieux,
Rompez-en vite avec prudence
Le commerce contagieux.
LENOBLE, le Paon et l'Ibis.

L'homme à bien discerner n'est pas toujours habile,
Et l'apparence le séduit,
Il méprise souvent ce qui serait utile,
Pour s'attacher à ce qui nuit.
LENOBLE, le Cerf qui loue ses bois.

Ne croyons pas à l'apparence.
Pour vivre en paix c'est un point capital.
FORMAGE, le Paysan et le Chien.

N'accordons pas notre suffrage,
Sur la simple apparence, ainsi que bien des gens:
Pour le mérite seul réservons notre encens.
STASSART, le Financier, l'Alphabet et le Sansonnet.

APPAS.

Les plus brillans appas sont des fantômes vains.
LEBRUN, Alcimédon et Amaryllis.

... Les vrais appas sont ceux de la vertu.
LEBRUN, les deux Lions en guerre.

Les plus brillans appas n'ont qu'un temps pour charmer.
LEBRUN, la Tubéreuse et le Zéphir.

APPETIT.

... L'appétit vient en mangeant.
LA FONTAINE, la Confidente.

... Il n'est de bons repas
Que ceux qu'appétit assaisonne.
LEBRUN, le Prince et le Pâtre.

Pain dérobé réveille l'appétit.
DUCERCEAU, la nouvelle Eve.

Rien ne peut des mortels arrêter l'appétit.
STASSART, le Marchand de chiens.

A qui cherche un souper tout paraît légitime.
C. BERRIER, le Curé et les Comédiens.

APPRENDRE.

Il est ...
Plus honteux d'ignorer qu'il n'est honteux d'apprendre.
LEBRUN, le Vieillard ignorant.

APPRENTISSAGE.

Chaque métier a son apprentissage;
Rien de moins gai que les commencemens.
LOMBARD DE LANGRES, le Conscrit.

... Le plus jeune apprentif
Est vieux routier dès le moment qu'il aime.
LA FONTAINE, le Cuvier.

APPUI.

On ne peut s'appuyer que sur ce qui résiste.
ARNAULT, les deux Bambous.

Dans ses désirs l'homme ébloui
Voudrait bien s'élever, s'enrichir et paraître;
Mais il se rend esclave en cherchant de l'appui.
LENOBLE, l'Ecuyer et le Cheval.

ARGENT.

L'argent répare toute chose.
LA FONTAINE, le Fleuve Scamandre.

L'argent parfois couvre un vaurien.
GOSSE, le Chat et le Poisson doré.

... Dans ce vieux temps de crise
Tout paladin fut fort mal partagé:
L'argent n'allait qu'aux mains des gens d'Eglise.
VOLTAIRE, Ce qui plaît aux Dames.

ARROGANT.

Souvent une fin honteuse
Attend au dernier pas le superbe arrogant.
LENOBLE, les Rats.

ART.

L'art peut corriger quelquefois,
Mais jamais changer la nature.
JAUFFRET, le Corbeau.

Point ne nuit en cette vie
Un peu d'art et de génie.
A. RIGAUD, le Singe et l'Ecureuil.

Si l'art et le travail n'aidaient pas la nature,
On verrait fort souvent les champs les plus féconds,
Ne pousser, faute de culture,
Que des ronces et des chardons.
LENOBLE, les Corbeaux et les Aiglons.

ARTIFICE.

L'artifice est suspect et nuit à son auteur.
LEBRUN, le Singe et la Guenon.

A l'artifice opposons l'artifice.
HAUMONT, le Berger et le vieux Loup.

... Toute beauté factice
Séduit les yeux dans un moment d'erreur:
L'amour connaît peu l'artifice,
Les traits sont émoussés par un masque trompeur.
HAUMONT, la Villageoise et l'Habitante de la ville.

ARTISTE.

Tout artiste est jaloux d'une gloire immortelle.
F. DE NEUFCHATEAU, Prologuedu livre X.

Pour l'ordinaire chaque artiste
Parle de son art ou de rien.
NIVERNAIS, le Statuaire et le Chimiste.

ASILE.

Qu'il est doux de donner à l'enfant du malheur
Un asile en son sein contre son oppresseur!
DU HOULLAY, le Rossignol, le Vautour et Xénocrate.

L'asile le plus sûr est le sein d'une mère.
FLORIAN, la Mère, l'Enfant et les Sarigues.

ASSORTIR.

Avant de vivre ensemble il faut bien s'assortir.
P. DE NEUFCHATEAU, le Charbonnier et le Foulon.

Ne nous associons qu'avecque nos égaux.
LA FONTAINE, le Pot de terre et le Pot de fer.

ATTACHEMENT.

Le coeur veut un attachement,
Et s'abandonne à la tendresse
Sans savoir pourquoi ni comment.
NIVERNAIS, le jeune Chien.

Heureux qui par l'instinct conduit,
Dans l'âge d'aimer et de plaire,
S'attache sans être séduit!
NIVERNAIS, le jeune Chien.

Prévenez la funeste attache
Qui tient de jour en jour le coeur plus enchaîné.
LENOBLE, le Lin, les Oiseaux et la Pie.

ATTENTAT.
\
Ah! du meurtre ouvrir la carrière,
En donner aux humains le signal sanguinaire,
De tous les attentats est le plus odieux.
DU HOULLAY, Astrée, les Armes et la Trompette.

AUDACE.

L'audace est quelquefois compagne du jeune âge.
A. DE MONTESQUIOU, la jeune Fauvette.

Le bonheur continu nous rend audacieux.
PERRAULT, le Mulet.

... L'audacieux
S'expose en bravant la puissance
D'un être dont il doit redouter la vengeance.
HAUMONT, le Vieillard et le Chêne.

AUTEUR.

Quand vous vous donnez pour auteur,
En auteur souffrez qu'on vous traite.
ARNAULT, Actéon.

Tout ce qu'un auteur met au jour
De l'amour-propre est une affiche.
P. DE NEUFCHATEAU, le Livre et la Presse.

Souvent un auteur sans adresse
Veut être simple; il est grossier.
LAMOTTE, l'Eclipse.

Un auteur est-il à l'aumône,
Fût-il un autre Homère, on n'en parlera pas.
LE BAILLY, les deux Rats.

L'amour-propre, hélas! séduit souvent l'auteur.
HAUMONT, la Grenouille et le Rossignol.

Les auteurs seraient neufs s'ils voulaient être courts.
P. DE NEUFCHATEAU, Prologuedu livre VII.

AUTORITE

Tyrans, n'exigeons point que l'on nous obéisse,
De notre autorité quand nous nous prévalons;
Maîtres compatissans, jamais ne rebutons
Ceux qui sont à notre service.
LEBRUN, l'Homme et son Chien.

AVANCER.

Lentement on s'avance, et bien vite on décline.
A. RIGAUD, Rabelais.

Dans le monde on s'avance en allant pas à pas.
COUPE DE ST.-DONAT, Lockman.

AVARE, AVARICE.

L'avare ... ne vit que pour lui-même;
Et s'il fait des bienfaits ce n'est qu'après sa mort.
AGNIEL, le Porc et le Chien.

L'avarice perd tout en voulant tout gagner.
LA FONTAINE, la Poule aux oeufs d'or.

L'avare rarement finit ses jours sans pleurs;
Il a le moins de part au trésor qu'il enserre,
Thésaurisant pour les voleurs,
Pour ses parens ou pour la terre.
LA FONTAINE, le Trésor et les deux Hommes.

Fuyez comme un dangereux vice,
Et la fureur prodigue, et la basse avarice,
L'ignorance et le vain orgueil:
Chacun de ces défauts couvre un homme de honte.
LENOBLE, les Rats.

Le prodigue comme l'avare
Abuse de ses biens, et s'en fait de vrais maux.
LENOBLE, le Singe et le Chat.

Le bien pour l'avare est un mal,
Et tôt ou tard enfin, c'est le bien qui le tue.
LENOBLE, les Rats,

De tous les vices humains
Le plus moqués c'est l'avarice.
C'est aussi le plus fou .....
LAMOTTE, l'Avare et Minos.

L'avare malheureux n'use pas davantage
Des biens qu'il a que de ceux qu'il n'a point.
PERRAULT, l'Avare.

Le ciel hait l'avare; son crime
N'est jamais sans punition;
Tôt ou tard de sa passion
Il est dupe, esclave, et victime.
LEBRUN, l'Avare et le Voleur.

Tout avare est voleur dans la société.
NIVERNAIS, la Fourmi et l'Abeille.

AVEUGLE.

Un aveugle souvent en veut conduire un autre.
DU HOULLAY, la Taupe et sa Fille.

Aveugle on n'est plus redoutable.
STASSART, le Coq généreux.

On est bien sot les yeux sous un mouchoir.
NIVERNAIS, le Colin-Maillard.


Pourrait-il voir jamais la vérité.
Le malheureux à la goutte sereine.
Mme JOLIVEAU, la Goutte sereine.

Bêtes et gens privés des yeux
Sont bien dangereux à conduire.
NIVERNAIS, le Cheval et son Maître.

AVENIR.

Dans l'obscur avenir ne cherchons pas à lire,
D'un voile impénétrable il est enveloppé;
Curieux, indiscrets nous nous laissons séduire;
Qui prétend le connaître est trompeur et trompé.
Demeurons dans une humble et modeste ignorance;
Que la seule raison règle nos sentimens;
Avec une tranquille et sage, indifférence
Attendons les événemens.
LEBRUN, la Victime et le Sacrificateur.

Il n'est besoin d'aucun grimoire Pour être au fait de l'avenir;
Il suffit de nous souvenir
Chacun de notre propre histoire.
NIVERNAIS, le Corbeau et la Bécasse.

Respectons l'avenir s'il est impénétrable.
STASSART, le Chevreuil et le Lézard.

AVIDITE.

... Souvent par trop d'avidité
On perd le bien que l'on possède,
Loin d'obtenir celui que l'on a souhaité.
LENOBLE, l'Oie qui pond un oeuf d'or.

Le trop d'avidité cause notre ruine.
Mme JOLIVEAU, le Brochet et la Carpe.

... Nous perdons tout par trop d'avidité.
STASSART, la Poule trop grasse.

On voit l'avidité par soi-même appauvrie.
F. DE NEUFCHATEAU, la Poule trop grasse.

Quelquefois on perd tout en voulant tout avoir.
LEBRUN, le Renard et le Loup.

... Qui veut trop avoir laisse tout échapper.
HAUMONT, le Corbeau sur l'Aire.

C'est bien fait de tâcher à grossir sa finance,
Mais quand on s'abandonne à trop d'avidité
On se voit par impatience
Dans l'abîme précipité.
LENOBLE, l'Oie qui pond un oeuf d'or.

... Combien en a-t-on vus
Qui du soir au matin pauvres sont devenus pot
Pour vouloir trop tôt être riche.
LA FONTAINE, la Poule aux oeufs d'or.

Tout échappe à qui veut tout prendre.
LE BAILLY, le Pêcheur chasseur.

AVIS.

Deux avis cependant valent mieux qu'un, dit-on.
A. NAUDET, l'Agneau, le Coq et le Porc.

Ne comptons point sur les avis d'autrui,

Ils ne causent souvent que colère ou qu'ennui.
LAMOTTE, le Tyran devenu bon.

Jeunes voluptueux dont la tête légère
Du sage trop souvent repoussa les avis,
Tel d'entre vous qui gît dans la poussière
Serait encor debout s'il les avait suivis.
STASSART, le Cheval et son Maître.

On ne peut négliger les avis des savans.
LEBRUN, le Vieillard ignorant.

AVOCAT.

On n'a point d'avocat pour du vin de Surène.
LOMBARD DE LANGRES, le Canonnier.

--- B ---

BADINAGE.

On osa de tout temps attaquer nos défauts
Par l'artifice heureux d'un adroit badinage.
AUBERT, le Renard peintre.

BARBE.

La barbe n'est pas la prudence.
COUPE DE ST.-DONAT, le Renard et le Bouc.

BARREAU.

... Au barreau l'on serait maladroit
Si l'on n'y savait pas, suivant qu'on se rencontre,
Soutenir le pour et le contre.
LENOBLE, le Pitaut et le Bouquin.

BATTU.

... Les battus paient l'amende.
FORMAGE, le Paysan et son Seigneur.

BEAU.

Nous faisons cas du beau, nous méprisons l'utile,
Et le beau souvent nous détruit.
LA FONTAINE, le Cerf se voyant dans l'eau.

BEAUX-ARTS.

... Pour les beaux-arts le goût est refroidi,
L'ouvrage le meilleur n'est plus guère applaudi.
LEBRUN, le Berger, le Loup et le Renard.

BEAUTE.

La trompeuse beauté passe et s'évanouit,
On l'admire au matin, le soir elle s'enfuit.
HAUMONT, l'Enfant, les deux Arbres et le vieux Pasteur.

A la beauté nous devons rendre hommage.
HAUMONT, la Colombe et la Pie.

Sans vertu la beauté n'est rien
Qu'un vain éclat et qu'un faible lien.
A. RIGAUD, les deux Roses.

La beauté, ce présent céleste,
Ne peut, sans les talens, échapper à l'ennui.
A. FLORIAN, la Tourterelle et la Fauvette.

Une beauté n'a que de vains appas
Quand l'esprit ne l'anime pas.
PERRAULT, le Renard et le Masque.

S'enorgueillir de la beauté,
C'est ridicule et sotte vanité:
Peut-on se prévaloir d'un bien si peu durable,
Et souvent si pernicieux?
La vertu, ce trésor immortel, précieux,
N'est-elle pas plus estimable?
LEBRUN, la Tulipe et la Jonquille.

Quand la beauté paraît l'amour ne tarde guère.
A. RIGAUD, les deux Roses.

Très-aisément la beauté s'enhardit.
DORAT, les trois Frères.

Par quel excès d'audace et de, témérité
Ose-t-on, sans désirs, approcher la beauté?
DORAT, Combabus.

Qui craint d'aimer, a tort, selon mon sens,
S'il ne fuit pas dès qu'il voit une belle.
LA FONTAINE, le Diable en Enfer.

... L'on cherche bien moins la beauté que l'éclat.
LENOBLE, le Miroir.

Belle tête souvent n'est qu'une belle image.
LENOBLE, le Loup et la Tête de bois.

Ce qui ne plaît qu'aux yeux dans un instant s'oublie,
Le charme dure peu quand on n'est que jolie.
GOSSE, la Tulipe et la Violette.

La plus attrayante beauté
Doit moins à l'art qu'à la nature.
Mme JOLIVEAU, le Jardin artificiel et le Jardin naturel.

... Une belle alors qu'elle elle est en larmes
En est plus belle de moitié.
LA FONTAINE, la Matrone d'Ephèse.

... La beauté sans l'esprit
Fut toujours rien qui vaille.
DU HOULLAY, le Léopard et le Renard.

Une beauté quoique stupide,
En tyran quelquefois de notre sort décide.
LEBRUN, la Statue.

En nos coeurs la beauté verse un mortel poison,
Et c'est un piège redoutable
Que l'amour tend à la raison.
LEBRUN, la Statue.

Jamais pour mériter un hommage fidèle,
La seule beauté ne suffit;
Flattez moins les yeux que l'esprit, On vous trouvera toujours belle.
AUBERT, les Fleurs.

... Le temps emporte la beauté.
VILLIERS, la Rose et le Vent.

Joli minois est toujours séduisant.
HAUMONT, le Papillon et le Mûrier.

... Les plus heureux jours
Ne sont pas pour la plus jolie.
A. RIGAUD, les deux Papillons.

... La beauté passagère,
Que le moindre accident flétrit,
Que bientôt la vieillesse altère, En peu de temps brille et périt.
LEBRUN, la Rose et l'Arbrisseau.

... Fille en état de subir l'hyménée,
A qui s'offre un parti qu'elle n'accepte pas,
Doit songer que chaque journée
Dérobe quelque trait à ses jeunes appas.
LENOBLE,, le Pêcheur et le petit Poisson.

Qu'importe qu'on soit beau quand on est insensible?
DORAT, Combabus.

BEL-ESPRIT.

Le bel-esprit pâlit à côté du génie.
STASSART, les Etoiles et le Soleil.

... Plus d'un bel esprit cause un effroi mortel,
Qui n'est pas bien méchant et qui passe pour tel.
F. DE NEUFCHATEAU, le Dragon et les Lézards.

BESOIN.

Le besoin nous unit, l'intérêt nous divise
C'est du genre humain la devise.
HAUMONT, le Lévrier, et le Chien courant.

... Les vrais besoins de la vie
Vont avant ceux de fantaisie.
NIVERNAIS, l'Homme et le Baril.

... Jamais il ne faut compter
Pour ses besoins pressans sur la bourse d'un autre.
LENOBLE, la Cigale et la Fourmi.

... Il n'est pas ordinaire
De prendre goût au plaisir
Quand le besoin se fait sentir.
HAUMONT, le Berger le Chien et l'Agneau.

BETISE.

La bêtise et l'orgueil ont étroit parentage.
LE BAILLY, l'Oison et le Serpent.

BIEN.

Qui fait bien trouve bien ...
LENOBLE, le Lion et le Rat.

Le bien que l'on a fait la veille Fait le bonheur du lendemain
LE BAILLY, le Roi de Perse et le Courtisan..

Faisons toujours le bien pour être sans remords.
STASSART, le Chevreuil et le Renard.

Qui fit un peu de bien voudrait toujours en faire.
LOMBARD DE LANGRES, l'Oiseau plumé. Le Chasseur.

Qui fait le bien d'un autre a déjà fait le sien
Mme JOLIVEAU, _les Intérêts payés d'avance.

Nul bien sans mal, nul plaisir sans alarmes.
LA FONTAINE, le Psautier.

Le bien est mal s'il vient hors de saison.
M. J. CHENIER, la Lettre de cachet.

Le bien, comme l'on dit, ne vient pas en dormant.
A. RIGAUD, le Renard paresseux..

... Le bien ne s'acquiert pas sans peine.
DUCERCEAU, le vieux Plaideur.

... Prends garde au bien que tu fais.
F. DE NEUFCHATEAU, _le Pauvre d'Alger.

Souvent l'un voit son bien où l'autre voit son mal.
ARNAULT, le Chasseur et le Gibier.

Nous méprisons les biens solides,
Et des faux nous sommes avides.
Mme JOLIVEAU, l'Enfant et le Tableau.

BIENFAITS, BIENFAISANCE, BIENFAITEUR.

Un bienfait n'est jamais perdu.
LEBRUN, le Voyageur et le Mendiant.

Un bienfait est toujours utile.
LENOBLE, le Lion et le Rat.

Tôt ou tard un bienfait produit sa récompense.
LENOBLE, le Lion et le Rat.

Un bienfait, dit-on, se retrouve.
A. RIGAUD, l'Eléphant et le jeune Loup.

Tout bienfait mérite son prix.
A. RIGAUD, le Renard et le jeune Coq.

Un bienfait ne doit point imprimer le mépris.
DU HOULLAY, le Léopard et le Singe.

Le bienfait n'est jamais perdu.
D'un bon ami réclamer l'assistance, C'est l'obliger; sa récompense
Est le plaisir d'exercer la vertu.
HAUMONT, l'Eléphant et le Soldat.

Le bienfait se perd plus souvent chez les hommes
Que chez les animaux.
LENOBLE, la Fourmi et le Ramier.

De tous temps, en tous lieux, on a dit qu'un bienfait
Porte avec lui sa récompense.
DE LA BOUTRAYE, les Enfans, le Maître et la Vache.

Humains, pauvres humains, jouissez des bienfaits
D'un dieu que vainement la raison veut comprendre.
FLORIAN, les deux Persans.

... Un bienfait reste sans gloire
Quand le bienfaiteur s'en prévaut.
LE BAILLY, les deux Ruisseaux.

... L'art de placer ses bienfaits
Porte avec lui sa récompense.
AGNIEL, l'Avare et Plutus.

... Souvent un léger bienfait
Est celui que le coeur reconnaît davantage.
JAUFFRET, le Chêne et les Oiseaux.

Recevoir des bienfaits de l'être qu'on méprise,
N'est-ce pas se déshonorer?
STASSART, l'Hirondelle et la Pie.

Reprocher le bienfait, on en perd l'avantage.
HAUMONT, la Vigne et le Poirier sauvage.

Est-il des coeurs inaccessibles
A des bienfaits répétés chaque jour?
DU TREMBLAY, le Chêne et les Lierres.

Souvent le bienfait qu'on admire,
N'est qu'un appât perfide, séducteur,
C'est un nu piège subtil qui fait votre malheur.
HAUMONT, le Villageois et les Abeilles.

... La bienfaisance est toute volontaire.
F. DE NEUFCHATEAU, le Pauvre d'Alger.

On ne peut être bienfaisant,
Qu'en épargnant
Sur son aisance.
DU TREMBLAY, le Serin et la Fourmi.

Toujours, ô mes amis, soulagez l'indigence;
Mais ayez toujours soin que votre bienfaisance
D'un acte humiliant ne soit l'indigne prix;
Un bienfait ne doit point imprimer le mépris.
DU HOULLAY, le Léopard et le Singe.

Un bienfaiteur est plus qu'un père.
FLORIAN, les Serins et le Chardonneret.

Gloire immortelle au bienfaiteur
Qui protège notre faiblesse!
C'est comme un second créateur: Qu'il trouve au moins dans notre coeur,
Pour ses généreux soins, gratitude et tendresse.
STASSART, le Chêne, l'Ormeau et la Ronce.

Je blâme un bienfaiteur dont l'ame mercenaire
Veut mettre un prix à son bienfait.
Mme JOLIVEAU, les Comptes faux.

BLAME, BLAMER.

Pour tout blâmer je m'en rapporte aux sots.
STASSART, le Daim, le Porc, etc., etc.

Blâmer ce qu'on ignore est un trait de novice.
F. DE NEUFCHATEAU, l'Homme et l'Ecrevisse.

Soit que l'on blâme ou qu'on approuve,
On décide plus qu'on n'entend.
LAMOTTE, Homère et le Sourd.

Le blâme sort toujours d'une bouche édentée.
AUBERT, les Lapins.

Blâmer le créateur est d'un malavisé.
GOSSE, la Tortue et le Papillon.

... On ne sent quand un autre nous blâme
Que la honte d'être en son tort.
LAMOTTE, le Tyran devenu bon.

Où le méchant critique et blâme,
Le bon caractère applaudit.
DU TREMBLAY, le Paon, la Colombe et la Pie.

BOIRE.

... Le plus grand des maux c'est de ne boire pas.
LEBRUN, l'Ivrogne et la Bouteille.

Quand de boire on est trop avide
On se suffoque au lieu de se désaltérer.
LENOBLE, la Mouche et la Marmite.

BON.

Si le titre de GRAND est beau, celui de BON
Ne déshonore point un héros magnanime.
LEBRUN, Alexandre et le Député.

Tout est bon ou mauvais pour nous,
Suivant les besoins ou les goûts.
NIVERNAIS, la Caille, la Bécasse et le Corbeau.

Les bons n'ont point de défiance.
DE LA BOUTRAYE, le Milan et les Colombes.

Il vaut mieux être bon qu'habile.
AUBERT, l'Ours et le Chien.

BONHEUR.

... Le bonheur parfait
Est inconnu. Pour l'homme il n'est pas fait.
VOLTAIRE, la Bégueule.

Le bonheur passe comme un songe;
C'est l'illusion du mensonge.
HAUMONT, l'Oiseau et le Destin.

... Nul bonheur n'est stable en ce bas monde.
NIVERNAIS, l'Homme aveugle et sourd.

Le bonheur n'est pas dans les cieux,
Il est près d'une bonne amie.
FLORIAN, l'Aigle et la Colombe.

On a droit au bonheur quand on fait des heureux.
A. DE MONTESQUIOU, le jeune Lièvre et sa mère.

... Le bonheur n'a qu'un instant.
DU TREMBLAY, l'Anesse et l'Anon.

Bonheur trop vif dure si peu de temps!
Mme JOLIVEAU, les Fleurs.

D'un bonheur sans mélange on se lasse à la fin.
AGNIEL, le Rat né dans un Panier.

Le vrai bonheur vient de la paix.
COUPE DE ST.-DONAT, Le loup converti.

Le bonheur doit se mériter.
A. DE MONTESQUIOU, la femme à Nicolas.

Le bonheur n'est jamais au sein de l'esclavage.
A. DE MONTESQUIOU, l'heureuse Incrédulité.

Il faut au bonheur du régime.
FLORIAN, le Cheval et le Poulain.

Le bonheur n'est pas fait pour un ambitieux.
FORMAGE, les Chercheurs de félicité.

... Le vrai bonheur, je croi,
Est celui que l'on trouve chez soi.
A. RIGAUD, le Papillon et la Violette.

Sans l'obtenir, souvent nous cherchons le bonheur;
La nature l'a mis au sein d'un bon ménage.
GOSSE, les Valisnères.

Nous devons humblement, et quoi qu'il nous en coûte,
Subir du ciel les ordres absolus;
Croyez-moi, du bonheur c'est l'infaillible route.
DU HOULLAY, la Tourterelle et la Pie.

Eh! quel est le mortel à son heure dernière,
Qui, jetant sur la vie un regard en arrière,
Ne gémirait d'avoir laissé s'évanouir
Les instans de bonheur dont il pouvait jouir.
F. DE NEUFCHATEAU, Scipion.

Ce n'est pas chez les grands que l'on trouve le bonheur:
O mes amis! où peut-il être?
On le poursuit avec ardeur,
Et c'est à le chercher qu'il consiste peut-être ...
AGNIEL, le Chien et son Maître.

... Le bonheur ne peut pas durer toujours.
JAUFFRET, la Bergère et le Ruisseau.

Une chaumière, un champ, ne font pas le bonheur.
LOMBARD DE LANGRES, la Campagne de Russie.

... La nature
met le bonheur dans la diversité,
Le changement, la nouveauté
NIVERNAIS, la Cavale et son Petit.

Un bonheur trop constant devient insupportable.
DU HOULLAY, le Ruisseau ambitieux.

On court bien loin pour chercher le bonheur,
A sa poursuite en vain l'on se tourmente,
C'est près de nous, dans notre propre coeur,
Que le plaça la nature prudente.
FLORIAN, le Cheval d'Espagne.

Quand le bonheur est près de nous,
Mon fils, n'ayons pas la folie
De l'écarter par nos dégoûts.
NIVERNAIS, la Cavale et son Petit.

A son bonheur chacun trouve à reprendre.
Rougit-on d'être heureux? Eh! Pourquoi s'en défendre?
DU TREMBLAY, le chien de dame et le Chien de basse-cour.

BONHOMIE.

On peut se faire aimer même dans tous les rangs:
Mais avec ses égaux, et le peuple et les grands,
Il faut beaucoup de bonhomie.
DU TREMBLAY, le Paon.

BON-SENS.

Le bon sens quelquefois peut tenir lieu d'esprit.
A. NAUDET, le Cheval et l'Ane.

... Le bon sens surtout vaut mieux que la science.
LOMBARD DE LANGRES, le Canonnier.

Le bons sens est parfois l'objet de nos mépris.
C'est à tort: d'ordinaire il indique l'obstacle,
Il juge le terrain, que tant de grands esprits
Souvent n'ont bien connu qu'au jour de la débâcle.
ARNAULT, la Débâcle.

BONTE

La bonté n'est souvent qu'un retour de malice,
Et la vertu qu'un plus grand vice.
AUBERT, le Renard.

Quel cuisant déplaisir! quelle source de larmes!
Quand par une sotte bonté
On prête soi-même les armes
Dont on se voit persécuté!
LENOBLE, la Forêt et le Bûcheron.

... La bonté
Ne suffit pas sans la capacité.
HAUMONT, le Renard et le Mouton juges.

Trop de bonté dans les parens
Cause la perte des enfans.
PERRAULT, le Voleur et sa Mère.

BORNER.

Il faut avec prudence écrire et se borner.
LENOBLE, le Baudet et le petit Chien.

BOUCHE.

Le glaive a bien tué des hommes,
La bouche en a tué bien plus.
F. DE NEUFCHATEAU, la Bouche et l'Estomac.

BRAVOURE.

Le faux brave sans cesse, et partout vous accable
De l'odieux roman de ses exploits gascons,
Mais la bravoure véritable
Laisse parler ses actions.
LENOBLE, le Loup et le Bouc.

On peut n'être qu'un sot tout en ayant du coeur.
LOMBARD DE LANGRES, le Canonnier.

... Beau minois ne sert sans la vaillance.
LOMBARD DE LANGRES, le Gage de bataille.

BREBIS.

... Brebis sont la plupart des personnes
Qu'il en passe une, il en passera cent.
LA FONTAINE, l'Abbesse.

BRIGUE.

On fait abus de tout: aussi voit-on parfois
La brigue triompher des lois.
COUPE DE ST.-DONAT, l'Assemblée des animaux.

... Les bienfaits des rois
Sont souvent le prix de la brigue.
NIVERNAIS, les trois Japonnais.

BRILLER.

Il en coûte trop cher pour briller dans le monde.
FLORIAN, le Grillon.

De tout temps ce qui brille offensa le vulgaire.
STASSART, la Chouette et le Soleil.

Ce qui brille au-dessus on le veut étaler.
LENOBLE, le Boeuf et la Grenouille.

Désir de briller amadoue.
DU TREMBLAY, la Cour plénière de l'Aigle.

Tel brille ainsi de loin dans un poste éminent,
Qui n'est de près qu'une mazette.
AUBERT, le Chat et le Coq d'un clocher.

Tel brille avec éclat qui n'est qu'un vicieux
Qu'un fanfaron, et qu'un stupide.
LEBRUN, les deux Chevaux.

BRODER.

... Ne brodons point le canevas d'autrui.
LAMOTTE, l'Opinion.

BRONCHER.

... Il n'est bon cheval qui ne fasse un faux pas.
LENOBLE, le Renard et le Loup.

Qui prétend redresser un ami qui s'égare
Doit être exempt au moins de broncher en chemin.
Mme JOLIVEAU, le Renard et la Martre.

BRUIT.

Frappe sur des tonneaux, tu verras le plus vide
Faire toujours le plus de bruit.
LENOBLE, le Loup et le Bouc.

... Un bruit accru par les échos, Ressemble beaucoup à la gloire.
ARNAULT, le Coup de fusil.

Tête creuse et folle, souvent
Fait plus de bruit que la plus sage.
LEBRUN, le Tonneau vide et le Tonneau plein.

Le bruit et le clinquant plaisent fort au jeune âge;
On en est un peu moins séduit
Quand on a vécu davantage.
F. DE NEUFCHATEAU, les Pendans d'oreilles.

BRUTAL.

L'homme sanguinaire et brutal
Croit avoir fait du bien, s'il n'a pas fait de mal.
PERRAULT, le Loup et la Grue.

Lorsqu'un ami se trompe, et qu'on veut le reprendre,
Il ne faut pas, non plus, gâter d'un ton brutal
Le service qu'on veut lui rendre.
F. DE NEUFCHATEAU, l'Enfant qui bronche.

BUT.

Peu savent arriver au but qu'ils se proposent.
LEBRUN, le Temple de la Gloire.

BUVEUR.

Un buveur vieillit rarement.
LEBRUN, l'Ivrogne et sa bouteille.

--- C ---

CACHER.

Il faut cacher le bien qu'on fait,
LA FONTAINE, les Cordeliers de Catalogne.

Un homme cache en vain ce qu'il est en secret.
LENOBLE, l'Ane et la peau du Lion.

CADEAUX.

N'ayez que du talent, vous n'arrivez à rien.
Pour réussir en toute affaire,
Que faut-il? des cadeaux: C'est là le seul moyen
LE BAILLY, le Renard, le Singe et le Furet.

Lorsqu'on fait des cadeaux, c'est pour en recevoir.
LE BAILLY, l'Ours, le Singe et le Renard.

CALAMITE.

On doit s'attendre à la calamité.
Quand avec gens de perverse nature
On se met en société.
NIVERNAIS, le Paysan et la Cigogne.

CALCUL.

Tout est soumis au calcul ici-bas:
La gloire, le bonheur, le destin des Etats:
Et la meilleure politique
Est celle qui jamais ne fait le moindre pas
Sans consulter l'arithmétique.
NIVERNAIS, les Oiseaux de passage.

CALME.

Le calme et le bonheur embellissent les champs.
AGNIEL, le bon Calife et le Visir.

Le calme, chez les rois, ainsi que sur les flots,
Est toujours voisin de l'orage.
JAUFFRET, le Lion et le Bouc.

Le calme a ses dangers plus à craindre souvent
Que le fracas de la tempête.
AGNIEL, le Lapin et le Chasseur.

CALOMNIE, CALOMNIATEUR.

Le juste qu'a noirci l'infâme calomnie
Succombe; mais sa mort témoigne de sa vie.
A. RIGAUD, la Mort du Juste.

Calomnier l'espèce humaine
Est presque un défaut général; Partout on prend bien de la peine Pour en dire beaucoup de mal.
LEMONNIER, Gosselin et Gai.

... La calomnie
Ne peut atteindre le méchant.
A. RIGAUD, le Loup, le Cerf et l'Eléphant.

... Tôt ou tard la vérité détruit
L'ouvrage de la calomnie,
Qui ne recueille pour tout fruit,
Que la confusion et que l'ignominie.
LEBRUN, le Cerf, le Chien et le Loup.

Le calomniateur donne à chacun son vice,.
LAMOTTE, l'Estomac.

CANAILLE.

Pour le plaisir des grands est faite la canaille.
COUPE DE ST.-DONAT, la Morale du Renard.

CAPRICE.

Il faut encor s'asservir au caprice,
Suivant les goûts, les humeurs et les temps.
NIVERNAIS, le Chien battu.

CAPUCIN.

Il faut se méfier du diable,
Et plus encor d'un capucin.
LOMBARD DE LANGRES, l'Invalide.

CAQUET.

Plus faible est la raison, plus fort est le caquet.
AUBERT, le Radoteur.

CARACTÈRE.

Rien ne change le caractère.
FLORIAN, la Colombe et son Nourrisson.

Il faut avoir un caractère égal;
Sans trop d'émoi, sans nulle impatience,
Prendre le bien, et supporter le mal,
Les compenser dans la même balance.
DU TREMBLAY, le Cerf-volant.

CARESSER.

Souvent la main qui vous caresse, Vous prépare un sort affreux.
HAUMONT, les deux Laitues.

CAUSES.

Aux grands événemens il faut de grandes causes.
LAMOTTE, les Moucherons et les Eléphans.

Quand on ne peut pas voir l'effet,
On en juge mal la cause.
DU TREMBLAY, les Perdreaux.

CEDER.

Il faut toujours céder à la puissance.
DE LA BOUTRAYE, les deux Chevaux.

Il faut toujours le céder au plus fort.
PERRAULT, l'Olivier et le Roseau.

Cédons au destin sans murmure.
JAUFFRET, le Corbeau.

CENSEURS.
Le monde est plein de faux censeurs,
Qu'on leur montre une bonne pièce,
Leur ignorante hardiesse
De son autorité la renvoie aux farceurs.
Ils n'y trouvent ni goût, ni force, ni justesse;
C'est ceci, cela qui les blesse.
LAMOTTE, le Portrait.

De tout censeur, quel qu'il puisse être,
Le sermon nous est odieux.
LAMOTTE, le Tyran devenu bon.

Tout avis n'est pas censure.
GUINGUENE, les Femelles des oiseaux en ambassade.

Un censeur doit être parfait: Souvent il attrape son fait.
Celui que sa critique outrage,
Dit qu'un railleur est un sot personnage.
HAUMONT, le Corbeau et le Coucou.

Par le public témoin d'une bévue,
Le censeur à son tour peut être censuré.
GOSSE, le Champ de blé.

CENTRE.

Pour bien voir, et juger ce qu'il est bon de faire,
Dans le centre on est toujours mieux.
Est-on haut? le soleil vous éblouit les yeux;
Bas? on ne voit que terre à terre.
DU TREMBLAY, la Linotte, la Colombe et la Perdrix.

CEREMONIES.

Chaque royaume a ses cérémonies.
LA FONTAINE, le Muletier.

CHAGRINS.

Les noirs chagrins, enfans de la vieillesse,
N'habitent pas sous les rustiques toits.
VOLTAIRE, Ce qui plaît aux Dames.

... Nos chagrins sont souvent sans mélange.
VOLTAIRE, le Dimanche.

... Un coeur qui vous aime
Peut vous sauver bien du chagrin.
DU TREMBLAY, le Faon.

Un sage adoucit ses chagrins,
En les supportant en silence.
JAUFFRET, les deux Chars.

CHAÎNE.

La plus petite chaîne est toujours importune.
LENOBLE, le Chien maigre et le Chien gras.

Une chaîne dorée est toujours une chaîne
Dont le poids se fait trop sentir.
AUBERT, le Serin mis en Cage.

CHAMPS.

On respire toujours un air pur dans les champs.
GOSSE, le Chien de ville et le Chien de campagne.

CHANGEMENT.

Le changement de mets réjouit l'homme.
LA FONTAINE, les Troqueurs.

Rarement à changer on gagne.
ARNAULT, le Loup et sa Mère.

A son profit ce n'est point se connaître,
Que de changer souvent de maître.
PERRAULT, l'Ane changeant de maître.

Qui veut changer d'état, y gagne rarement.
LE BAILLY, le Cheval de moulin.

On peut bien changer de figure, Mais non pas de nature.
LENOBLE, la Chatte femme.

Changer la forme d'un empire,
C'est d'un état fâcheux retomber dans un pire.
PERRAULT, le Renard et le Hérisson.

Changer d'état est chose assez vulgaire;
Mais de changer de moeurs, cela ne se voit guère.
PERRAULT, la Fourmi.

CHANT.

Le chant est né de l'allégresse.
HAUMONT, l'Homme riche et le Paysan.

On ne chante pas pour des sourds.
F. DE NEUFCHATEAU, Epilogue.

CHARITE.
Il est bon d'être charitable: Mais envers qui? C'est là le point.
LA FONTAINE, l'Homme et la Couleuvre.

... La charité même
Doit procéder avec règle et compas.
NIVERNAIS, la Faisane et la Perdrix.

Tendre aux nécessiteux une main bienfaisante,
Les nourrir dans leur faim, les vêtir s'ils sont nus,
C'est une charité louable;
Mais à fainéant ou fripon
Ouvrir une main secourable,
C'est ce que défend la raison.
LENOBLE, le Renard et le Singe.

CHARLATANS.

Il est des charlatans de toutes les espèces.
LEBRUN, le Renard et le Coq.

Le monde n'a jamais manqué de charlatans.
LA FONTAINE, le Charlatan.

L'homme est l'ami du style charlatan.
LAMOTTE, Apollon et Minerve.

La politique aussi compte ses charlatans.
STASSART, le Singe et la Montre.

Un charlatan qui nous amuse
Par mille contes supposés
A toujours en poche une excuse
Pour s'échapper aux yeux des dupes abusés.
LENOBLE, Bertrand d'Apt.

CHASSE.

La chasse est, comme on sait, l'image de la guerre.
NIVERNAIS, la Chasse.

CHÂTIER.

Qui bien aime, bien châtie.
A. RIGAUD, la Mère, son Fils et la Lionne.

Un châtiment tardif en est plus effrayant.
LEMONNIER, le Lion cruel.

Le châtiment n'est opportun
Qu'afin de corriger, et non pas pour détruire.
NIVERNAIS, la vengeance de Jupiter.

Le châtiment atteint à l'improviste
Le fourbe qu'il suit à la piste.
Mme JOLIVEAU, l'Innocence reconnue.

CHERCHER.

Souvent on cherche avec ardeur
Ce qu'on ne peut trouver que par un grand malheur..
PERRAULT, le Bouvier.

CHICANE.

La chicane est un des fléaux
Que renfermait la boîte de Pandore;
Et ce monstre infernal qu'à Domfront on adore,
N'est pas un de nos moindres maux.
LEBRUN, Thémis et la Chicane.

CHIENS.

Bons chiens, dit-on, doivent nourrir leur maître.
NIVERNAIS, les deux Chiens de chasse et le Manant.

CHIMÈRES.

Les grandeurs, les plaisirs ne sont que des chimères.
LENOBLE, le Renard et le Loup.

CHOIX.

Un mauvais choix toujours en entraîne mille autres.
AUBERT, l'Ane ministre.

Il est bon de choisir ceux qu'on veut obliger.
JAUFFRET, le Chêne et les Oiseaux.

CHUTE.

Plus on s'élève, et plus on doit craindre une chute.
COUPE DE ST.-DONAT, la Pile de Dames.

Qui veut voler trop haut accélère sa chute.
Mme JOLIVEAU, le Cerf-volant.

La roche Tarpeïenne est près du Capitole.
A. RIGAUD, le Boeuf gras.

CIEL.

Tout ce qui vient du ciel est sacré pour les hommes.
NIVERNAIS, le Roi observateur.

De tout louons le ciel; il sait bien, ce qu'il fait.
LEBRUN, le Valet devenu Maître.

Le ciel est favorable aux voeux des gens de bien;
Aux méchans il n'accorde rien.
PERRAULT, Mercure et le Bûcheron.

... Le ciel répand ses graces
Comme il lui plaît, non pas comme nous l'entendons.
LAMOTTE, l'Orme et le Noyer.

Le ciel, dit-on, sait fort bien ce qu'il fait.
NIVERNAIS, la jeune Linotte.

CITOYEN.

Tout citoyen doit servir son pays.
LAMOTTE, la Chenille et la Fourmi.

L'univers perd beaucoup dans un bon citoyen.
AUBERT, le Patriarche.

CLEF.

La clef du coffre-fort et des coeurs c'est la même.
LA FONTAINE, le petit Chien.

CLEMENCE.

Envers nos ennemis montrons de la clémence;
Les grands coeurs que le ciel a pourvus de ce don
Trouvent, en le mettant au-dessus d'une offense,
Plus de gloire dans le pardon
Que de plaisir dans la vengeance.
LEBRUN, le Fleuriste et le Moineau.

La clémence sied bien aux personnes royales.
LA FONTAINE, la Fiancée du roi de Garbe.

Heureux, vers la clémence on se sent entraîner.
STASSART, l'Aigle et le Milan.

Souvent la clémence indiscrète
Est le malheur du peuple et la honte du roi.
LAMOTTE, les Abeilles.

Il est bon d'user de clémence,
C'est le plus beau fleuron de la toute-puissance.
LAMOTTE, les Abeilles.

Clémence est le don des grands rois.
LAMOTTE, le Festin du Lion.

CLINQUANT.

Ne prends pas pour de l'or tout le clinquant qui luit.
LENOBLE, le Loup et le Bouc.

COCU, COCUAGE.

Cocuage n'est point un mal.
LA FONTAINE, la Coupe enchantée.

Cocuage est un bien.
LA FONTAINE, la Coupe enchantée.

Volontiers où soupçon séjourne Cocuage séjourne aussi.
LA FONTAINE, la Coupe enchantée.

Un cocu sur le trône est toujours redoutable,
Et quand il est jaloux, il est inexorable.
DORAT, Combabus.

COEUR, BON COEUR, ETC.

Défions-nous de notre coeur;
Que toujours l'esprit lui commande.
LEBRUN, le Coeur et l'Esprit.

Il est de certains coeurs qui, comme le tambour,
Ne nous rendent aucun service, S'ils ne sont battus nuit et jour.
LENOBLE, l'Idole brisée.

C'est pour notre repos que les coeurs sont cachés.
LAMOTTE, le Bonnet.

Sensibles coeurs sont souvent imprudens!
Mme JOLIVEAU, la Serine.

... Notre coeur a le besoin d'aimer.
DU TREMBLAY, le Chien de chasse et le Chien de berger.

En tous pays tous les bons coeurs sont frères.
FLORIAN, la Poule de Caux.

Le coeur suit aisément l'esprit.
LA FONTAINE, le Statuaire.

... Quand un coeur n'a pas encore aimé,
D'un doux objet il est bientôt charmé.
LA FONTAINE, la Confidente.

C'est le coeur seul qui peut rendre tranquille.
Le coeur fait tout, le reste est inutile.
LA FONTAINE, Belphégor.

C'est un dédale que le coeur;
De mauvaise pensée il n'est pas toujours maître.
DU TREMBLAY, les Ruines.

Bonheur advient au coeur compatissant.
LOMBARD DE LANGRES, le Conscrit.

Les coeurs sont pour l'Etat des richesses immenses.
AUBERT, l'Ours et le Chien.

Je préfère un bon coeur à tout l'esprit du monde.
ARNAULT, les Amis à deux pieds et ceux à quatre pieds.

Hélas! pourquoi faut-il qu'un bon coeur soit mortel!
A. DE MONTESQUIOU, les Adieux de Fidèle.

Le ciel bénit toujours les efforts d'un bon coeur.
A. DE MONTESQUIOU, la Fiancée.

Bon coeur peut quelquefois tenir lieu de bon sens.
AUBERT, le Moineau-franc et le Pinson.

Bon coeur a besoin d'être instruit.
NIVERNAIS, le jeune Chien.

Notre coeur veut avoir sa pleine liberté;
L'ombre de contrainte le blesse: Et c'est un roi jaloux de son autorité
Jusques à la délicatesse.
LAMOTTE, les Moineaux.

... Un bon coeur peut aimer la vertu
Pour le seul plaisir de bien faire.
AUBERT, les deux Chiens et le Chat.

COLÈRE.

Il est dangereux tout-à-fait
D'écouter une aveugle colère.
NIVERNAIS, le Chat et le Perroquet.

Méfions-nous de la colère;
Le repentir la suit à pas précipités.
DU TREMBLAY, Lamotte-Houdard.

Laissez, entre la colère
Et l'orage qui la suit,
L'intervalle d'une nuit.
LA FONTAINE, Jupiter et les Tonnerres.

... Dans la colère on ne peut se connaître.
GUTTINGUER, le Papillon, la Rose et le Limaçon.

La colère toujours enfanta les bons vers.
AGNIEL, Prologue.

Quand on suit de son ire
L'aveugle mouvement,
D'un petit mal souvent
L'on tombe dans un pire.
FORMAGE, le Porc et les Abeilles.

O premiers mouvemens d'une aveugle colère,
De quel long repentir n'êtes-vous pas suivis?
F. DE NEUFCHATEAU, le Fermier et son Chien.

La colère est aveugle alors qu'elle est extrême;
Rois, ne vous y livrez jamais:
L'injustice, la haine, et la lâcheté même,
En dirigent souvent les traits.
AUBERT, le Lion et les Animaux.

Tôt ou tard nous nous repentons
De n'avoir pas su vaincre une aveugle colère.
JAUFFRET, les Chats et le Financier.

C'est peu que l'homme en proie à la colère
Se laisse duper aisément,
Il pardonne au coupable, il punit l'innocent,
Et voilà le pis de l'affaire.
LE BAILLY, le Rat et le Boulanger.

COMBAT.

Un combat singulier est un assassinat.
LOMBARD DE LANGRES, le Canonnier.

COMMANDER.

De qui fait et de qui commande
La faute est également grande.
PERRAULT, le Maître et le Chien.

On apprend de bonne heure à commander aux hommes;
On sait toujours trop tard qu'il faut s'en faire aimer.
AUBERT, l'Ours et le Chien.

COMMENCER.

Quand on commence mal on ne s'arrête guère.
GRENUS, le Chat corrigé.

COMMERCE.

... Tout est commerce en ce monde.
NIVERNAIS, le Sourd et l'Aveugle.

COMPAGNIE.

Il n'est jamais de mal en bonne compagnie.
VOLTAIRE, Gertrude.

... Etre deux est toujours bon
Cela rend plus doux l'esclavage.
DU TREMBLAY, les deux Serins.

Marcher tout seul est ennuyeux;
On s'amuse quand on est deux.
HAUMONT, le Coq et le Renard.

COMPLAISANCE.

Ce n'est que par la complaisance
Qu'on se fait et qu'on garde au monde des amis:
Et comme toujours l'homme a pente à l'inconstance,
Près de lui l'indiscret qui se croit tout permis
Lasse bientôt sa patience.
LENOBLE, les Animaux favoris.

COMPENSATION.

Tel homme a de l'esprit, tel autre a de l'argent,
Celui-ci se pourvoit de ce dont l'autre abonde;
Personne, ne reste indigent.
NIVERNAIS, le Sourd et l'Aveugle.

Le bien, le mal tout se compense.
DE LA BOUTRAYE, les Enfans, le Maître et la Vache.

COMPLIMENS.

On croit, et c'est encor la commune faiblesse,
Aux complimens que l'on reçoit Bien plus qu'à ceux qu'on fait ...
ARNAULT, la Levrette, le Chat et le Dogue.

COMPTER.

Ne compte sur personne autant que sur toi-même.
F. DE NEUFCHATEAU, le Fermier et son Fils.

... Sondez bien un coeur avant que d'y compter.
LENOBLE, le Sanglier et le Buisson.

CONDITION.

Notre condition jamais ne nous contente;
La pire est toujours la présente.
LA FONTAINE, l'Ane et ses Maîtres.

Il faut se contenter de sa condition.
LA FONTAINE, le Berger et la Mer.

De sa condition heureux qui se contente;
Tenons-nous dans la sphère où le ciel nous a mis.
LEBRUN, le Saule et le Chêne.

CONFIANCE.

Apprenez à jamais ne prendre confiance
Aux secours que vous ont promis
De faux et traîtres amis.
LENOBLE, le Sanglier et le Buisson.

Il faut bien prendre garde à qui l'on se confie.
LEBRUN, le Jardinier, la Chèvre, etc.

Dans des services apparens
Les hommes sont trop confians.
GUTTINGUER, le Boeuf.

Des fripons la rencontre, hélas! est si commune,
Que, pour peu que l'on soit prudent,
On ne doit pas légèrement
A quelqu'un d'inconnu confier sa fortune.
HAUMONT, les Fourmis et l'Alouette.

CONNAÎTRE.

Apprendre à se connaître est le premier des soins.
LA FONTAINE, le Juge, l'Hospitalier et le Solitaire.

Mortel, apprends à te connaître.
Il n'est connaissance peut-être
D'une aussi grande utilité,
Mais que recherche moins notre légèreté.
FORMAGE, l'Inscription du temple de Delphes.

Tel veut du monde entier connaître le système,
Qui ne se connaît pas lui-même.
PERRAULT, l'Astrologue.

L'homme prétend connaître tout,
Et ne se connaît pas lui-même. LEBRUN, le Chien et le Philosophe.

A connaître les gens appliquez-vous sans cesse.
COUPE DE ST.-DONAT, Lokman.

CONQUERANS, CONQUETES.

Le conquérant fier et sauvage Jouit, après un long carnage, D'une horrible immortalité.
A. RIGAUD, les deux Soeurs.

... Rien ne remplit
Les vastes appétits d'un faiseur de conquêtes
LA FONTAINE, le Loup et le Chasseur.

CONSEILS.

Des conseils des méchans craignons d'être victime.
HAUMONT, le Loup et le Boeuf.

On peut conseiller bien sans soi-même être sage.
AUBERT, la Morue et le Brochet.

Aux conseils de la mer et de l'ambition
Nous devons fermer les oreilles:
Pour un qui s'en louera, dix mille s'en plaindront.
LA FONTAINE, le Berger et la Mer.

Mauvais conseils et gourmandise, Ont causé plus d'une sottise.
HAUMONT, le Pigeon et la Colombe messagère.

Tel fait métier de conseiller autrui,
Qui ne voit goutte en ses propres affaires.
LA FONTAINE, le Calendrier des Vieillards.

Le plus sage conseil à rien ne remédie.
A. NAUDET, le Cerf aux abois.

Ne suivons pas aveuglément
Tous les conseils qu'on nous donne.
LEBRUN, le Chat sauvage et le Chat domestique.

Bon conseilleur, de la prudence
Lui-même le premier oubliera les leçons.
A. NAUDET, le Serin et le Pigeon.

De consulter chacun ayez la complaisance;
Il vous conseillera toujours selon son goût!
L'un pourra tout blâmer, l'autre approuvera tout;
Et gare les chardons offerts par l'ignorance.
Mme JOLIVEAU, le Rossignol, le Sansonnet, etc.

CONSCIENCE.

O des vertus dernière amie,
Toi qu'on voudrait en vain éviter ou tromper,
Conscience terrible, on ne peut t'échapper!
FLORIAN, le Parricide.

CONSCRITS.

... Les conscrits ne sont pas à la noce.
LOMBARD DE LANGRES, le Conscrit.

CONSOLER.

Pour consoler il faut de la mesure,
Et dans sa marche lente imiter la nature.
DU TREMBLAY, la jeune Fille et son Chat.

CONSTANCE.

Le vrai bonheur n'est que dans la constance.
NIVERNAIS, le Papillon et l'Amour.

Aimons, mes bons amis, mais n'aimons qu'un objet:
Rien n'est si doux que la constance.
DU TREMBLAY, la Tourterelle et le Moineau-franc.

CONTE, CONTEUR.

Il n'est rien qu'on ne conte en diverses façons.
LA FONTAINE, la Fiancée du roi de Garbe.

Marcher au but, être clair et concis,
Pour un conteur voilà le difficile,
Et de son art c'est remporter le prix.
LOMBARD DE LANGRES, le Gage de Bataille.

CONTENT, CONTENTEMENT.

Où trouver un mortel content de son partage?
A. NAUDET, la Prière à Jupiter.

... Heureux le mortel qui, d'une ame tranquille,
Vit de son propre état content jusqu'à la mort.
LENOBLE, l'Ane mécontent.

Jamais nous ne sommes contens
De ce qui vient à contre-temps.
PERRAULT, les Limaçons.

Contentement passe richesse ... DUCERCEAU, la nouvelle Eve.

Pourvu qu'on soit content, qu'importe qu'on admire?
VOLTAIRE, les trois Manières.

Rencontre-t-on jamais personne
Qui soit content des dons de Dieu?
NIVERNAIS, la Queue du Paon.

CONTENANCE.

Au plus méchant la contenance impose.
GOSSE, les deux Rats et le jeune Chat.

CONTRAINTE.

Ce qu'on a promis par contrainte N'oblige par aucun lien.
F. DE NEUFCHATEAU, la Vulpéïde, Chant III.

Tout ce qu'on fait à contre coeur,
On le fait de mauvaise grace. A. RIGAUD, les Singes comédiens.

Contraignons-nous avec prudence; Sachons, quand il le faut, nous faire violence;
Ou craignons d'éprouver le sort des indiscrets.
LEBRUN, Diane et Actéon.

La seule volonté libre peut engager,
Et jamais la contrainte.
LENOBLE, le Cerf et la Brebis.

... Le stérile honneur de toujours vous contraindre
Ne vaut pas le plaisir de vivre librement.
VOLTAIRE, Gertrude.

CONTRARIER.

... Ce qui nous contrarie
Prépare souvent notre bien.
NIVERNAIS, la Perdrix et ses Petits.

Qui diffère à se convertir
Voit souvent que la mort prévient son repentir.
PERRAULT, les deux Grenouilles voisines.

CONVOITER.

Heureux, cent fois heureux, celui
A qui sa mauvaise fortune
Ne fait pas convoiter la richesse d'autrui.
LENOBLE, le Bûcheron et Mercure.

La convoitise est ici-bas
Le seul point vers lequel se dirigent nos pas.
FORMAGE, le Loup, le Berger et le Chien.

COQUETTERIE.

Toute belle est un peu coquette.
AGNIEL, la Rose et le Papillon.

C'est providence de l'Amour
Que coquette trouve un volage.
LAMOTTE, la Rose et le Papillon.

Il faut tromper lorsque l'on est coquet.
DU TREMBLAY, la Tourterelle et le Moineau-franc.

Pour vivre heureux, vivons loin des coquettes.
FLORIAN, le Tourtereau.

CORNES.

... Mieux vaut, tout prisé,
Cornes gagner, que perdre ses oreilles.
LA FONTAINE, le Faiseur d'oreilles.

CORPS.

Un vilain corps loge souvent une ame si belle!
DU TREMBLAY, Philopoemen.

CORRIGER.

A la perfection c'est en vain qu'on s'applique,
Trop corriger est un mauvais moyen.
GOSSE, le Sculpteur.

Se corriger souvent, c'est changer de folie.
Mme JOLIVEAU, les Fleurs.

Qui sait corriger sans déplaire Est au but: qu'il s'y tienne bien.
LAMOTTE, le Renard et le Lion.

CORROMPRE.

Tout est si corrompu dans le siècle où nous sommes,
Tel est l'aveuglement, telle est l'erreur des hommes,
Qu'ils ne sont occupés que d'un vil intérêt;
Et que ce qui leur nuit est tout ce qui leur plaît.
LEBRUN, le Berger, le Loup et le Renard.

L'homme corrompu se fait gloire
Du mal dont il devrait rougir incessamment.
A. RIGAUD, les Roses et le Papillon.

CORSAIRE.

... Corsaires à corsaires,
L'un l'autre s'attaquant, ne font pas leurs affaires.
LA FONTAINE, Tribut envoyé par les Animaux.

Raison, humanité, sont des mots qu'un corsaire
Ne connaît pas dans son vocabulaire.
HAUMONT, le Lièvre et le Lévrier.

COULEUR.

Ce n'est pas la couleur qui fait la bonne étoffe.
LENOBLE, le Singe habillé.

Il ne nous faut jamais juger sur la couleur.
DU HOULLAY, le Paon, le Rossignol et le Voyageur.

COUPABLE.
... On doit souhaiter, selon toute justice,
Que le plus coupable périsse.
LA FONTAINE, les Animaux malades de la peste.

... Il faut que le coupable
N'ait pas un instant de repos.
DU TREMBLAY, Jupiter et les Furies.

COUR, COURTISAN.

La cour est quelquefois une mer orageuse
Où des vents mutinés l'haleine impétueuse
Fond sur votre navire et le brise à l'instant
Que, vain d'une poupe orgueilleuse,
Il semblait maîtriser un superbe élément.
Etes-vous en faveur? c'est une mer unie
Que vous sillonnez sans effors;
Le souffle du Zéphir ramène dans le port
Votre vaisseau chargé des trésors de l'Asie.
AGNIEL, le vieux Courtisan et son Fils.

Je définis la cour en un pays où les gens
Tristes, gais, prêts à tout, à tout indifférens,
Sont ce qui plaît au prince, ou, s'ils ne peuvent l'être,
Tâchent au moins de le paraître.
LA FONTAINE, les Obsèques de la Lionne.

La cour est un pays sujet aux ouragans.
AGNIEL, le bon Calife et le Visir.

Ne soyez à la cour, si vous voulez y plaire,
Ni fade adorateur, ni parleur trop sincère,
Et tâchez quelquefois de répondre en normand.
LA FONTAINE, la Cour du Lion.

La cour fait peu d'hommes heureux, Quand même elle exauce leurs voeux.
PERRAULT, les Grives.

Ce n'est pas à la cour qu'on peint d'après nature.
COUPE DE ST.-DONAT, le Singe peintre.

L'éclat du courtisan s'envole
Avec le vent de la faveur.
D'EPAGNY, le Tournesol et les Fleurs.

Disciples d'Apollon, croyez-moi, de la cour
Evitez avec soin le dangereux séjour.
STASSART, l'Aigle et le Rossignol.

Selon que vous serez puissant ou misérable,
Les jugemens de cour vous rendront blanc ou noir.
LA FONTAINE, les Animaux malades de la peste.

Pour vous perdre à la cour, après un long service,
Il suffit même d'un bon mot.
AGNIEL, le Mulet et le Renard.

A la cour, jouez-vous un rôle? Ayez pour les temps de malheur
Un bon ami qui vous console.
D'EPAGNY, le Tournesol et les Fleurs.

À la cour on n'est point avare de paroles,
Mais êtes-vous tombés, vous vous flattez en vain
Que pour vous relever on vous tendra la main.
LENOBLE, le Loup et le Renard.

... Un courtisan peut servir sa patrie.
FLORIAN, le Courtisan et le Dieu Protée.

Tout courtisan aime faire sa cour,
Par intérêt bien plus que par amour.
Mme JOLIVEAU, le Mort vivant.

Ce ne sont pas les rois, mais bien les courtisans,
Qui de la liberté redoutent les accens.
A. NAUDET, l'Assemblée des Animaux.

COURAGE.

La vraie épreuve du courage
N'est que dans le danger que l'on touche du doigt:
Tel le cherchait, dit-il, qui, changeant de langage,
S'enfuit aussitôt qu'il le voit.
LA FONTAINE, le Lion et le Chasseur.

Partisan du courage, un prince magnanime,
Déteste la férocité;
Le seul courage enfin digne de son estime
Est celui qui s'accorde avec l'humanité.
LE BAILLY, l'Ours, le Tigre et ses Compétiteurs.

Au fil du courant qui l'entraîne,
L'homme en nageant se laisse aisément emporter;
Mais à force de bras, quand il faut remonter,
C'est là qu'on perd souvent le courage et l'haleine.
LENOBLE, La Chatte-Femme.

Qui dit courageux, dit bon.
PIRON, le Lion et la Fourmi.

Pour les autres gardons la pitié, le courage
Pour les maux que le sort nous condamne à souffrir.
GUINGUENE, les Poissons et les Oiseaux.

COURIR.

Rien ne sert de courir, il faut partir à point.
LA FONTAINE, le Lièvre et la Tortue.

Il ne faut pas courir deux lièvres à la fois.
DE LABOUTRAYE, le Chasseur et les deux Lièvres.

... On ne peut courir deux lièvres à la fois.
A. DE MONTESQUIOU, le jeune Lièvre et sa Mère.

COURROUX.

Entre amis il ne faut jamais qu'on s'abandonne
Aux traits d'un courroux sérieux.
LA FONTAINE, le Chat et le deux Moineaux.

La crainte est aux enfans la première leçon.
LA FONTAINE, les Oies du Père Philippe.

La crainte donne aux bêtes de l'esprit.
LA FONTAINE, le Faiseur d'Oreilles.

... De ses égaux celui qui se fait craindre,
Ne peut jamais s'en faire aimer.
JAUFFRET, le Rat et le Grelot.

La crainte nous inspire et non pas les bienfaits.
A. RIGAUD, la Chèvre et le vieux Dogue.

Qui sait beaucoup se faire craindre,
Ne sait guère se faire aimer.
LEBRUN, le Serpent et la Couleuvre.

... La crainte amène la sagesse.
LAMOTTE, Minos et la Mort.

Sagement fait qui craint d'être trompé;
Mais souvent, quoiqu'on craigne,
On se trouve attrapé.
PERRAULT, les Rats et le Chat.

Par les méchans qui s'est vu maltraité,
Parmi les bons craint pour sa sûreté.
PERRAULT, les deux Chiens.

CREATEUR.

Il n'est aucune espèce d'herbe
Qui ne soit chère au Créateur.
HAUMONT, le Philosophe et le Paysan.

CREDIT.

Pour sauver son crédit il faut cacher sa perte.
LA FONTAINE, la Chauve-souris, le Buisson, etc.

CREDULITE.

Tout secours étranger dont on se préoccupe
Ne sert qu'à nous nous rendre la dupe
D'une aveugle crédulité.
LENOBLE, le Sanglier et le Buisson.

CRIME.

Du crime seul, hélas! les dieux sont doux amis!
DU HOULLAY, l'Hirondelle et le Passereau.

Toute amitié dont la base est le crime,
Doit finir par la haine: on en est la victime.
HAUMONT, l'Amitié de l'Ours et du Loup.

Les crimes sont pesés dans la juste balance;
Tôt on tard les forfaits trouvent leur récompense.
HAUMONT, le berger et le vieux Loup.

Souvent même on trouve en son crime
La source de son châtiment.
LENOBLE, le Renard et le Vautour.

Chacun ne mesure le crime
Que selon qu'il en est plus ou moins la victime.
A. RIGAUD, le Philosophe et la Fourmi.

Quelquefois pour le même crime,
L'un est fêté, l'autre est pendu.
GUINGUENE, le Cheval et le Boeuf.

Que la prospérité du crime S'écoule avec rapidité!
LOMBARD DE LANGRES, l'Invalide.

Dans le chemin glissant du crime,
Hommes, renards et loups, ne s'arrêtent jamais;
Heureusement de ses forfaits
Le méchant est toujours la dernière victime.
A. NAUDET, le Renard et le Loup.

CRIMINEL.

Tout criminel doit apprendre pourquoi
On va le livrer au supplice.
NIVERNAIS, le bon Ministre.

CRITIQUE.

Combien la critique a de charmes!
Elle règne au Parnasse, à la ville, à la cour;
Mais on voit les heureux du jour,
Se rire de ses faibles armes. STASSART, le Renard.

La critique est utile, on nous l'a dit cent fois,
Mais il est des censeurs de toutes les espèces;
Et la plus grande des faiblesses
C'est de les écouter sans savoir faire un choix.
GOSSE, le Sculpteur.

La critique pour nous est un charmant plaisir.
HAUMONT, la Minaudière surannée.

... Leçon pour notre vanité,
Sage critique en affaiblit la dose.
DU TREMBLAY, Philopoemen.

CROIRE.

Croyez en Dieu, car c'est croire au bonheur.
C. BERRIER, le Curé et les Comédiens.

Crois peu, conserve tout, et ne regrette rien.
F. DE NEUFCHATEAU, les trois Maximes.

... Chacun croit fort aisément
Ce qu'il craint et ce qu'il désire.
LA FONTAINE, le Renard et le Loup.

... Il est plus facile
De croire que de raisonner.
A. RIGAUD, l'Ane volant.

On croit le mal d'abord: mais à l'égard du bien,
Il faut que la vue en réponde.
LA FONTAINE, le Gascon puni.

Croyons le mal avec difficulté,
Le bien avec facilité,
LEBRUN, le Cerf, le Chien et le Loup.

Quand nous ne croyons pas, que ce soit à propos;
Mais gardons-nous surtout de jamais croire à faux.
DU HOULLAY, les Dangers de la Méfiance et de la Confiance.

Nous croyons quelquefois des choses bien étranges.
A. RIGAUD, l'Ane Claqueur.

CULBUTE.

... Au bout du fossé la culbute.
STASSART, le Cheval et son Maître.

Qui sans ailes et sans force,
Sur un dos étranger croit se guinder au cieux,
Risque de haut la culebute,
Et, de son vol audacieux,
N'a souvent pour tout fruit qu'une honteuse chute.
LENOBLE, l'Aigle et l'Escarbot.

CULTURE.

Rien ne profite sans culture.
NIVERNAIS, les Biens inutiles.

CURIOSITE, CURIEUX.

La curiosité faisant perdre le temps,
Et tendant ses filets à la sottise humaine,
De pertes en pertes nous mène,
Et mal en prend à bien des gens.
PIRON, le Renard et la Poule.

Les curieux ont souvent tort. HAUMONT, les deux Chats.

--- D ---

DANGER.

Bien fou qui connaît le danger,
Et qui dans le danger s'engage. LENOBLE, le Renard et le Léopard.

Dans le danger ne perdons pas courage:
Conserver le sang-froid est un grand avantage.
HAUMONT, les Chasseurs, le Lièvre et le Cygne.

Pour sortir du danger le parler ne peut rien;
La force seule est quelque chose.
GOSSE, les deux Rats et le jeune Chat.

Les dangers suivent le grand jour.
PIRON, le Hibou et la Linotte.

Le danger nous abbat: à l'aspect du naufrage,
Le matelot ne jure plus.
JAUFFRET, les deux Loups.

Un grand danger trouble l'esprit. TREMBLAY, la jeune Fille, le Chat et le Moineau.

Le trop d'attention qu'on a pour le danger,
Fait le plus souvent qu'on y tombe.
LA FONTAINE, le Renard et les Poulets d'Inde.

DANSE.

N'a-t-on jamais dansé pour secouer ses peines?
ARNAULT, les Dauphins et les Harengs.

DEBONNAIRE.

Il ne faut pas pousser à bout L'ennemi le plus débonnaire.
FLORIAN, le Chat et les Rats.

DECISION.

Bien rarement de nos décisions
Nous sommes les propriétaires.
LAMOTTE, le Berger et les Echos.

DEDAIN.

Gardez-vous de rien dédaigner,
Surtout quand vous avez à peu près votre compte.
LA FONTAINE, le Héron.

Chose que l'on dédaigne est méprisable et basse.
DUCERCEAU, l'Epingle et l'Aiguille.

DEFAUT.

Chacun a son défaut où toujours il revient;
Honte ni peur n'y remédie.
LA FONTAINE, l'Ivrogne et sa Femme.

Bien connaître ses défauts
Est une vertu réelle.
NIVERNAIS, les jeunes Canards.

Excusons les défauts des autres,
Si nous voulons qu'on excuse les nôtres.
LEBRUN, l'Amateur des jardins et son Ami.

Le Dieu qui nous forma,
Dans nos défauts parfois nous cache une ressource.
GOSSE, la Tortue et le Papillon.

Ne jetons pas la pierre aux gens;
Excusons leurs défauts, n'avons-nous pas les nôtres?
ARNAULT, la Maison de verre.

Chacun a ses talens, chacun a ses défauts.
LENOBLE, le Paon et Junon.

Chacun de nous connaît bien ses défauts;
En convenir, c'est autre chose:
On aime mieux souffrir de véritables maux,
Que d'avouer qu'ils en sont cause.
FLORIAN, la Taupe et les Lapins.

Nous convenons de nos défauts,
Mais c'est pour que l'on nous démente.
FLORIAN, la Pie et la Colombe.

De défauts chacun a sa dose,
Et pour qu'on nous croie, il est bon
D'être juste en sa propre cause.
DU TREMBLAY, les Ruines.

Nous trouvons à tous nos défauts
Des prétextes et des excuses.
LEBRUN, les Défauts palliés.

Critiquant le défaut qui nous est opposé,
Nous pensons en effet justifier le nôtre:
Par l'avare un prodigue est traité d'insensé,
A son tour celui-ci ridiculise l'autre.
Mme JOLIVEAU, la Girafe et le Pélandor.

On ne veut pas voir ses défauts;
En les niant, on les publie;
Et la laideur se multiplie
Dans la glace mise en morceaux.
F. DE NEUFCHATEAU, Alix et son miroir.

... Chacun, pour soi toujours plein d'indulgence,
Ennoblit ses défauts acquis ou naturels.
Mme JOLIVEAU, les Défauts justifiés.

Graces à tout défaut qui se perd dans la gloire!
ARNAULT, les Guêpes et l'Astronome.

Rien que la mort ne peut corriger les défauts
Des gens à tout jamais créés pour la sottise.
DE LABOUTRAYE, la Cigale et le Hibou.

Si vous voulez patiemment Supporter les défauts des autres,
Vous le pouvez facilement;
Par quel moyen? Songez aux vôtres.
LEBRUN, la Pie et le Sansonnet.

DEFENSE.

La défense est un charme: on dit qu'elle assaisonne
Les plaisirs, et surtout ceux que l'amour nous donne.
LA FONTAINE, les Filles de Minée.

La défense pour nous a je ne sais quels charmes,
Que doublent les plaisirs de notre opinion.
Maris, ne vous servez jamais de telles armes;
C'est surcroît de tentation. AUBERT, l'Hirondelle et son Petit.

Ce qu'on se défend sous un nom,
On se le permet sous un autre.
LAMOTTE, le Chat et la Chauve-Souris.

D'aller vers là, de revenir ici,
Est-il permis? Quand on le peut ainsi,
On s'en soucie autant que d'une obole.
Mais que la loi dise, Je le défens,
Nous y courons et notre coeur y vole.
DUCERCEAU, la nouvelle Eve.

Il est mal d'attaquer les gens, Mais il est bien de se défendre.
ARNAULT, le Lézard et la Vipère.

DEFIANCE.

Toujours défiance est un fruit
De malice ou d'expérience.
NIVERNAIS, le jeune Chien.

La défiance est triste et pourtant nécessaire.
F. DE NEUFCHATEAU, la Lupiade, Chant II.

DEFRICHER.

... Mieux vaut défricher un sillon
Que de bâiller dans sa cellule.
LOMBARD DE LANGRES, le Maltôtier.

DEGENERER.

On ne suit pas toujours ses aïeux ni son père;
Le peu de soin, le temps, tout fait qu'on dégénère.
LA FONTAINE, l'Education.

DEHORS.

... Sur les dehors il ne faut pas que l'on parie.
F. DE NEUFCHATEAU, la tête de Singe.

Le plus pompeux dehors
N'enrichit point l'ame commune.
DU HOULLAY, l'Ane au festin du Lion.

DELICAT.

Les délicats sont malheureux,
Rien ne saurait les satisfaire.
LA FONTAINE, Ceux qui ont le goût difficile.

Les plus délicats sont les plus malheureux.
GRENUS, l'Agneau gourmand.

DEPIT.

Il n'est souvent qu'un pas du dépit à l'injure.
AGNIEL, le Corbeau et le Dindon.

Par le dépit tout choix est bon.
GUTTINGUER, le Papillon, la Rose et le Limaçon.

DEPLAIRE.

On déplaît dès qu'on veut trop plaire.
LENOBLE, les Graces.

Aux dames quand on peut déplaire
On n'est pas digne de pitié.
F. DE NEUFCHATEAU, la Vulpéïde, Chant III.

DEROBER.

Aux mets qu'on peut avoir il faut borner sa faim.
Ceux qui sont dérobés très-mal on les digère;
Avec le bien d'autrui l'on fait meilleure chère;
Mais on est presque sûr d'une mauvaise fin.
F. DE NEUFCHATEAU, l'Epervier et le Coucou.

... En l'amoureuse loi
Pain qu'on dérobe et qu'on mange en cachette
Vaut mieux que pain qu'on cuit ou qu'on achète.
LA FONTAINE, les Troqueurs.

DESESPOIR.

Ne nous abandonnons jamais au désespoir.
FORMAGE, le Marchand et la Fortune.

Il est dangereux de réduire
Le petit même au désespoir.
AUBERT, le Rat et le Vaisseau.

Bien fou qui se désespère.
PIRON, le Lion et la Fourmi.

DESIR.

D'un désir trop ambitieux
Evite sagement la dangereuse amorce;
Son attrait est pernicieux.
LENOBLE, l'Aigle et l'Escarbot.

Lorsqu'on est heureux sous le chaume
Pourquoi désirer un palais.
STASSART, l'Hirondelle et le Moineau.

Qui de nous n'a pas l'imprudence
De faire avorter ses désirs?
DU TREMBLAY, le Nid.

DESPOTE.

Trop souvent un despote à ses moindres caprices
Sacrifie un ministre, et l'exil est son lot.
AGNIEL, le Mulet et le Renard.

... Contre un despote, habile charlatan
Les lois toujours sont-elles un refuge?
STASSART, le Léopard et l'Eléphant.

On néglige un bon prince, et nous rendons hommage
Au despote qui nous outrage.
A. RIGAUD, la Chèvre et le vieux Dogue.

DESTIN, DESTINEE.

Peut-on prévoir sa destinée?
AGNIEL, l'Ecureuil et le Limaçon.

Du bien au mal toujours le destin change.
VOLTAIRE, le Dimanche.

C'est du destin que naît le plaisir, la souffrance.
Mme JOLIVEAU, le Cheval et l'Ane.

On perdrait le plaisir de vivre
Si l'on était dans les secrets du sort.
NIVERNAIS, la Génisse sacrifiée.

Ce qu'on ne voudrait pas, souvent il le faut faire,
Quand il plaît au destin que l'on en vienne là.
LA FONTAINE, la Fiancée du roi de Garbe.

On rencontre sa destinée
Souvent par des chemins qu'on prend pour l'éviter.
LA FONTAINE, l'Horoscope.

Au plus fort de nos maux quelquefois le destin
Daigne nous tendre une main secourable.
A. RIGAUD, la Cascade et la Fontaine.

... Malgré la raison, les vertus, sur la terre
Il est de bien sombres destins.
A. DE MONTESQUIOU, le jeune Lièvre et sa Mère.

Qui naquit malheureux dans le malheur succombe,
Et son destin encor le poursuit dans la tombe.
COUPE DE ST.-DONAT, l'Ane et les Prêtres.

On a toujours raison, le destin toujours tort.
LA FONTAINE, Ingratitude envers la Fortune.

Bien ou mal placés du destin,
Suivons sa loi de bonne grâce;
Faisons gaiement notre chemin,
Il sera d'un bien court espace;
Craignons de gêner le voisin.
DU TREMBLAY, la Voiture publique.

DETRUIRE.

Ce qui croît en un jour en un jour est détruit.
COUPE DE ST.-DONAT, La Courge et le Palmier.

Quand l'ouvrière est épargnée
Vainement l'ouvrage est détruit.
ARNAULT, l'Araignée.

DETTE.

Les dettes du jeu sont sacrées.
On peut faire attendre un marchand,
Un ouvrier, un indigent,
Qui nous a fourni ses denrées;
Mais un escroc? L'honneur veut qu'au moment
On le paie, et très-poliment.
FLORIAN, Pan et la Fortune.

DEUIL.

Tel deuil n'est fort souvent qu'un changement d'habits.
LA FONTAINE, la Coupe enchantée.

DEVINER.

On vous devine mieux que vous ne savez feindre.
VOLTAIRE, Gertrude.

DEVISE.

La devise d'un homme sage:
Peu de bien avec liberté.
LENOBLE, le Chien gras et le Chien maigre.

DEVOIR.

Avant tout remplissons les devoirs d'une mère.
Mme JOLIVEAU, les deux Poulettes et la Poule.

DEVOT.

Je crains les dévots, et fais bien.
VOLTAIRE, le Dimanche.

Tout culte a, dit-on, ses dévots,
Mais tous n'ont pas même pratique.
NIVERNAIS, le Turc, sa Femme et la Pie.

DIADÈME.

... Porter seul un diadème
Est un fardeau pour bien des rois.
AGNIEL, l'Eléphant et le Singe.

A peu de gens convient le diadème.
LA FONTAINE, le Renard, le Singe et les Animaux.

DIEU.

... Dieu prodigue ses biens
A ceux qui font voeux d'être siens.
LA FONTAINE, le Rat retiré du monde.

Dieu, comme vous savez, est au-dessus des rois.
VOLTAIRE, le Lion et le Marseillais.

Dieu fit bien ce qu'il fit, et je n'en sais pas plus.
LA FONTAINE, la querelle des Chiens et des Chats.

... Du Dieu qu'en son égarement
La superstition ici-bas défigure,
La colère jamais n'altéra la bonté.
A. NAUDET, le Clocher et le Paratonnerre.

... Dieu parfois veut éprouver ses saints,
Se sert de tout pour leur faire connaître
Et son pouvoir et ses vastes desseins.
DORAT, les trois Frères.

DIEUX.

Le dédale des coeurs en ses détours n'enserre
Rien qui ne soit d'abord éclairé par les Dieux:
Tout ce que l'homme fait il le fait à leurs yeux,
Même les actions que dans l'ombre il croit faire.
LA FONTAINE, l'Oracle et l'Impie.

... Les Dieux ne sont pas inflexibles;
Et ce n'est qu'à l'extrémité
Qu'ils font tomber sur nous leurs châtimens terribles.
LEBRUN, le Soleil en colère.

... Les Dieux
Doivent punir le crime et venger l'innocence.
LEBRUN, la Colombe et le Vautour.

Un Dieu n'est pas deux fois trompé.
LENOBLE, le Paysan et Esculape.

L'homme est plus cher aux Dieux qu'il ne l'est à lui-même;
Se soumettre c'est les prier.
FLORIAN, le Prêtre de Jupiter.

... C'est l'indulgence
Qui finit le plus beau de leurs droits,
Non les douceurs de la vengeance.
LA FONTAINE, le Roi, le Milan et le Chasseur.

Les jours donnés aux Dieux ne sont jamais perdus.
LA FONTAINE, les Filles de Minée.

DIFFERER.

Ce n'est pas un bienfait que celui qu'on diffère.
F. DE NEUFCHATEAU, le Loup et le Renard.

DIFFICILE.

Le plus difficile avant tout,
C'est de garder sa vertu jusqu'au bout.
A. de MONTESQUIOU, la Femme de Nicolas.

DIGNITE.

La véritable dignité
Est dans le coeur, et non sur le visage.
FORMAGE, les Chèvres et les Boucs.

Gardons la dignité sous le joug du malheur.
STASSART, l'Ours et le Carlin.

DINER.

... Il est toujours bon de savoir où l'on dîne.
LENOBLE, la Cigale et la Fourmi.

DIRE.

Qui n'a rien vu n'a rien à dire.
STASSART, le Corbeau, et la Corneille.

On dit mieux que l'on ne sait faire.
LAMOTTE, les Sacs des Destinées.

DISCIPLE.

Pour être un bon disciple, il faut être son maître.
LAMOTTE, le tyran devenu bon.

DISCORDE,

... Pour délibérer, dès qu'un peuple s'assemble,
La discorde toujours préside à ses débats.
JAUFFRET, la Diète des Oiseaux.

L'envie et l'intérêt, inflexibles tyrans,
Chez nous ont été de tous temps
Les ministres de la discorde.
LEBRUN, l'Aigle et le Dragon.

La discorde a toujours régné dans l'univers.
LA FONTAINE, la querelle des Chiens et des Chats.

La discorde enfanta la ruine.
LAMOTTE, les Chiens.

DISCOURS.

Dans la langue parlée et dans la langue écrite,
La clarté du discours est le premier mérite.
F. DE NEUFCHATEAU, Prologue du livre VII.

DISGRACE.

Si nous regardions bien les disgraces des autres
Nous nous plaindrions moins des nôtres.
PERRAULT, l'Ane, le Singe et la Taupe.

... La disgrace adoucit bien les moeurs.
NIVERNAIS, le Loup et la Chèvre.

DISPUTER.

Si nous voulons qu'on croie à notre habileté,
Ne disputons jamais de goût ni de beauté.
Mme JOLIVEAU, la Statue de Vénus.

DISSIMULATION.

Dissimuler est un grand point;
C'est dans l'art de régner l'importante maxime;
F. DE NEUFCHATEAU, la Vulpeïde, chant I.

DIVERSITE, DIVERS.

... Ce n'est pas sur 1'habit
Que la diversité me plaît, c'est dans l'esprit.
LA FONTAINE, le Singe et le Léopard.

C'est un grand agrément que la diversité.
LAMOTTE, les Amis.

Tout en tout est divers: ôtez-vous de l'esprit
Qu'aucun être ait été composé sur le vôtre.
LA FONTAINE, le Cierge.

DIVISER.

Malheur au peuple divisé!
Le vent souffle ... il est écrasé
STASSART, les Abeilles.

Un rien peut diviser les plus grands philosophes,
Il faut moins pour brouiller les rois.
F. DE NEUFCHATEAU, la Guerre des Animaux.

Entre eux les cousins rarement sympathisent,
Et les frères pour rien trop souvent se divisent.
F. DE NEUFCHATEAU, le Pommier, le Poirier et la Ronce.

DOCTEUR.

... Sans le grand bonnet on ne peut être habile.
LENOBLE, la Pie héritière.

... L'on voit souvent le bonnet d'un docteur
D'un baudet à nos yeux ne couvrir que la tête.
LENOBLE, le Corbeau et les Paons.

DOMESTIQUE.

Faites cas d'un bon domestique,
C'est un grand mais rare trésor.
LEBRUN, l'Esclave et les Meurtriers.

Rencontrer sous sa main domestique fidèle,
Exact, vigilant, plein de zèle,
C'est un des grands trésors qu'un homme puisse avoir.
LENOBLE, le Chien et le Voleur.

DOMMAGE.

On peut d'amour réparer les dommages
Par les bienfaits de l'amitié.
DE LABOUTRAYE, le Veuvage du Pigeon.

DON, DONNER.

On ne peut au hasard accepter tous les dons.
F. DE NEUFCHATEAU, l'Homme et l'Ane.

Des dons qu'il vous ont faits remerciez les Dieux.
AUBERT, le Sage.

Chacun voudrait avoir tous les dons en partage.
AUBERT, la Rose et Flore.

Il n'est pas pour donner grand besoin de prudence,
Mais il en faut pour recevoir.
LEMONNIER, Volant et Mouchar.

... Ce qu'on donne
N'a jamais appauvri personne.
LEMONNIER, le Dervis.

Souvent on donne ainsi ce qu'on ne saurait vendre.
PERRAULT, le Paysan et le Cavalier.

Les dons sont partagés, et chacun a le sien.
LAMOTTE, le Linx et la Taupe.

La foule se presse où l'on donne,
Mais où l'on a donné l'on ne voit plus personne.
LAMOTTE, Apollon, Mercure et le Berger.

Le plaisir de donner est un si doux plaisir!
JAUFFRET, _le Pommier dépouillé.

Quand on a de pauvres parens,
Ne faut donner tout son bien aux couvens.
LOMBARD DE LANGRES, le Maltôtier.

DORMIR.

Il n'est pas de plus grand plaisir
Que de boire, manger, dormir,
Et de laisser dormir le monde.
A. NAUDET, l'Agneau, le Coq et le Porc.

Un financier jamais ne dort profondément.
JAUFFRET, les Chats et le Financier.

On dort bien mal quand on est en colère.
FLORIAN, le Tourtereau.

DOUCEUR.

La douceur et la complaisance
Pour chacun ici-bas sont d'utiles vertus.
DE LABOUTRAYE, la Cigale et le Hibou.

Il n'est de solides douceurs
Que dans l'amour de la sagesse.
LEBRUN, la Fontaine du Plaisir et celle de la Sagesse.

Plus fait douceur que violence.
LA FONTAINE, Phébus et Borée.

Le doux parler ne nuit de rien.
LA FONTAINE, le Cygne et le Cuisinier.

On en va mieux quand on va doux.
LA FONTAINE, les Cordeliers de Catalogne.

DOULEUR.
La douleur a toujours ses dards,
La fortune ses coups de foudre,
Et la nature ses écarts.
F. DE NEUFCHATEAU, Epilogue.

Pour fuir un léger mal, une faible douleur,
Souvent l'on tombe en un affreux malheur.
PERRAULT, la Chouette.

Un accident ajoute à la douleur.
DU TREMBLAY, la jeune Fille et son Chat.

... La douleur ne dure
Qu'autant qu'on peut la supporter.
NIVERNAIS, la Mule et le Chameau.

On peut supporter la douleur
Que cause une injure ordinaire,
Mais d'une main qui nous est chère,
Elle va droit frapper au coeur.
DU TREMBLAY, le Barbet.

La douleur est toujours moins forte que la plainte.
LA FONTAINE, la Matrone d'Ephèse.

DOUTER.

... Pour un sage qui doute,
On trouvera mille sots sur la route
Qui croiront en fermant les yeux.
NIVERNAIS, le Singe qui parle.

Tout, ici-bas, est énigme et problème,
Le savant doute et l'ignorant résoud.
LEBRUN, le Chien et le Philosophe.

Doutez mortels, car vous ne savez rien.
LAMOTTE, le Cheval et le Lion.

DROITS.

Un noble par mainte bassesse
Souvent déroge, et perd ses droits.
LEBRUN, l'Aigle et le Corbeau.

Princes, pour être heureux, souffrez que vos ministres
De l'homme auprès de vous fassent valoir les droits:
Puissent des courtisans les conseils trop sinistres
Ne jamais étouffer de généreuses voix.
STASSART, le Lion et l'Ours.

De confier légèrement ses droits,
C'est trop risquer, et surtout pour les rois.
AUBERT, le Lion et le Chameau.

... La nature a sans doute ses droits,
Mais on chérit surtout ceux de la bienfaisance.
DE LABOUTRAYE, le Chevreau, la Brebis et le Chien.

DROITURE.

... Dans le droit chemin renfermons tous nos voeux.
LENOBLE, le Loup et la Belette.

DURABLE.

Toute chose fixe et durable
A ce qui dure moins est toujours préférable.
PERRAULT, la Corneille et l'Hirondelle.

--- E ---

ECHAPPER.

Il n'est pas très-aisé d'échapper aux puissans.
DE LABOUTRAYE, l'Aigle, la Corneille et la Tortue.

ECLAIRER.

Que sert d'éclairer les gens,
Quand ils n'ont pas reçu de quoi voir la lumière?
NIVERNAIS, l'Aveugle et la Lanterne.

ECLAT.

L'éclat abuse le vulgaire.
COUPE DE ST.-DONAT, la Luciole.

... Trop d'éclat est parfois dangereux.
LE BAILLY, le Ver luisant et le Crapaud.

L'éclat attire l'envie.
NIVERNAIS, les Grenouilles et les Roseaux.

L'éclat trompe; et souvent on ne connaît l'écueil
Que lorsqu'il n'est plus temps de regagner le large.
F. DE NEUFCHATEAU, la Ville de Mytilène.

ECOLE.

Les meilleures leçons, les plus sages conseils,
Près des heureux n'ont qu'un effet frivole;
Le malheur est la seule école
Qui soit utile à nos pareils.
NIVERNAIS, le jeune Roi et son Gouverneur.

ECOUTER.

Ce n'est pas toujours gain que d'écouter aux portes.
DU TREMBLAY, Philopoemen.

... En toute affaire
Il est bon d'écouter l'un et l'autre adversaire.
A. RIGAUD, le Loup, le Cerf et l'Eléphant.

ECRIRE.

N'écrire que pour amuser,
Autant vaudrait ne pas écrire,
LAMOTTE, la Chenille et la Fourmi.

EDUCATION.

Pour l'éducation, un sage, un philosophe,
Sont de bons ouvriers, mais il faut de l'étoffe.
A. RIGAUD, l'Eléphant et le jeune Loup.

Ne méprisez jamais, dans l'éducation
De former votre élève au travail, à la peine;
De l'avenir la science incertaine,
Vous impose un devoir de la précaution.
HAUMONT, le Sauvage américain.

Les premières leçons peuvent tout sur les hommes,
Et l'éducation nous fait ce que nous sommes.
FORMAGE, la Pie et le Tourtereau.

... L'éducation,
L'amour de la vertu, la bonne instruction,
Sont toujours, après l'existence,
Bienfaits dont le bonheur sera la récompense.
HAUMONT, la bonne Mère, ses deux Filles et le Chèvre.

EFFETS.

Il n'est jamais d'effets sans cause.
Mme JOLIVEAU, la Goutte sereine.

EFFORCER.

Poète, avec effort ne monte pas ta lyre.
STASSART, le Rossignol et l'Alouette.

EGALITE.

Devant l'oeil immortel tous mortels sont égaux.
GUINGUENE, les Anes en ambassade.

Point de bonheur, point de paix en ménage,
Sans droits communs et sans égalité.
GUINGUENE, la Femelle des oiseaux.

L'égalité prévient la plainte.
NIVERNAIS, le Roi observateur.

EGARDS.

... Respectez-vous; les égards ont leur prix.
AUBERT, les deux Pigeons.

EGOISME.

Chacun pour soi: c'est la grande science.
FLORIAN, le Tourtereau.

Des passions la plus triste en la vie,
C'est de n'aimer que soi dans l'univers.
FLORIAN, la Poule de Caux.

Chacun pour soi d'abord, ensuite pour les autres.
FORMAGE, le Loup, le Berger et le Chien.

Qui ne songe qu'à soi quand sa fortune est bonne,
Dans le malheur n'a point d'amis.
FLORIAN, les deux Voyageurs.

Tel ne songe qu'à soi dans sa munificence,
Et paraît s'occuper d'autrui.
A. RIGAUD, le Ramier.

Tel prétend mériter notre reconnaissance
Qui ne travaille que pour lui.
A. RIGAUD, le Ramier.

... Tout mortel ne songe qu'à soi-même.
LENOBLE, le Mari et ses deux Femmes.

Chacun ne songe qu'à son lot.
LAMOTTE, Mercure et les Ombres.

Comment vivre avec son semblable, Quand on veut tirer tout à soi?
NIVERNAIS, les deux Aigles.

ELEMENT.

On ne vit pas en dehors de son élément.
DUCERCEAU, le vieux Plaideur.

ELEVATION.

On risque à se précipiter,
Quand on est assez vain prendre
L'essor d'un vol trop élevé.
LEBRUN, l'Aiglon.

Dans un poste élevé toujours mal affermis
Craignons une chute éclatante.
LEBRUN, le Saule et le Chêne.

Quiconque voudra s'exhausser,
S'il porte un visage de verre,
Court bien risque de le casser.
LEMONNIER, Gros-Colas.

Quand on est placé haut, c'est pour faire le bien.
LE BAILLY, le Tonnerre et le Nuage.

Qui se trouve très-haut ne connaît plus personne,
Et lui-même souvent ne se reconnaît pas.
GOSSE, le Cerf-volant.

J'approuve fort qu'on ait l'ame élevée;
Mais, si l'on veut assurer sa couvée,
Il ne faut pas nicher trop haut.
NIVERNAIS, les deux Nids.

Dès qu'on est élevé parfois on déraisonne.
GOSSE, le Cerf-volant.

Chacun, plus qu'il ne peut, cherche à se relever.
LENOBLE, le Boeuf et la Grenouille.

... Le plus haut rang n'est pas le moins à craindre.
LEBRUN, l'Aigle.

ELOGE.

On ne veut dans l'éloge d'autrui
Ne faire que son propre éloge.
STASSART, le Papillon et les Oiseaux.

L'éloge a besoin d'art, il a besoin d'adresse.
STASSART, Jupiter et les Etourneaux.

Mépriser un éloge et l'avoir mérité,
Loin d'être une vertu, n'est qu'un orgueil extrême.
Mme JOLIVEAU, le Renard misanthrope.

... L'homme, tous les jours, dans l'éloge d'autrui
Sans y penser fait son éloge.
LE BAILLY, le Chameau et le Bossu.

Tout éloge d'autrui me blesse les oreilles.
LE BAILLY, l'Hirondelle, la Pie et l'Eléphant.

... Toujours les sots,
Même parfois les gens d'esprit, je pense,
D'une juste critique oubliant les arrêts,
N'ont de foi qu'en l'éloge: à leurs yeux l'indulgence
De la justice a tous les traits.
STASSART, le Cheval et l'Ane.

ELOQUENCE.

... L'éloquence est la reine du monde.
A. DE MONTESQUIOU, le petit Savoyard.

Je hais les pièces d'éloquence
Hors de leur place, et qui n'ont pas de fin.
LA FONTAINE, l'Ecolier, le Pédant, et le Maître de jardin.

Tout être bon se fie au personnage
Qui sait charmer par un joli langage.
HAUMONT, le Papillon et le Mûrier.

Des grands périls quelquefois on se tire
Par la force de son bien-dire.
PERRAULT, le Cygne et l'Oie.

EMBELLIR.

Les vertus, les talens, les graces, la bonté,
Ont le don d'embellir la plus laide figure.
DE LA BOUTRAYE, le Frère et la Soeur.

EMBONPOINT.

De l'embonpoint du corps souvent l'ame maigrit.
F. DE NEUFCHATEAU, la Poule trop grasse.

EMPLOI.

Il n'est pas toujours bon d'avoir un haut emploi.
LA FONTAINE, les deux Mulets.

Parfois un sot possède un emploi d'importance,
Tandis que les talens, l'esprit et la science
Sont relégués dans quelques coins.
DE LA BOUTRAYE, les deux Chauves.

EMPORTEMENT.

On ne doit jamais s'emporter.
HAUMONT, le Philosophe et la Guêpe.

EMPRUNTER.

Qui satisfait un emprunteur
Peut et doit s'attendre à la perte
De la dette ou du débiteur.
LEBRUN, le Cheval et le Taureau.

ENFANCE, ENFANT.

Ce qu'un enfant a dans la fantaisie,
Incontinent il faut l'exécuter,
Si l'on ne veut l'ouïr toujours crier.
LA FONTAINE, le Faucon.

Dans le bonheur de nos enfans Continuons notre existence.
DU TREMBLAY, les Ruines.

L'enfant chéri devient enfant gâté:
Il n'apprend rien, et l'ignorance,
La paresse et la vanité,
Vils corrupteurs de son enfance,
Le laissent bientôt sans défense
Au milieu des écueils de la société.
NIVERNAIS, la Guenon et ses Petits.

Un rien suffit pour amuser l'enfance;
Mais dans ses jeux, plus qu'on ne pense,
S'introduisent déjà les passions des grands.
STASSART, le Trône de neige.

Enfant gâté, dit le proverbe,
Devient souvent enfant ingrat.
AGNIEL, la Vigne.

... On ne doit pas,
A l'âge où l'on fait des faux-pas,
Quitter un seul instant sa mère.
A. DE MONTESQUIOU, le jeune Lièvre et sa Mère.

A son père soumis, juste, il faut le chérir;
Irrité, l'apaiser; injuste le souffrir:
C'est là ce qu'un enfant doit toujours à son père.
F. DE NEUFCHATEAU, le Repentir de Bourbon.

... Dans l'enfance,
Suivant de près la jouissance,
Arrivent bientôt les dégoûts.
A. NAUDET, l'Enfant et les Joujoux.

Avec tous nos enfans mesurons nos paroles;
Ils sont rusés, les petits drôles;
Et souvent leur maligne humeur
Sait rétorquer le trait caustique
Qu'un père sottement stoïque,
Affecte de lancer sur eux avec hauteur.
DU HOULLAY, le Magistrat, son Fils et le Chat.

ENGOUMENT.

Auprès de l'engoûment la sagesse est sans prix.
DU TREMBLAY, la Poulette.

L'engoûment n'a pas de durée;
L'envie, à la dent acérée,
Est toujours là pour l'amortir.
DU TREMBLAY, la Volière.

ENNEMI.

Craignez d'un ennemi les soins officieux;
S'il feint de vous servir, il est plus dangereux.
HAUMONT, Zéphire et Borée.

On combat l'ennemi qu'on voit,
Celui qu'on ne voit pas est bien plus redoutable:
Le mal qu'il fait ne s'aperçoit
Que lorsqu'il est irréparable.
ARNAULT, le Monument et les Rats.

... L'ennemi le plus terrible
Est celui qui parle le moins.
JAUFFRET, le Roquet, le Chat et le Chien.

L'ennemi qui paraît le moins considérable,
A d'autres s'unissant, devient très-redoutable.
DU HOULLAY, l'Ours et la Ruche.

Quand un fourbe ennemi, qui voulait nous surprendre,
Tombe lui-même dans nos lacs,
Bien dupe qui pour lui voudrait, d'une ame tendre,
Avoir une pitié qu'il ne mérite pas.
LENOBLE, le Renard, le Coq et le Paysan..

Voulez-vous être en assurance
Contre vos ennemis; entre eux
Mettez la mésintelligence.
LEBRUN, le Loup, le Renard, l'Agneau et la Brebis.

Ne comptons jamais sur les voeux
D'un ennemi perfide et dangereux.
PERRAULT, l'Ane et le Loup.

Un ennemi nuit plus que cent amis ne servent:
Qu'à jamais les dieux m'en préservent.
LAMOTTE, le Chien et le Chat.

Quand un fourbe ennemi vous loue et vous caresse,
Prenez garde, il veut vous trahir.
LEBRUN, le Berger, le Loup et le Renard.

J'aime mieux un franc ennemi,
Qu'un bon ami qui m'égratigne.
ARNAULT, le Chien et le Chat.

Deux ennemis, souvent, font moins de tort qu'un seul.
JAUFFRET, le Voyageur, le Tigre et le Crocodile.

... En ce bas monde,
Il n'est pas de faible ennemi.
ARNAULT, le Rat et le Vaisseau.

... Un ennemi, pour l'humaine faiblesse,
Est un mentor qui ne lui coûte rien.
A. NAUDET, la Prière à Jupiter.

ENNUI.

L'ennui naquit un jour de l'uniformité.
LAMOTTE, les Amis.

... L'ennui naît de l'oisiveté.
LE BAILLY, les Chevaux et le Pourceau.

Le bonheur même nous ennuie.
A. RIGAUD, la Chevrette et ses petits.

L'ennui de vivre est une maladie,
Qui principalement affecte le cerveau.
FORMAGE, le Marchand et la Fortune.

... L'ennui toujours
Mène au dégoût ...
STASSART, l'Ours à la foire de Beaucaire.

L'ennui s'assied à la table d'un roi,
Et nulle part on n'est mieux que chez soi.
FORMAGE, Jupiter et la Tortue.

L'ennui cruel et sa triste langueur,
Sont inconnus dans une vie active.
HAUMONT, la Dame, le Chapelain et la Fermière.

Quand un roi n'aime pas les divertissemens,
Il faut que ses peuples s'ennuient.
F. DE NEUFCHATEAU, l'Aigle et le Vautour.

ENTETEMENT.

C'est fort bien fait, en toute affaire,
De marcher sans s'écarter;
Mais il ne faut pas s'entêter.
NIVERNAIS, les Rats de Norwège.

ENTREPRISE.

La plus petite entreprise
Veut les soins d'un bon ouvrier.
NIVERNAIS, le Singe et la Planche.

... Il faut à temps commencer l'entreprise,
Quand on en veut venir à bout.
LAMOTTE, le Pêcher et le Mûrier.

Une entreprise est mal conçue,
Quand on n'en voit pas bien l'issue.
PERRAULT, les deux Grenouilles.

La plus petite entreprise
A sa fin qu'il faut prévoir.
AGNIEL, la Souris.

... Il ne faut rien entreprendre
Avant que de s'être éprouvé.
LEBRUN, l'Aiglon.

On se donne beaucoup d'embarras
Sitôt qu'on veut trop entreprendre.
LENOBLE, l'Aigle et le Corbeau.

Avant que de tenter
une périlleuse entreprise,
On doit ses forces consulter.
FORMAGE, l'Autruche.

ENSEIGNE.

L'enseigne fait la chalandise.
LA FONTAINE, les Devineresses.

ENVIE.

L'un l'autre s'envier, c'est le commun travers.
STASSART, les Oiseaux et les Poissons.

Heureux celui qui vit sans cesse
Loin du monde et des envieux!
HAUMONT, les deux Laitues.

Si tu ne sais cacher ton bonheur et ta vie,
Attends-toi d'éprouver les effets de l'envie.
Mme JOLIVEAU, la Serine.

Ne portons pas envie aux mortels trop savans.
A. DE MONTESQUIOU, l'heureuse Incrédulité.

L'envie est sans miséricorde;
Votre ouvrage fût-il divin,
Il faut que ce serpent se glisse après, le morde,
Et le couvre de son venin.
AGNIEL, la Statue de bronze.

Souffrons que l'envieux attaque nos défauts,
Loin de nous nuire il peut nous être utile.
Mme JOLIVEAU, l'Envieux.

Les services les plus nombreux
Ne peuvent étouffer les clameurs de l'envie.
STASSART, l'Ane assommé par son Maître.

EPARGNER.

Si tu veux qu'on t'épargne, épargne aussi les autres.
LA FONTAINE, l'Oiseleur, l'Autour et l'Alouette.

EPINE.

Il est plus d'une épine au rosier de la vie.
COUPE DE ST.-DONAT, Epilogue.

L'épine protège la rose,
Et l'aiguillon défend le miel.
F. DE NEUFCHATEAU, Epilogue.

EPOUX, EPOUSER.

Pour être heureux, époux, faites votre devoir,
Et ne voyez jamais plus que l'on ne doit voir.
HAUMONT, la Femme hirondelle et Jupiter.

Il ne faut épouser jamais que son semblable.
LENOBLE, le Mari et ses deux Femmes.

EQUITE.

L'équité doit régler la conduite des rois.
GOSSE, le Tigre et le Lion.

Princes, les lois de l'équité,
Seules, dans tous les temps, font votre sûreté.
STASSART, le Cheval.

ERREUR.

L'erreur par ses excès fait briller la sagesse.
A. DE MONTESQUIOU, le jeune Lièvre et sa Mère.

... Des erreurs légères
Ont souvent des effets cruels.
A. RIGAUD, la Souris et sa Fille.

Toujours mêmes erreurs, toujours mêmes chimères,
Et les sottises de nos pères
Sont autant de perdu pour nous.
NIVERNAIS, le Merle et ses Enfans.

On court, hélas! après la vérité:
Ah! croyez-moi, l'erreur a son mérite.
VOLTAIRE, Ce qui plaît aux Dames.

... C'est toujours l'erreur qui mène à la sagesse.
DORAT, l'Homme détrompé.

L'erreur à l'échafaud peut traîner l'innocence.
F. DE NEUFCHATEAU, le Fermier et son Chien..

... Dans l'univers l'erreur, s'impatronise:
La force la fait recevoir, L'habitude accroît son pouvoir, l'imbécillité l'éternise.
AUBERT, les Rêves.

ESCLAVAGE.

Tout être abhorre l'esclavage.
HAUMONT, Zéphire et Borée.

Quand on est dans les fers, il n'est point de bien-être.
HAUMONT, le vieux Cheval et l'Ane.

Etre riche dans l'esclavage,
J'aime mieux une douce et libre pauvreté.
LENOBLE, le Chien gras et le Chien maigre.

... Dans l'esclavage
Le rossignol ne chante plus.
A. NAUDET, le Rossignol captif.

Les maux que l'esclavage entraîne
Rarement peuvent s'adoucir.
AUBERT, le Serin mis en cage.

Quand on pense en esclave, on mérite de l'être.
STASSART, l'Ours et le Carlin.

Ne nous mettons point en service.
NIVERNAIS, le Chien battu.

ESPOIR, ESPERANCE.

Il est doux de pouvoir conserver l'espérance.
LOMBARD DE LANGRES, le Canonnier.

Cette douce espérance, aux malheureux si chère,
Vient encor nous bercer à notre heure dernière.
JAUFFRET, la Pie.

... La fortune, ici-bas,
Fait moins d'heureux que l'espérance.
A. NAUDET, le Pêcheur et son Fils.

... Ainsi, quoiqu'ici-bas
Souvent de tous les biens nous regrettons l'absence,
L'espoir seul ne nous quitte pas.
PERRAULT, l'Espérance.

L'espoir du mieux soutient les pauvres gens.
LOMBARD DE LANGRES, le Conscrit.

Le peuple perd toute espérance,
Lorsqu'au pouvoir vient s'unir la démence.
STASSART, le Lion devenu fou et le Lapin.

Sur le point de jouir tout s'enfuit de nos mains;
Les dieux se font un jeu de l'espoir des humains.
LA FONTAINE, les Filles de Minée.

ESPRIT.

... De quoi ne vient à bout
L'esprit joint au désir de plaire.
LA FONTAINE, les Dieux et le Fils de Jupiter.

Le savoir et l'esprit
Ne roulent pas toujours en berline dorée.
GOSSE, le Tremblement de terre.

... L'esprit et les talens,
Au moral comme au physique,
Du bien, du mal sont d'aveugles agens.
NIVERNAIS, l'Avocat, le Peintre et le Philosophe.

L'esprit, seul, tient à la personne,
Et n'en est jamais séparé.
F. DE NEUFCHATEAU, Epilogue.

A la tournure de l'esprit,
On peut aisément juger l'ame.
DU TREMBLAY, le Paon, la Colombe et la Pie.

Esprit avec beauté n'est pas toujours d'accord.
LENOBLE, le Loup net la Tête de bois.

L'homme d'esprit ne nous inspire
Que la défiance et l'effroi.
NIVERNAIS, le Hérisson.

Peu croire à ce qu'on dit, bien garder ce qu'on a,
De ce qu'on a perdu se consoler bien vite,
L'esprit des esprits le voilà.
F. DE NEUFCHATEAU, les trois Maximes.

Donnez le même esprit aux hommes,
Vous ôtez tout le sel de la société.
LENOBLE, les Amis.

L'esprit dans ses travaux n'est-il pas limité?
Il doit perdre en solidité
Ce qu'il gagne en superficie.
ARNAULT, le Batteur d'or.

Chacun défend l'esprit qu'en vain un sot condamne.

GOSSE, la Chienne qui rédige un Journal.

Trop de gens devraient voyager
Si l'esprit s'acquérait en route.
STASSART, le Corbeau et la Corneille.

Le grand seigneur croit avoir de l'esprit.
STASSART, le Rossignol et le Paon.

... Chez les grands quiconque voudra plaire,
Doit d'abord cacher son esprit.
FLORIAN, le Renard déguisé.

ESTIMER.

On n'estime les gens qu'autant qu'ils font du bien.
COUPE DE ST.-DONAT, la Pierre et le Vermisseau.

Tel qu'on veut mépriser, s'estime autant qu'un autre.
HAUMONT, le Cheval et l'Ane.

On doit priser chacun selon le bien qu'il fait.
A. RIGAUD, le Poncire et la Pomme-de-terre.

Réglez vos passions, fuyez l'intempérance,
C'est le moyen d'être estimés.
AGNIEL, le Renard mourant.

Souvent pour qui s'estime on n'a que du mépris.
PERRAULT, Mercure et le Sculpteur.

ETAT.

... Personne dans la vie
N'est satisfait de son état.
LA FONTAINE, le Loup et le Renard.

Chacun dans son état peut trouver le bonheur.
HAUMONT, la Dame, le Chapelain et la Fermière.

Dans son état heureux qui peut se plaire,
Vivre à sa place et garder ce qu'il a.
VOLTAIRE,, la Bégueule.

Chaque état a son agrément.
HAUMONT, la Dame, le Chapelain et la Fermière.

... On court à sa perte
Quand on sort de son état
Pour vivre avec plus d'éclat.
NIVERNAIS, les Grenouilles et les Roseaux.

... Quel est l'état qui n'offre que des roses?
A. RIGAUD, M. Bredouillet.

Si de changer d'état il vous prend fantaisie,
Jeune homme, pensez-y, c'est fort souvent folie.
HAUMONT, les deux Chevaux de chasse.

Le ciel a voulu de tout temps
Que chaque état eût ses désagrémens.
Ne vous plaignez donc pas du vôtre,
Quel qu'il soit, laboureurs, matelots, artisans,
Juges, marchands, guerriers, reclus on courtisans:
Peut-être seriez-vous encor pis dans un autre.
LEBRUN, le Cheval, le Chien, etc.

ETUDE.

L'étude est d'un grand avantage.
COUPE DE ST.-DONAT, le Pinson et les Oiselets.

Le vrai fruit de l'étude est de régler sa vie.
F. DE NEUFCHATEAU, le Serment d'Annibal.

EVEILLER.

N'éveillons pas le chat qui dort.
COUPE DE ST.-DONAT, les deux Rats et le Chat endormi.

EVENEMENT.

D'un même avis et d'un même conseil
L'événement n'est pas toujours pareil.
PERRAULT, les deux Anes.

EXAMEN.

N'examiner les gens que du mauvais côté,
Pour les coeurs envieux est une jouissance.
JAUFFRET, le Paon, la Pie et la Colombe.

EXCES.

Il est bon d'être fort pour être respecté;
Mais trop est trop, et l'excès de la force
A souvent son mauvais côté.
NIVERNAIS, le Bélier dangereux.

L'excès d'un très-grand bien devient un mal très-grand.
FLORIAN, l'Inondation..

Nous nous perdons par les excès.
LAMOTTE, l'Huître.

Souvent l'excès des maux vient de l'excès des biens.
LE BAILLY, les deux Souhaits.

Admirateur soumis des célestes décrets,
Le sage doit en tout éviter les excès.
Mme JOLIVEAU, les deux Hermites.

Il est bon de parler, et meilleur de se taire;
Mais tous deux sont mauvais alors qu'ils sont outrés.
LA FONTAINE, l'Ours et le Jardinier.

De tous les animaux, 1'homme a le plus de pente
A se porter dedans l'excès;
Il faudrait faire le procès
Aux petits comme aux grands. Il n'est ame vivante
Qui ne pêche en ceci ...
LA FONTAINE, Rien de trop.

Un excès de délicatesse
Gêne, fatigue, on s'y soustrait;
Tout sentir sans que rien nous blesse,
Est le charme le plus parfait.
DU TREMBLAY, la Sensitive et le Jardinier.

Craignons l'excès, même en fait de vertus.
NIVERNAIS, le Sultan et la Sultane.

EXECUTER.

Ne faut-il que délibérer?
La Cour en conseillers foisonne:
Est-il besoin d'exécuter?
On ne rencontre plus personne.
LA FONTAINE, Conseil tenu par les Rats.

Le principal n'est point de projeter,
C'est de savoir exécuter,
PERRAULT, les Rats.

EXEMPLE.

L'exemple et les conseils du sage
Donnent l'amour de la vertu.
HAUMONT, la Dame de ville et la Dame de Campagne.

L'exemple sert, l'exemple nuit aussi.
LA FONTAINE, l'Abbesse.

Que d'un champ qui n'est pas à soi
Un monarque enlève une pomme,
Par l'exemple enhardis, ses courtisans, sans frein,
Coupent l'arbre le lendemain.
LE BAILLY, 1'Exemple.

... De 1'homme de bien l'exemple et les discours
Au but tant désiré n'atteignent pas toujours.
A, RIGAUD, le Bloc de Marbre.

Nous avons vu plus d'une fois
Le torrent de l'exemple entraîner le vulgaire.
STASSART, l'Ane et son Maître.

Le monde sc conforme à l'exemple du maître:
Et surtout à la cour c'est là le rudiment.
LAMOTTE, les Singes matelots.

... L'exemple d'autrui nous est d'un vain secours.
DE LA BOUTRAYE, la Linotte et le Hibou.

... D'un père vicieux
L'exemple sur un fils est d'un poids redoutable.
LENOBLE, les Corbeaux et les Aiglons.

... Pour devenir sages
Nous suffit-il toujours de l'exemple d'autrui?
LE BAILLY, le Nain et le Rat.

A ses fils l'exemple du père
Peut être impuissant pour le bien:
Trop souvent il n'y sert de rien;
Pour le mal c'est une autre affaire.
F. DE NEUFCHATEAU, L'Aïeul et le Petit-Fils.

Leçon commence, l'exemple achève.
LAMOTTE, l'Aigle et l'Aiglon.

... L'exemple est toujours salutaire.
Mme JOLIVEAU, les Lévriers et le Carlin.

L'exemple est un dangereux leurre.
LA FONTAINE, le Corbeau voulant imiter l'Aigle.

EXISTENCE.

Notre existence n'est qu'un jeu.
HAUMONT, le Vieillard et le Chêne.

EXPEDIENS,

Le trop d'expédiens peut gâter une affaire;
On perd du temps au choix, on tente, on veut tout faire:
N'en n'ayons qu'un, mais qu'il soit bon.
LA FONTAINE, le Chat et le Renard.

EXPERIENCE.

Le meilleur guide est sans doute celui
Qui ne conduit jamais autrui
Que par sa propre expérience.
NIVERNAIS, l'Aveugle et son Guide.

... C'est l'expérience
Qui corrige, et non les discours.
FLORIAN, l'Education du Lion.

Toujours quelques maux sont les fruits
De la tardive expérience.
AUBERT, le Papillon et le Flambeau.

L'expérience est inutile
A quiconque manque d'esprit.
F. DE NEUFCHATEAU, les deux Enfans.

Pour corriger les sots l'expérience est vaine.
GUTTINGUER, Philomèle, le Corbeau et le Vautour.

Autorité, tradition, science,
Près de nous en mainte occurrence
Sont en défaut.
Or, quel est donc le maître qu'il nous faut?
L'expérience.
NIVERNAIS, la Tour carrée.

L'expérience nous rend sages.
HAUMONT, la Fermière et la Vache.

... Ceux qui n'ont du monde aucune expérience
Sont aux moindres objets frappés d'étonnement.
LA FONTAINE, le Rat et l'Huître.

--- F ---

FABLES.

Les fables ne sont pas ce qu'elles semblent être;
Le plus simple animal nous y tient lieu de maître.
Une morale nue apporte de l'ennui;
Le conte fait passer le précepte avec lui.
LA FONTAINE, le Pâtre et le Lion.

Il faut bien égayer la fable quand on peut.
LE BAILLY, le Rat et le Boulanger.

La fable veut du simple, du naïf.
LEBRUN, l'Auteur et le Livre.

La fable gît dans la moralité.
LAMOTTE, le Jugement, l'Imagination et la Mémoire.

Souvent le masque de la fable
Est utile à la vérité.
COUPE DE ST.-DONAT, Prologue du livre I.

La vérité doit naître de la fable.
LAMOTTE, le Chat et la Chauve-souris.

Vous voulez seulement lire un conte agréable,
Sans le vouloir vous allez être instruit.
On badine, il paraît qu'on ne songe qu'à plaire,
Et le jeu tourne en leçon.
L'homme n'eût pas voulu d'un précepte sévère;
Pour le prendre il fallait trouver cet hameçon.
LAMOTTE, le Renard prédicateur.

... La fable est l'ame du style
Quand on sait avec art en placer l'ornement.
F. DE NEUFCHATEAU, Prologue du livre X.

La fable est elle-même un voile favorable
Dont se couvre la vérité.
LE BAILLY, Prologue du livre II.

Une fable n'est attachante
Qu'autant qu'elle est un drame, et le drame un tableau.
F. DE NEUFCHATEAU, Prologue du livre II.

C'est sur une action que la fable se fonde.
F. DE NEUFCHATEAU, Prologue du livre VII.

FACHER

... Il est d'un sot
De se fâcher quand on badine.
ARNAULT, le Chien et le Chat.

FACHEUX.

Fuyons l'esprit fâcheux qui se croit du talent.
HAUMONT, le Rossignol et le Coucou.

FACILITE.

... La facilité diffère du génie.
F. DE NEUFCHATEAU, les deux Poètes..

FAIBLESSE.

... Chacun a sa faiblesse.
LAMOTTE, le Festin du Lion.

Connaître sa faiblesse est la grande science.
LENOBLE, le Poulain et le Lion.

La faiblesse est souvent toute notre justice.
AUBERT, le Lion et le Lièvre.

Des faiblesses d'autrui nous devons profiter;
Apprenons à vaincre les nôtres.
DU TREMBLAY, le Miroir.

Le plus fort a son faible ...
LAMOTTE, la Baleine et l'Américain.

Les ames faibles sont cruelles,
Et la malice est de leur goût.
F. DE NEUFCHATEAU, Momus chassé de 1'Olympe.

Sous le fort le faible succombe.
LENOBLE, le Pot de fer et le Pot de terre.

Pauvres moutons ne sont pas faits
Pour réussir dans cette vie;
Leur lot est qu'on les sacrifie
Sans autre forme de procès.
DE LA BOUTRAYE, le Berger et le Mouton.

Est-on jeune et puissant, tout rit.
Mais tombe-t-on dans la faiblesse?
Tout tourne à dos, et l'on périt.
LENOBLE, le Lion décrépit.

Pardonner c'est, je crois, agir avec sagesse;
Mais se donner des airs de magnanimité,
Sans y joindre l'autorité,
N'est-ce pas au grand jour exposer sa faiblesse
STASSART, le Lion édenté.

La faiblesse conduit aux plus honteux forfaits.
STASSART, les Loups, le Chien et le Troupeau.

La créature est faible et le ciel indulgent.
LOMBARD DE LANGRES, le Maltôtier.

Si le faible peut nuire on doit le mépriser.
HAUMONT, le Philosophe et la Guêpe.

Le plus faible, c'est l'ordre, est puni le premier.
LAMOTTE, la Pie.

FAILLIR.

Chacun de ses talens a beau s'enorgueillir,
Dès qu'on est homme il faut faillir.
LAMOTTE, Apollon et Minerve.

... Quelle est la vertu qui ne doit pas faillir,
Et qui peut se vanter d'être toujours soi-même?
GOSSE, les deux Chats en sentinelle.

FAIM, FAMINE.

La faim est un besoin terrible.
AGNIEL, le Loup et le Chien.

La faim chasse les loups du bois.
A. DE MONTESQUIOU, l'heureuse Incrédulité.

Un brigand affamé n'a point d'yeux ni d'oreilles.
HAUMONT, l'Amitié de l'Ours et du Loup.

... Faim n'est pire que poison.
LAMOTTE, l'Huître.

... L'aiguillon de la faim
Donne au moins brave du courage.
AGNIEL, le Lapin et le Renard.

La rigueur et la faim, voilà le grand mobile.
A, RIGAUD, le Despote.

Il n'est ni ruse ni tours
Que ventre affamé n'imagine
Pour conserver ses jours.
DU HOULLAY, le Milan et les petits Oiseaux.

... Le plus grand des soins
C'est celui d'éviter la famine.
LA FONTAINE, l'Aigle, la Laie et la Chatte.

Ventre affamé n'a point d'oreilles.
LA FONTAINE, le Milan et le Rossignol.

Ventre affamé n'a point d'oreilles.
DU TREMBLAY, la Pie, la Linotte, etc.

Ventre affamé n'a point d'oreilles.
COUPE DE ST.-DONAT, le Serin et le Chat.

FAIRE.

Qui ne fait rien ou ne sait que mal faire,
Dans la société, ne saurait que déplaire.
DU HOULLAY, l'Hirondelle et le Passereau.

Faites toujours ce que vous pouvez faire.
LAMOTTE, le Corbeau et le Faucon.

... Quand on sait bien faire il faut le laisser dire.
LAMOTTE, l'Aigle et l'Aiglon._

Il vaut beaucoup mieux ne rien faire
Que faire sans cesse des riens.
STASSART, l'Ecureuil et le Chien de chasse.

FAITS.

Ce n'est que par les faits que les mots auront cours.
F. DE NEUFCHATEAU, la Grenouille et le Renard.

FAMILIARITE.

J'aime fort le ton familier,
Mais mesuré par la décence;
Dès qu'il sort de la convenance,
Il finit par être grossier.
DU TREMBLAY, les deux Singes.

FANFARON.

... Le faux brave, à force de caquet,
Impose aux idiots, auprès d'eux s'accrédite,
Et toujours leur en dit beaucoup plus qu'il n'en fait.
Mais forcez-le d'agir, vous trouvez que l'effet
Dément tout ce qu'il débite.
LENOBLE, l'Homme et le Lion.

FAT.

Un fat abuse ainsi de qui se rend trop bon.
LENOBLE, les Animaux favoris.

A la cour, à la ville, en tous lieux on se raille
D'un fat qui, de l'honneur fort mal aiguillonné,
N'a rien, et fonde son dîné
sur le brouet du voisin qui travaille.
LENOBLE, le Renard et le Singe.

... Un fat entêté
De ses talens, de son mérite. N'écoute que la vanité.
NIVERNAIS, le Corbeau et le Coq.

FAUSSETE.

... La fausseté sera toujours punie
Par les décrets d'un ciel vengeur.
DE LA BOUTRAYE,, la Brebis, le Chien et le Loup.

Sous un air doux craignons la fausseté:
On voit plus d'un minet dans la société.
HAUMONT, Orphise, son Chat et son Epagneule.

FAUTES.

Dès qu'on fut une fois coupable par l'amour,
D'une seconde faute une faute est suivie.
GOSSE, le Chien de l'escadre.

Nous avons beau jeter nos fautes sur les autres,
Tôt ou tard nous en pâtissons.
LAMOTTE, l'Estomac.

On fait, hélas! des fautes à tout âge;
Mais que le sexe en fait à dix-huit ans!
LOMBARD DE LANGRES, Brice.

FAVEURS.

... Le ciel
Même au plus fortuné mortel,
Vend les faveurs dont il dispose.
F. DE NEUFCHATEAU, Epilogue.

La faveur du Destin parfois fut importune.
A. RIGAUD, Heur et Malheur.

FEINDRE, FEINTE.

L'ennemi découvert n'est pas si fort à craindre;
Ne pouvant s'y fier on n'en est pas trompé;
Mais, à coup sûr, on est frappé
Par un ennemi qui sait feindre.
F. DE NEUFCHATEAU, la Lupiade, Chant II.

La feinte est un pays plein de terres désertes;
Tous les jours les auteurs y font des découvertes.
LA FONTAINE, le Meunier, son fils et l'Ane.

FELICITE.

De la félicité l'apparence est trompeuse.
HAUMONT, la Poule et la Tourterelle.

... La félicité
Consiste dans trois points: travail, paix et santé.
FLORIAN, l'Aigle et le Hibou.

En quelque rang que le sort vous ait mis,
Sans société, sans amis,
Point de félicité parfaite.
AUBERT, la Volière et le Serin.

Une ame qui se croit heureuse,
Possédant les honneurs, les biens, la volupté,
N'embrasse qu'une ombre trompeuse
De la félicité.
LENOBLE, le Chien et l'Ombre.

Pourquoi faut-il que dans la vie
Un rien puisse troubler notre félicité?
AGNIEL, la jeune Fille et le Serin.

FEMME.

Il faut toujours que la femme commande.
VOLTAIRE, Ce qui plaît aux Dames.

... Une femme a son prix.
PARNY, Alcibiade converti.

Le beau-sexe a pour apanage
La présence d'esprit, le zèle, le courage;
Dans le monde sensible il tient le premier rang.
A. RIGAUD, le Tigre et le Parasol.

... Femme douce et bonne
Au fond du coeur laisse de longs regrets.
PARNY, Alcibiade converti.

Quand femelle à petit génie
S'est mis en tête une manie,
On ne peut l'en désentêter.
LENOBLE, la Mouche et la Marmotte.

Femme contrariante, envieuse et colère,
Ne quitte point son caractère.
PERRAULT, la Femme noyée et son Mari.

... Fille ou femme, ou veuve, ou laide, ou belle,
Ou pauvre, ou riche, ou galante, ou cruelle,
La nuit, le jour, veut être, à mon avis,
Tant qu'elle peut, la maîtresse au logis.
VOLTAIRE, Ce qui plaît aux Dames.

Le coeur est tout chez les femmes.
VILLIERS, la Bique, et le Bouc.

... ... Femmes de Paris
Savent tromper, mais servir leurs maris.
M. J. CHENIER, la Lettre de cachet.

... Femme sage est plus que femme belle.
VOLTAIRE, Ce qui plaît aux Dames.

Femme toujours est maîtresse au logis.
VOLTAIRE, Ce qui plaît aux Dames.

Quand une femme aime dans son printemps,
Elle ne peut jamais faire autre chose.
VOLTAIRE, l'Origine des Métiers.

... Femmes savent mentir;
La moins habile en connaît la science.
LA FONTAINE, le Quiproquo.

Femmes ne sont toutes reconnaissantes.
LA FONTAINE, le Faucon.

... La femme doit prendre soin du ménage.
HAUMONT, le Jardinier et sa Femme.

Le sexe fut toujours la pomme de discorde.
HAUMONT, les deux Chiens, le Loup et le Troupeau.

FER.

Si méchans que soient les humains,
Le fer n'est pas toujours meurtrier dans leurs mains.
ARNAULT, le Jour et la Nuit.

FERS, CHAÎNES.

On sent le poids des fers dont on est attaché.
LENOBLE, l'Ecuyer et le Cheval.

Jouets de la fortune, assidus courtisans,
Examinez bien votre vie,
Plus vos fers sont dorés, et plus ils sont pesans.
LENOBLE, le Chien gras et le Chien maigre.

FEUX.

Les feux légers qu'Amour allume,
Attirent l'imprudent vers un piège trompeur.
Mme JOLIVEAU, les deux Moucherons.

Le feu souvent est dans la tête;
Rarement il est dans le coeur.
DU TREMBLAY, le Villageois.

FIDELE.

Bon juge et femme fidèle,
Il n'est rien de si peu commun.
LENOBLE, le Chat et le Coq.

En fait d'amour, le plus galant
N'est pas toujours le plus fidèle.
DU TREMBLAY, la Tourterelle et le Moineau-franc.

FIER.

Fiez-vous à quiconque a répandu des larmes.
ARNAULT, les larmes du Crocodile.

... Insensé, qui se fiera
A tout ami qu'amène l'abondance:
Il ne vient qu'avec elle, avec elle il fuira.
LAMOTTE, le Rat tenant table.

On ne doit se fier qu'à sa propre vertu.
LENOBLE, 1'Aigle et l'Escarbot.

En vain au dehors on se fie;
Tel en discours se sacrifie,
Qu'au moindre coup de vent nous voyons s'écarter.
LENOBLE, le Sanglier et le Buisson.

A qui du bien d'autrui veut te gratifier
Tu ne dois pas trop te fier.
PERRAULT, les deux Chiens et le Cuisinier.

Ne t'attends qu'à toi seul ....
LA FONTAINE, l'Alouette et ses Petits.

... Un homme fait grande folie,
Quand il se fie
A qui peut aisément profiter de sa mort.
LENOBLE, la Pie héritière.

FILLE.

Comment ne point s'intéresser aux filles!
PARNY, l'heureux Ermite.

Chacun sait que de race
Communément fille bâtarde chasse.
LA FONTAINE, Féronde.

Fille qui pense à son amant absent,
Toute la nuit, dit-on, a la puce à l'oreille.
LA FONTAINE., le Rossignol.

La contrainte est l'écueil de la pudeur des filles.
Les surveillans, les verrous et les grilles,
Sont une faible digue à leur tempérament.
LA FONTAINE., le Rossignol.

Filles de sang royal ne se déclarent guère.
LA FONTAINE, la Fiancée du roi de Garbe.

Jeune fillette a toujours soin de plaire.
LA FONTAINE, l'Ermite.

FILS.

Le fils d'un scélérat peut être vertueux.
LEMONNIER, les Cruches.

Quel fils ne se croit pas plus sage que son père?
DUCERCEAU, le Rat et le Raton.

On peut bien, sans être astrologue,
Prédire aux fils méconnaissans,
Qu'ils engendreront des vipères;
Et qu'ils seront traités par leurs enfans
Comme ils auront traité leurs pères.
NIVERNAIS, le Vieillard à l'hôpital.

FIN, FINIR.

En toute chose il faut considérer la fin.
LA FONTAINE, le Renard et le Bouc.

... On finit par où l'on devait commencer.
DORAT, l'Homme détrompé.

De ce qui par toi-même à fin peut être mis,
Ne t'en remets à tes amis.
PERRAULT, l'Alouette.

... Ici-bas tout finit;
Oui tout, le plaisir et la peine.
A. NAUDET, les deux Moineaux.

FINESSE, FIN.

... La meilleure finesse
C'est souvent de n'en avoir point.
LENOBLE, le Chat et le Rat.

... Souvent, par un juste revers,
Quelque fin que l'on soit un plus fin nous attrape.
LENOBLE, le Loup et le Cheval.

Renard contre renard ne gagne rien de bon.
Mme JOLIVEAU, le Renard ermite.

... Aux méchans il faut opposer la finesse.
DU HOULLAY, le Milan et les petits Oiseaux.

FLATTER.

Amusez les rois par des songes; Flattez-les, payez-les d'agréables mensonges;
Quelque indignation dont leur coeur soit rempli,
Ils goberont l'appât, vous serez leur ami.
LA FONTAINE, les Obsèques de la Lionne.

... On sait qu'à la cour flatter n'est pas mentir.
A. NAUDET, la Cour du Lion.

Flattez la vanité, l'on vous croira sincère;
Parlez raison, et vos avis
Ne manqueront pas de déplaire.
A. NAUDET, la Coquette et le Miroir.

On ne flatte pas l'impuissance.
A. NAUDET, l'Ours, le Renard et l'Ane.

Flattez, flattez, sans crainte de déplaire,
Car on ne hait souvent que la manière.
Mme JOLIVEAU, le Renard Misanthrope.

Un sot se plaît à se flatter,
Un homme adroit flatte les autres.
DU TREMBLAY, le Miroir.

On se flatte jusqu'à la mort.
JAUFFRET, la Pie.

Souvent, quand on vous flatte et quand on vous caresse,
C'est un piège adroit qu'on vous tend.
LEBRUN, la Mouche et l'Araignée.

FLATTEUR, FLATTERIE.

Le flatteur suit toujours la fortune et sa roue.
A. RIGAUD, le Courtisan et la Statue.

... Toujours avec prudence
Il faut éloigner les flatteurs,
Car, de nos actions les plus déraisonnables
Perfides imitateurs,
Ils font si bien qu'ils rendent nos malheurs
Et nos fautes irréparables.
STASSART, le Savant et le Singe.

Gardons-nous de la gentillesse,
Mais surtout des propos flatteurs; Le serpent caché sous les fleurs Nous surprend avec plus d'adresse.
HAUMONT, le Papillon et le Mûrier.

... Tout flatteur vit aux dépens de celui qui l'écoute.
LA FONTAINE, le Renard et le Corbeau.

Un langage flatteur n'est souvent qu'une adresse,
Pour nous suborner mieux et nous mieux éblouir.
LEBRUN, le Berger, le Loup et le Renard.

... Un propos séduisant et flatteur
Est le plus sûr chemin du coeur.
HAUMONT, les Yeux, les Lèvres et 1'Amour.

Oh! la dangereuse fumée
Que celle d'un encens flatteur!
Malheur, malheur à ceux dont l'ame est affamée
D'un mets si doux, si séducteur;
Le cerveau le plus fort en devient imbécile,
Il n'en peut soutenir la traîtresse vapeur,
Et l'on ne trouve point de route plus facile
Pour entrer dans un faible coeur.
LENOBLE, le Renard et le Corbeau.

... Le flatteur
C'est un fourbe qui veut surprendre,
Qui nous présente un appât séducteur;
Est bien sot qui s'y laisse prendre.
DU TREMBLAY, le Miroir.

Quand tu vois un flatteur qui dit ce que tu veux,
A ses fourbes discours ne sois point trop crédule.
LENOBLE, le Pitaud et le Bouquin.

... Un grain d'encens suffit pour plaire aux Dieux,
Pour plaire à l'homme en place il faut doubler la dose.
LOMBARD DE LANGRES, L'Oiseau plumé.

Que ne fait-on passer avec un peu d'encens?
FLORIAN, la Coquette et l'Abeille.

Touchons à l'encensoir, mais d'une main prudente,
Et que sa fumée enivrante
S'exhale toujours à propos!
STASSART, Jupiter et les Etourneaux.

Qu'on me cite un pays, dans ce vaste univers,
Où n'ait jamais régné la flatterie;
Partout, hélas! en prose, en vers,
On s'en mêle à tort à travers,
Mais ce n'est qu'à la cour qu'on en a le génie.
A. NAUDET, la Cour du Lion.

Les simples et les ignorans
Peuvent se laisser prendre à de belles paroles;
Celui qui sait percer leurs voiles transparens
Méprise ces phrases frivoles.
F. DE NEUFCHATEAU, la Lupiade, chant II.

FLEUR.

Il est bon de garder sa fleur,
Mais pour l'avoir perdue il ne faut pas se pendre.
LA FONTAINE, la Fiancée du roi de Garbe.

Loin d'épuiser la matière
On n'en doit prendre que la fleur.
LA FONTAINE, Epilogue du livre VI des fables.

De nos guérets la fleur la plus jolie
Pour le berger bientôt perd sa fraîcheur,
S'il n'a l'espoir d'en parer son amie.
LOMBARD DE LANGRES, le Conscrit.

FOLIE, FOU.

La plus courte folie est toujours la meilleure.
LEMONNIER, les Chèvres.

L'égard qu'on a pour la folie
La rend plus folle de moitié.
LAMOTTE, le Chameau.

... Guérir d'une folie
Bien souvent ce n'est qu'en changer.
FLORIAN, Don Quichotte berger.

... L'esprit et le talent
Sont quelquefois voisins de la folie.
Mme JOLIVEAU, le pouvoir de l'Eloquence.

... On a pour les fous
Plus de pitié que de courroux.
LA FONTAINE, les deux Hommes et la Fortune.

Jamais auprès des fous ne te mets à portée.
LA FONTAINE, le Fou qui vend la Sagesse.

Par pitié pour le fou souvent le sage plie,
Pour vrai respect le fou prend sa pitié.
LAMOTTE, le Chameau.

Le fou n'écoute point, le sot ne comprend pas.
Mme JOLIVEAU, 1'Ane, le Singe et l'Ours.

On voit courir après l'ombre
Tant de fous, qu'on n'en sait pas
La plupart du temps le nombre.
LA FONTAINE, le Chien qui lâche sa proie.

Le plus fou se croit 1e plus sage.
LAMOTTE, la Loterie de Jupiter.

... La raison est-elle garant
De ce que fait un fou? Le hasard est la cause
De tout ce qui se passe en son cerveau blessé.
LA FONTAINE, le Fou qui vend la Sagesse.

FOND.

Gens excellens, sous une écorce amère,
Cachent souvent un très-bon fond.
DU TREMBLAY, l'Oranger.

Ce qu'il faut chercher à connaître,
Mon fils, c'est le fond du panier.
DU TREMBLAY, l'Avis de maître Pierre.

FORCE, FORT.

La force à tout jamais finira les querelles.
DE LA BOUTRAYE, le Papillon et les Fourmis.

La force veut soumettre et feint de protéger;
La vertu, la candeur savent persuader.
HAUMONT, les Voyageurs, les Bergers et les Guerriers.

Vous êtes le grand maître en étant le plus fort.
VOLTAIRE, le Lion et le Marseillais.

Le plus fort régnera; c'est la loi de nature.
HAUMONT, l'Aigle et le Ballon.

FORTUNE.

Le bien nous le faisons, le mal c'est la fortune.
LA FONTAINE, Ingratitude envers la Fortune.

Bref la fortune a toujours tort.
LA FONTAINE, la Fortune et le jeune Enfant.

... Heureux qui vit chez soi,
De régler ses désirs faisant tout son emploi;
Il ne sait que par ouï-dire
Ce que c'est que la cour, la mer, et ton empire,
Fortune, qui nous fais passer devant les yeux
Des dignités, des biens, que jusqu'au bout du monde
On suit sans que l'effet aux promesses réponde.
LA FONTAINE, les deux Hommes et la Fortune.

Dame fortune aime souvent à rire,
Et nous jouant un tour de son métier
Au lieu des biens où notre coeur aspire,
D'un quiproquo se plaît à nous payer.
LA FONTAINE, le Quiproquo.

Il ne faut point fatiguer sa fortune.
M. J. CHENIER, le Maître italien.

... La fortune couronne
Celui que nul travail, que nul péril n'étonne.
A. RIGAUD, la Santé.

Plus la fortune rit, et plus on doit trembler;
Elle orne sa victime avant de l'immoler.
F. DE NEUFCHATEAU, l'Homme et l'Ane.

Vous dont les plus beaux jours passés dans les malheurs,
Si la fortune, enfin lasse de ses rigueurs,
Paraît à vos voeux plus propice,
De l'ingrate craignez le funeste caprice.
HAUMONT, le Boeuf sur le retour.

Des biens que la fortune donne
C'est à crédit qu'on est paré;
Elle les retire à son gré.
F. DE NEUFCHATEAU, Epilogue.

Pour la fortune en espérance
On perd souvent une modeste aisance.
COUPÉ DE ST.-DONAT, l'Occasion.

Entre tous les mortels, par une erreur commune,
Ce Dieu par qui l'on est dans tous ses pas guidé,
C'est ce que très-souvent on appelle fortune.
LENOBLE, la Nourrice, le Loup et l'Enfant.

... Il arrive
Qu'un bel esprit souvent
Trouve la fortune rétive,
Tandis qu'un sot a le bon vent.
LENOBLE, le Rossignol et le Coucou.

... La fortune et l'amour n'ont qu'un temps,
A des retours fâcheux leurs faveurs sont sujettes.
LEBRUN, l'Aigle.

... Fortune, en tout négoce,
Mêle le bien avec le mal.
LENOBLE, le Pêcheur, et le petit Poisson.

Une haute fortune est toujours dangereuse.
LENOBLE, le Myrte devenu Sapin.

De l'orgueil d'un mortel la fortune se joue.
LENOBLE, le Cheval et l'Ane.

... C'est à l'instant même où l'on croit la saisir,
Que la Fortune nous échappe.
AGNIEL, l'Enfant et le petit Poisson.

Nous accusons toujours de notre propre tort
La Fortune ou la Providence.
F. DE NEUFCHATEAU, les trois Maximes.

La Fortune est capricieuse,
Qui veut la suivre affronte une mer orageuse;
Il ne faut point sur elle établir son bonheur.
STASSART, le vieux Courtisan et son Fils.

Le malheureux accuse, invoque la Fortune;
L'heureux n'en reconnaît aucune,
Et ne veut rien devoir qu'à ses propres talens.
NIVERNAIS, les deux Joueurs.

... Qu'il faut peu compter sur la Fortune!
Qu'un présent de sa main est un don passager!
Que sa perfidie est commune!
Que son sourire est mensonger!
DU HOULLAY, le jeune Rat et le vieux Rat.

Quelquefois la fortune est un mauvais présent.
HAUMONT, le Cavalier et le Fantassin.

Le sage doit sans balancer
Accepter les faveurs que donne la fortune.
Sa visite n'est pas commune;
Et qui veut trop avoir laisse tout échapper.
HAUMONT, le Corbeau sur l'aire.

La Fortune est aveugle, et souvent récompense
Une méchante action.
HAUMONT, le Chardon.

... L'aspect de la fortune
Tient l'oeil ouvert mieux que le clair de lune.
NIVERNAIS, le Chat qui veut faire fortune.

Fortune, aux malheureux tes subites faveurs
Cachent quelquefois un abîme;
Souvent, pour l'immoler, tu pares la victime;
Et je crains tes bienfaits autant que tes rigueurs.
JAUFFRET, le Boeuf devenu vieux.

La fortune est comme les belles:
Acceptons ses faveurs, tant légères soient-elles:
Qui veut attendre mieux, et montre du dégoût,
Le plus souvent n'a rien du tout.
JAUFFRET, la Corneille.

FOURBE.

Des malheurs qui sont sortis
De la boîte de Pandore,
Celui qu'à meilleur droit tout 1'univers abhorre
C'est la fourbe, à mon avis.
LA FONTAINE, l'Aigle, la Laie et la Chatte.

Toujours par quelque endroit fourbes se laissent prendre.
LA FONTAINE, le Loup devenu Berger.

Le fourbe en vain se ravale et s'intrigue
Et crie alternativement:
Vive le roi! vive la ligue!
Il reçoit tôt ou tard son juste châtiment.
A. RIGAUD, la Chauve-Souris.

Un fourbe souvent trouve un fourbe plus insigne,
Et d'aussi fins que lui tous les jours y sont pris.
F. DE NEUFCHATEAU, la Vulpeïde, chant I.

Un fourbe, quand moins il y pense,
Doit périr même par son art.
F. DE NEUFCHATEAU, l'Ane, le Renard et le Lion.

Du fourbe qui vous hait redoutez l'artifice;
Son visage souvent n'est qu'un masque trompeur;
Il court vous offrir son service,
Et voudrait vous manger le coeur.
LENOBLE, la Truie en travail et la Louve.

... Un fourbe rusé
Prend cent masques trompeurs pour tâcher de nous plaire;
On peut nous pardonner tant qu'il est déguisé;
Mais, voit-on qu'on s'est abusé,
Vite, vite, il faut s'en défaire.
LENOBLE, le Paon et l'Ibis.

L'homme est fourbe, il masque son être.
DU TREMBLAY, le Philosophe et le Berger.

Quand celui que l'on veut surprendre
Est à fourbe fourbe et demi, Contre qui se défie en vain l'on cherche à prendre
Le visage d'un faux ami,
Le sage d'un coup-d'oeil en perce l'artifice,
Avec prudence il s'en défend,
Et sait prendre le temps propice
Pour se débarrasser du piège qu'on lui tend.
LENOBLE, le Cheval et le Loup..

FRACAS.

Le fracas ne convient qu'à gens de haut parage.
DE LA BOUTRAYE, le Voiturin et le Passant.

FRANCHISE.

Qu'on calomnie ou qu'on médise,
On est profondément
Méchant;
Mais qu'on soit tigre au moins, et qu'on ait la franchise
De déchirer ouvertement.
DU TREMBLAY, le Tigre et le Serpent.

FRAPPER.

Il faut, même en frappant, du bon sens et de l'art.
GOSSE, l'Enfant qui joue au sabot.

FRAUDE.

... La fraude n'est pas sûre!
Quelquefois ses traits rebroussés
Viennent, plus justement, reporter leurs blessures
A la main qui les a lancés.
F. DE NEUFCHATEAU, le Songeur.

FREIN.

Pour se sauver l'homme a le frein des lois;
Mais il ignore, aveugle et téméraire,
Qu'à son bonheur toujours ce frein est nécessaire.
STASSART, l'Ane et son Maître..

Sans règle et sans frein tôt ou tard on succombe.
FLORIAN, le Danseur de corde.

Qu'un frein soit de fer ou d'or,
Qui l'accepte est un esclave.
ARNAULT, le Cheval et le Maquignon..

Tout frein est un frein, fût-il d'or.
LENOBLE, l'Écuyer et le Cheval.

FRIPON.

D'un masque séduisant les fripons ont l'usage.
F. DE NEUFCHATEAU, la Tête de Singe.

Combien de fripons vont prêchant
La morale la plus austère,
Et s'abstiennent pieusement
De tout mal qu'ils ne peuvent faire.
A. RIGAUD, le serpent Boa.

Toujours sur le qui-vive, et rêvant le supplice,
Les fripons nuit et jour redoutent la justice.
AGNIEL, le Renard mourant..

En parlant d'honneur les fripons
Veulent écarter les soupçons.
COUPÉ DE ST.-DONAT, le Chat et la Pie.

Toujours, par quelque négligence
Fripon se perd sans qu'il y pense.
STASSART, la Taupe et le Jardinier.

Graces à Dieu, le fripon le plus fin
Ne songe pas à tout ... ...
NIVERNAIS, la Taupe.

Tout le temps qu'un fripon prospère,
On peut être tenté d'imiter ses méfaits:
Mais un oeil vigilant le suit dans le mystère,
Et découvre la vérité.
DE LA BOUTRAYE, le Chien et le Chat.

Fripon est dépouillé par un plus grand fripon.
Mme JOLIVEAU, le Monde comme il va.

FRUIT.

En sa saison tout fruit doit se cueillir.
FORMAGE, l'Amandier et le Poirier.

FUREUR.

Trop souvent la fureur nous fait perdre l'esprit.
STASSART, le Savant et le Singe.

--- G ---

GAGNER.

On hasarde de perdre en voulant trop gagner.
LA FONTAINE, le Héron.

Le hasard gagne des batailles;
Mais il faut des vertus pour gagner notre coeur.
FLORIAN, le Laboureur de Castille.

GAIETE.

Riez, chantez; toujours la bonne conscience
Est compagne de la gaieté.
LOMBARD DE LANGRES, le Maltôtier..

Lorsque notre bonheur vient de notre vertu,
La gaieté vient bientôt de notre caractère.
FLORIAN, le Léopard et l'Ecureuil.

Qui voudrait de la royauté,
Si de la cour l'étiquette sévère
N'y laissait quelquefois paraître la gaieté.
STASSART, l'Aigle et le Papillon..

GALANT.

Quand les galans sont défendus
C'est alors que l'on les souhaite.
LA FONTAINE, la Coupe enchantée.

GATER.

Ne faut qu'une brebis pour gâter un troupeau.
LOMBARD DE LANGRES, le Maltôtier..

Un auteur gâte tout quand il veut trop bien faire.
LA FONTAINE, Mercure et le Bûcheron.

GENDRE.

Rien ne se montre plus soumis
Qu'un aspirant au nom de gendre;
Mais dans votre maison s'est-il une fois mis,
Quelque soin que vous puissiez prendre,
C'est souvent le plus grand de tous vos ennemis.
LENOBLE, le Serpent et le Hérisson.

GENEALOGIE.

Honneur aux rejetons d'une famille antique,
Lorsqu'en gloire, en vertus, ils savent l'égaler!
Mais, sans ce double titre, à quoi sert d'étaler
Un arbre généalogique?
LE BAILLY, le Gland et le Champignon..

GENEREUX.

... Sensible aux services reçus
Un esprit généreux les paie avec usure.
LENOBLE, la Fourmi et le Ramier..

Il est bien rare de trouver une ame généreuse et désintéressée.
LEBRUN, la Perdrix et le Chasseur..

... Les cieux
Secondent les efforts de l'être généreux
Qui pour le bien de tous sait exposer sa vie.
A. RIGAUD, les Fourmis.

GENIE.

Tôt ou lard le génie
Perce par son éclat les nuages obscurs
Élevés contre lui par la main de l'Envie,
Et foule aux pieds le monstre et ses serpens impurs.
DU HOULLAY, le Rossignol et les Oiseaux jaloux.

Parmi nous le génie est en butte aux dédains
D'une fourbe active ct nombreuse,
Je veux dire des sots. Leur rage industrieuse
Le poursuit en tous lieux; mais leurs coups incertains
Ne portent point atteinte à ses brillans destins.
STASSART, la Chouette et le Soleil.

Le bel-esprit s'éclipse à côté du génie.
ARNAULT, le Soleil et la Chandelle.

GLANER.

Ce sont des brins, et non des gerbes,
Qu'on trouve après les moissonneurs.
ARNAULT, Prologue des Fables.

GLOIRE.

Aucun chemin de fleurs ne conduit à la gloire.
LA FONTAINE, les deux Aventuriers.

Au séjour de la gloire un coeur noble s'élance.
A. RIGAUD, le Bloc de marbre.

... Le désir de la gloire
Aveugle tout le monde et cache le danger.
F. DE NEUFCHATEAU, la Vulpeïde, chant I.

C'est la gloire, dit-on, la gloire qu'il faut suivre.
COUPE DE ST.-DONAT, Épilogue.

Pour consacrer notre mémoire,
Malgré nos rivaux jaloux,
Tâchons d'acquérir une gloire
Que nous ne devions qu'à nous.
LEBRUN, la Plume et le Burin.

De ce qui n'est pas profitable
La gloire n'est pas véritable.
PERRAULT, Jupiter et Minerve.

De honte la gloire est voisine.
PIRON, Rosine.

Il est souvent telle victoire
Qui, loin de l'augmenter, affaiblit notre gloire.
PERRAULT, le Sanglier et l'Ane.

Gloire et périls sont le bonheur suprême.
FLORIAN, le Cheval d'Espagne.

... Dans le métier de la gloire,
Métier noble, dit-on, mais toujours rigoureux,
Il faut mourir sur un champ de victoire,
Ou bien se résigner à vivre malheureux.
A. NAUDET, le Cheval de bataille.

... Jamais rien n'arrête
Lorsque la gloire est au bout du chemin.
FLORIAN, le Cheval d'Espagne.

Qui n'est pas sensible à la gloire?
Mme JOLIVEAU, le Jardin artificiel et le Jardin naturel.

GLORIEUX.

Tout homme est glorieux; c'est la commune loi:
Tout homme met autrui fort au-dessous de soi.
AUBERT, le Bouc, l'Ane, le Renard et le Taureau.

Il fait bon battre un glorieux!
NIVERNAIS, le Coq déplumé.

Il fait bon battre un glorieux:
Des revers qu'il éprouve il est toujours joyeux;
Toujours sa vanité trouve dans sa défaite
Un moyen d'être satisfaite.
FLORIAN, le Coq fanfaron.

Un glorieux connaît-il l'amitié?
AGNIEL, le Laurier et la Rose.

Il est partout des glorieux.
AGNIEL, l'Ane fanfaron.

GLOSER.

Il n'est point de si belle chose
Qu'aisément dessus on ne glose.
PERRAULT, Momus.

GOUT.

Ne disputons jamais des goûts.
NIVERNAIS, le Roi de Java et l'Eléphant blanc.

Il ne faut discuter des goûts ni des usages.
F. DE NEUFCHATEAU, le Pauvre d'Alger.

Le ciel a varié nos goûts
Pour qu'ils réglassent la conduite
Qui convient à chacun de nous,
NIVERNAIS, l'Emérillon et l'Araignée.

Les goûts sont différens, souvent même opposés.
F. DE NEUFCHATEAU, Prologue du livre VII.

Chacun son goût, son savoir-faire.
DU TREMBLAY, la Corneille et la Perdrix.

Peut-on avoir le goût bien délicat, bien pur,
Quand le travail absorbe le génie?
Mme JOLIVEAU, le Grillon et le Rossignol.

Le goût n'est pas sans indulgence;
Il ne blâme point au hasard;
Il pardonne une négligence,
Et des difficultés de l'art
Il a surtout l'intelligence.
F. DE NEUFCHATEAU, le Livre et la Presse.

GOUT (BON).

Le bon goût n'admet rien que le bon sens n'avoue.
F. DE NEUFCHATEAU, la Vulpeïde, prologue.

GOUTTE.

... Goutte bien tracassée
Est, dit-on, à demi pensée.
LA FONTAINE, la Goutte et l'Araignée.

GOUVERNEMENT, GOUVERNEUR.

... Les moeurs des gouvernans,
Leurs vertus et leur caractère,
Pour le bonheur public sont de plus sûrs garans
Qu'un contrat, souvent éphémère.
STASSART, le Léopard et l'Éléphant.

Sans doute il est fort bien qu'un gouverneur soit bon
Mais il est bon surtout qu'il ne soit pas trop bête.
A. RIGAUD, l'Eléphant gouverneur.

Quand les ressorts d'un bon gouvernement
Se détraquent dans un empire,
On peut annoncer sûrement
Qu'il n'est pas loin de se détruire.
NIVERNAIS, la vieille Tour.

GRACE.

Qui pense finement et s'exprime avec grace
Fait tout passer, car tout passe.
LA FONTAINE, le Tableau.

... L'Amour n'est rien sans les Graces
A. RIGAUD, les Graces.

La grace en s'exprimant vaut mieux que ce qu'on dit.
VOLTAIRE, les trois Manières.

Avec de la grace on a tout:
Et sous un si beau jour l'amour nous fait paraître!
DU TREMBLAY, la Poulette.

GRAINE.

Mauvaise graine est tôt venue
LA FONTAINE, l'Hirondelle et les petits Oiseaux.

GRAND.

Les grands, pour la plupart, sont masques de théâtre;
Leur apparence impose au vulgaire idolâtre.
LA FONTAINE, le Renard et le Buste.

Ne jouons pas avec les grands;
Le plus doux a toujours des griffes à sa patte.
FLORIAN, les Singes et le Léopard.

Pour bien juger des grands il faut les approcher.
AUBERT, le Chat et le Coq d'un clocher.

Les grands ne sont pas les heureux.
F. DE NEUFCHATEAU, Epilogue.

Plus d'une fois, par leur orgueil punis,
En bravant les petits les grands ont fait naufrage.
GOSSE, les Cyprès et les Myrtes.

Un grand fait-il une équipée,
Ecoutez-le, ce n'est pas lui;
Il en jette toujours la faute sur autrui.
VILLIERS, l'Arpenteur et la Toise.

Le vent passe léger sur le roseau qui plie,
Et renverse le pin qui veut lui résister.
LENOBLE, le Pot de fer et le Pot de terre.

Les gros dévorent les petits.
GOSSE, la Campagne et la Ville.

Presque toujours parmi les hommes
Les grands ne sont pas les meilleurs.
GOSSE, la Campagne et la Ville.

Contre les bornes de la vie
Qu'un grand se brise avec fracas,
Je ne lui porte point envie.
En est-il moins que moi victime du trépas?
AUBERT, le Jeu d'échecs.

N'oublions pas, dans la prospérité,
Que d'être grands seigneurs quelquefois il en coûte.
A. NAUDET, l'Eléphant et l'Ecureuil..

C'est descendre de sa grandeur,
Quand à de plus petits un plus grand se mesure.
LENOBLE, le Lion et la Grenouille.

Le crime qu'aux petits on ne pardonne pas,
A peine chez les grands est une peccadille.
A. NAUDET, le Chasseur et le Chat.

Ne point s'apprivoiser avec gens trop puissans,
N'est grossièreté: c'est bon sens.
LAMOTTE, le Castor et le Boeuf.

Les désirs, les troubles, les craintes,
Et mille soucis dévorans
Sans cesse au faux bonheur des grands
Donnent de mortelles atteintes;
D'aucun plaisir ils ne peuvent jouir;
La mer au plus grand calme est pour eux orageuse,
Et leur félicité, n'est qu'une ombre trompeuse
Qu'on voit soudain s'évanouir.
LENOBLE, le Rat de ville et le Rat de village..

... Quand tu choques les grands,
Tu vois sur ta propre personne Retomber tes traits impuissans.
LENOBLE, Le Serrurier et la Couleuvre.

... Les grands sont toujours des voisins dangereux.
AGNIEL, la Tour et la Citerne._

Des grands seigneurs le voisinage
N'apporte aux petits que dommage.
PERRAULT, la Marmite d'Argile et celle d'Airain.

Les grands de leur pouvoir doivent tout présumer,
Plus jaloux de se faire craindre
Que contens de se faire aimer.
LENOBLE, le Lion, le Renard et le Boeuf.

... Pour sortir d'un mauvais pas,
Sur l'amitié des grands est bien fou qui se fie.
A. NAUDET, le Cerf aux abois.

Dans la prospérité les grands sont fastueux.
AGNIEL, la Tour et la Citerne.

... Les grands sont insatiables.
A. RIGAUD, Mercure et les Animaux.

Des grands le faible a tout à craindre;
Il en est opprimé, c'est la règle ici-bas.
Un grand n'est-il que juste? Ah! loin de nous en plaindre,
On doit lui savoir gré du mal qu'il ne fait pas.
AGNIEL., la Brebis et ses Agneaux..

Un grand malaisément surnage
Où les petits long-temps peuvent se soutenir.
GUTTINGUER, l'Enfant et les Cailloux.

Du poids de la reconnaissance
Il est rare qu'un grand ne cherche à s'affranchir;
Souvent l'obliger trop, ou trop bien le servir,
Est plus dangereux qu'on ne pense:
Des bienfaits d'un petit vous le voyez rougir,
La haine en est la récompense.
AGNIEL, l'Aigle et le Rat.

Nous n'envions les grands que faute de savoir
Ce qui leur passe par la tête.
LAMOTTE, les deux Songes.

Gonflés d'orgueil, combien de grands
N'ont de valeur que par leur entourage.
STASSART, le Financier, l'Alphabet et le Sansonnet.

GRAND HOMME.

Le vrai grand homme est souvent au bas rang;
Et tel autre ne parait grand
Que par la place qu'il occupe.
NIVERNAIS, les deux Grands.

GRANDEUR.

Il est bien loin de nous ce temps où la grandeur
Tenait à l'homme seul et non à l'entourage.
STASSART, le Coq plumé.

Il faut, dans la grandeur, une ame peu commune
Pour avouer l'ami qu'on eut dans l'infortune.
Mme JOLIVEAU, le Singe et le Renard.

Les biens, les grandeurs d'ici-bas
S'évanouissent comme un songe.
LEBRUN, les Songes.

Grandeur n'est pas toujours exempte de disgrace.
LENOBLE, le Lion et le Rat.

Des grandeurs et des biens ne soyons point avides.
LEBRUN, le Ruisseau.

... La grandeur
Quand on la prône trop est toujours fort suspecte.
LENOBLE, la Mouche et les Fourmis.

Au faîte des grandeurs monté,
Plus d'un mortel gémit dans le silence,
Et bien souvent a regretté
Sa première indigence
Et son ancienne obscurité.
GOSSE, les Carpes.

... Sans sujets la grandeur est du vent.
VOLTAIRE, la Bégueule.

Dans la région des grandeurs
Quiconque veut monter au repentir s'expose;
Il y souffle en tout temps, comme sur les hauteurs,
Un certain vent glacé qui refroidit les coeurs.
JAUFFRET, l'Ecureuil de Barbarie.

Les biens et les grandeurs font naître le souci.
HAUMONT, le Riche malade et le Pauvre en santé.

GRAVER.

Ce qu'un autre nous dit se grave sur le sable,
Ce que nous nous disons se grave sur l'airain.
LAMOTTE, le Tyran devenu bon.

GRISETTE.

Sous les cotillons des grisettes peut loger autant de beauté
Que sous les jupes des coquettes.
LA FONTAINE, Joconde.

GUERIR.

Pour guérir une plaie il faut aller au fond
Le plus cruel alors est le plus charitable.
DUCERCEAU, le Chirurgien.

... L'art de guérir les gens
Ne fut jamais un art problématique.
FORMAGE, le Blessé.

GUERRE.

La ruine des deux partis
Est souvent le fruit de la guerre.
LEBRUN, le Combat de Coqs.

Le fléau de la guerre est un fléau terrible;
Pour une mère il est horrible.
A. RIGAUD, la Jument et la Mule.

... Les rois
N'ont de grandeur que par la guerre.
FLORIAN, l'Education du Lion.

Le plus grand fléau de la terre
C'est la guerre.
LE BAILLY, le Conseil du Lion.

Qui n'est pas bien armé une fait pas bien la guerre.

F. DE NEUFCHATEAU, le Fermier et son Fils.

Pour piller ses voisins on prouve qu'ils ont tort;
On commence la guerre avec un manifeste:
Réfutez-le, on s'en moque; et le droit du plus fort
Est enfin le seul qu'on atteste.
F. DE NEUFCHATEAU, le Coq et le Chat.

GUERRIER.

Les guerriers les plus fiers posent parfois les armes.
F. DE NEUFCHATEAU, le Loup et le Porc-épic..

Si le laurier, gage de sa valeur,
Ne peut briller aux yeux de sa maîtresse,
S'il a perdu l'objet de sa tendresse,
Pour le guerrier il n'est plus de bonheur.
LOMBARD DE LANGRES, le Conscrit.

Où trouver le guerrier noblement populaire,
A l'égal de son roi chérissant son pays,
Qui, forcé de faire la guerre,
Du peuple est adoré, chéri des ennemis?
LOMBARD DE LANGRES, le Phénix.

--- H ---

HABILE.

Les plus accommodans ce sont les plus habiles.
LA FONTAINE, le Héron.

Avec le temps chacun devient habile.
PERRAULT, le Lion et le Renard.

Sans concurrens il est facile
De passer pour le plus habile.
A. NAUDET, le Rossignol et le Serin.

HABIT.

Oh! que de grands seigneurs, au léopard semblables,
N'ont que l'habit pour tout talent.
LA FONTAINE, le Singe et le Léopard.

D'un magistrat ignorant
C'est la robe qu'on salue.
LA FONTAINE, l'Ane transportant des Reliques.

L'habit est chez les uns un signal de talent,
Chez les autres ce n'est qu'orgueil et faux brillant.
DE LA BOUTRAYE, le Bouc et la Chèvre.

Du sage mal vêtu le grand seigneur rougit;
Et cependant l'un est un homme,
L'autre n'est souvent qu'un habit.
LAMOTTE, les deux Livres.

L'habit change les moeurs ainsi que la figure.
VOLTAIRE, l'Education d'un Prince.

Ne jugeons pas sur l'apparence;
Les beaux habits ne prouvent rien.
GOSSE, le Chat et le Poisson doré.

Parfois un habit magnifique ne couvre qu'un homme indigent,
Tandis que sous l'habit rustique
Un autre aura beaucoup d'argent.
GOSSE, la Campagne et la Ville.

Un bel habit souvent cache bien des misères.
DE LA BOUTRAYE, les deux Pauvres.

Les tailleurs ont toujours déguisé la nature.
VOLTAIRE, l'Éducation d'un Prince.

Un habit doctoral est un masque trompeur
Qui ne cache souvent qu'un docteur en peinture.
LENOBLE, l'Ane et la peau du Lion.

Nous jugeons sur l'habit, l'état et la figure
Qu'un tel a de l'esprit, qu'il est homme de bien,
Quand fort souvent il n'en est rien.
Mme JOLIVEAU, le Rossignol et le Pivert.

Chacun tâche à se déguiser
Et d'un habit trompeur se veut faire un mérite.
LENOBLE, le Singe habillé.

Un magot habillé n'est jamais qu'un magot.
LENOBLE, le Singe habillé.

HABITUDE.

Nul ne peut ici-bas trahir son habitude.
GOSSE, le Procès d'Esope.

L'accoutumance aussi nous rend tout familier;
Ce qui nous paraissait terrible et singulier
S'apprivoise avec notre vue
Quand ce vient à la continue.
LA FONTAINE, le Chameau et les Bâtons flottans.

Quoique sur soi l'on veille avec beaucoup d'étude,
On se corrige peu d'une vieille habitude.
PERRAULT, le Plongeon, le Buisson et la Chauve-Souris.

On s'accoutume à tout, et bientôt l'habitude
Nous fait voir sans inquiétude
Ce qui causait en nous d'abord étonnement.
FORMAGE, les Oiseaux et l'Epouvantail..

De ses habitudes premières
On se défait malaisément.
LEBRUN, le Valet devenu Maître.

L'habitude reforme tout.
NIVERNAIS, le Pouvoir et les bornes de l'Education.

S'accommoder à tout est chose nécessaire.
LA FONTAINE, la Fiancée du roi de Garbe..

Il faut juger sur l'habitude.
ARNAULT, l'Enfant et les deux Chiens.

HAINE.

La haine veille et l'amitié s'endort.
LAMOTTE, le Chien et le Chat.

Tandis que l'amitié s'apprête à nous défendre,
Pour nous nuire, à la haine il ne faut qu'un moment.
A. NAUDET, le Loup, l'Ane et le Chien.

Si puissant que l'on soit, il est de la prudence
De ne pas s'attirer la haine des petits;
On a toujours, sans qu'on y pense,
Un trop grand nombre d'ennemis.
DE LA BOUTRAYE, le Renard et l'Aigle.

HANTER.

... Il faut, dit-on, juger
Chacun de nous par ceux qu'il hante.
GUINGUENE, l'Ours et les quatre Animaux.

HARDIESSE.

Fortune aveugle suit aveugle hardiesse.
LA FONTAINE, les deux Aventuriers.

HASARD.

... Des biens que le hasard nous donne
Fort souvent l'on se fait honneur.
STASSART, le Pêcheur et le Thon.

Que de gens ici-bas semblent vivre au hasard!
Nul soin de l'avenir, jamais de prévoyance,
Ils se raillent de la prudence;
Ils la regretteront trop tard.
STASSART, la Tortue et le Papillon.

Le hasard quelquefois aussi sert à corriger la jeunesse.
NIVERNAIS, la Fille orgueilleuse.

HATE.

De ce qu'on fait en hâte on se repent après.
F. DE NEUFCHATEAU, le Chien et le Limaçon.

... En voulant se hâter de jouir
On perd souvent un bien que l'on allait cueillir.
AUBERT, l'Enfant et le Ver-à-soie.

A grands coups d'éperons courrier qui trop se hâte
Au lieu d'avancer fait le saut.
LENOBLE, l'Oie qui pond un Oeuf d'or.

HERBE.

Toujours, dit-on, croît mauvaise herbe.
PIRON, le Miroir de la Vérité.

HERITIER.

D'une trompeuse voix un héritier sait feindre
Mille soins obligeans pour nous faire plaisir;
Mais plus nos biens sont grands et plus nous devons craindre
D'impatienter son désir.
LENOBLE, la Pie héritière du Ramier.

C'est vouloir mourir que de faire
Son héritier son médecin.
LENOBLE, la Pie héritière du Ramier.

HEROS.

Un vrai héros loge en son coeur
Et la prudence et la valeur.
A. RIGAUD, le Chien et le Renard.

... Un héros doit dompter sa colère.
VOLTAIRE, le Lion et le Marseillais.

Héros qui consacrez vos talens, votre vie
Au service de la patrie,
On applaudit beaucoup à vos soins généreux;
Vous ferez bien pourtant d'être toujours heureux,
Car au moindre revers chacun vous humilie.
STASSART, l'Ane assommé par son Maître.

Quand un héros le guide au sentier de la honneur,
L'homme le plus obscur s'élance de sa sphère.
LOMBARD DE LANGRES, la Campagne de Russie.

... Tout fait nombre et tout sert aux héros.
NIVERNAIS, les Oiseaux, les Quadrupèdes, etc.

HEUREUX.

Ni l'or ni la grandeur ne nous rendent heureux.
LA FONTAINE, Philémon et Baucis.

Gens trop heureux font toujours quelque faute.
LA FONTAINE, le Berceau.

... Il nous est nécessaire,
Pour être heureux, et d'aimer et de plaire.
FLORIAN, le Tourtereau.

Il faut, pour être heureux, ne faire aucun projet.
COUPE DE ST.-DONAT, le Pot et les Charbons.

... Faites des heureux, c'est le moyen de l'être.
AGNIEL, le Seigneur et son Fermier.

Il faut, pour être heureux, des goûts purs, innocens.
STASSART, le Léopard, l'Ours et le Rossignol.

Le grand secret pour être heureux
C'est de vivre dans l'innocence.
FLORIAN, le Léopard et l'Ecureuil.

Pour être heureux, mon cher enfant,
Il ne faut que deux points, la paix avec soi-même,
Puis quelques bons amis dignes de nous chérir.
FLORIAN, la Colombe et son Nourisson.

... Pour être heureux il faut le mériter.
DU HOULLAY, le Boeuf et la Génisse.

HISTOIRE.

L'histoire est un bon livre; il guide sans rudesse,
Il montre après le crime un résultat moral,
Et nous prescrit le bien par les dangers du mal.
A. DE MONTESQUIOU, le jeune Lièvre et sa Mère.

HOMME.

Au plus haut des degrés des êtres inégaux,
L'homme est né pour régner sur tous les animaux.
VOLTAIRE, le Lion et le Marseillais.

Comme les Dieux l'homme est facile,
On l'adoucit par des présens.
ARNAULT, l'Insecte utile et l'Insecte nuisible.

Oh! combien l'homme est inconstant, divers,
Faible, léger, tenant mal sa parole!
LA FONTAINE, la Clochette.

L'homme devant Dieu seul doit fléchir les genoux.
A. RIGAUD, la Leçon.

La moitié des humains croit valoir mieux que l'autre.
AUBERT, le Chien et la Chatte.

Les hommes sont encore enfans à soixante ans.
AUBERT, la Pluie et le Beau temps.

Petits ou grands, fermiers ou potentats,
Convenons-en, de la nature
L'homme est le pire des ingrats.
A. NAUDET, le Boeuf et la Vache.

Les hommes sont de fer, notre siècle d'airain.
AGNIEL, Prologue.

... L'homme simple est content.
JAUFFRET, le Hibou, le Linot et le Pinson.

L'homme est méchant, redoutez ses bienfaits.
GUTTINGUER, le Boeuf.

... Les hommes sont ce qu'on les fait valoir.
GUTTINGUER, Polichinelle et les Enfans..

L'homme est ingrat, il file doux
Devant qui lui montre les cornes.
GUINGUENE, le Cheval et le Boeuf.

Dans le commerce des hommes on retire ce qu'on a mis.
NIVERNAIS, l'Echo.

Pour être homme il faut plus que de savoir parler,
Et ce n'est point assez que de gesticuler.
DU HOULLAY, le Singe et le Perroquet.

L'homme toujours parle d'humanité,
Ses actions souvent prouvent sa cruauté.
HAUMONT, le Daguet et les deux Bergères.

L'homme avec la raison s'égare
Plus qu'avec son instinct le plus lourd animal,
Et dans son jugement bizarre,
Le remède parfois est pire que le mal.
LENOBLE, le Paysan et son Cochon.

L'homme seul, en tous lieux contre l'homme embusqué,
Marche le visage masqué,
L'habit ne le fait pas connaître.
LENOBLE, le Singe habillé.

HONNEUR.

L'honneur soutient la bravoure craintive.
HAUMONT, le Coq et le Renard.

On fait toujours si bien son compte,
Qu'on tire de l'honneur de tout ce qu'on raconte.
LA FONTAINE, le Gascon.

Ce n'est pas ce qu'on croit que d'entrer chez les dieux;
Cet honneur a souvent de mortelles angoisses.
LA FONTAINE, l'Aigle et la Pie.

Lorsque l'on suit le sentier de l'honneur
L'on n'a point de rêves pénibles,
Rien ne trouble la paix du coeur.
GRENUS, le Chat corrigé.

De tous les vains honneurs l'éclat peut disparaître.
F. DE NEUFCHATEAU, les deux Frères.

J'aime mieux maigrir dans 1'honneur,
Que d'engraisser dans l'infamie.
ARNAULT, le Cheval et le Pourceau.

... En ce monde,
Si l'on acquiert quelque degré d'honneur,
C'est tout autant de pris sur le bonheur.
NIVERNAIS, la Génisse sacrifiée.

... Ce n'est qu'en Dieu seul qu'est l'honneur véritable.
BOILEAU, le vrai et le faux Honneur. (Satire II)

... Dans le désir d'une fortune heureuse,
Du chemin de l'honneur ne t'écarte jamais.
LENOBLE,, le Bûcheron et Mercure.

... Les insensés s'applaudissent d'honneurs.
Qui les mènent droit à leur perte.
LAMOTTE, la Victime..

HUMANITE.

Il faut, par quelque endroit, sentir l'humanité.
HAUMONT, le Chien trop regretté.

HUMEUR.

Quand l'humeur d'autrui nous tourmente
Supportons-la sans nous fâcher.
F. DE NEUFCHATEAU, le Fou et 1'Ecume de la mer..

HYMEN,

... L'hymen n'est pas un jeu;
Se lier pour toujours est une grande affaire;
Il faut y réfléchir un peu.
TREMBLAY, l'Embarras du choix.

Réfléchissez long-temps, téméraires humains,
Avant que l'hymen vous engage;
Faites un choix louable et sage:
Époux mal assortis, hélas! que je vous plains.
LEBRUN, la Linotte et le Moineau.

HYPOCRISIE.

La pire espère des méchans
C'est celle des vieux hypocrites.
FLORIAN, la jeune Poule et le vieux Renard.

L'hypocrite, écoutant une horrible prudence,
Recèle au fond du coeur son venin odieux
Et n'ose mettre en évidence
Les prières qu'il fait aux Dieux.
A. RIGAUD, les Voeux.

Toujours l'hypocrisie eut des suppôts nombreux.
STASSART, la Bienfaisance du Milan.

Deux soeurs, l'hypocrisie et la méchanceté
Se trouvent en tous lieux ...
STASSART, le Brochet et les Poissons.

L'hypocrisie est un hommage
Que rend le vice à la vertu.
AUBERT, le Chat.

Ne croyez pas, même à demi,
Aux discours séducteurs d'un perfide hypocrite;
Et tâchez, par vos soins ou par votre mérite,
D'acquérir un puissant ami.
F. DE NEUFCHATEAU, le Chien, le Coq et le Renard.

Fuis surtout l'hypocrite avec sa langue double:
Devant toi fume son encens;
As-tu le dos tourné? Ses lardons médisans
Ne cherchent en tout lieu qu'à te causer du trouble.
Tout ce qu'il dit est compliment
Que son coeur en secret dément,
Et, dans le moment qu'il te flatte,
Il te frappe en secret d'un poignard assassin.
LENOBLE, le Pitaud et le Bouquin.

--- I ---

IDOLE.

Tout homme a son idole; en secret il s'enflamme
Pour l'orgueil, pour l'argent, surtout pour le plaisir.
F. DE NEUFCHATEAU, la Ville aux cent Portes.

IGNORANCE.

... L'ignorance
Hait et méprise la science, L'esprit, les arts et les talens.
HAUMONT, le Perroquet de retour au Brésil.

Que de maux peut d'un seul produire l'ignorance,
Quand il a le pouvoir en main!
AUBERT, l'Ane ministre.

Maint ignorant se croit un merveilleux génie.
AUBERT, le Hibou et le Rossignol.

Un ignorant peut trouver impossible
Tout ce que 1'homme instruit a jugé très-sensible.
HAUMONT, les deux Voyageurs et le Ballon.

Souvent une bonne action,
Une sage précaution,
Passe pour crime aux yeux de l'ignorance.
HAUMONT, la Jument et son Poulain.

L'ignorance au plaisir apporte un grand obstacle.
F. DE NEUFCHATEAU, l'Athénien et son Fils.

S'avouer ignorant, selon moi, c'est science.
Mme JOLIVEAU, les deux Corbeaux et la Corneille.

Du superbe ignorant, dès qu'il rompt le silence,
On voit l'orgueil et l'ignorance.
PERRAULT, l'Ane et le Renard.

Abuser l'ignorance est chose fort aisée.
LAMOTTE, l'Opinion.

Du comble des honneurs un stupide ignorant
Fait une chute malheureuse.
LENOBLE, les Rats.

Un ignorant lui-même à quelque découverte
Par l'instinct peut être conduit.
ARNAULT, les Cochons et les Truffes.

... La méchanceté
Nuit moins à la société
Que la bêtise et l'ignorance.
A. RIGAUD, le Chat et le Chien.

ILLUSION.

Rêves de gloire, ambition,
Bonheur, tout n'est qu'illusion.
A. NAUDET, l'Enfant et les bulles de savon.

IMAGINATION.

A tourmenter les crédules humains
L'imagination est fort ingénieuse.
FORMAGE, le Revenant.

IMITER.

Imiter est dans la nature; Parfois en imitant l'ouvrage est embelli.
A. RIGAUD, les Singes.

IMMORTALITE.

Pour mériter 1'honneur d'une palme immortelle,
Le talent n'est jamais remplacé par le zèle.
A. DE MONTESQUIOU, l'Acheteur.

IMPATIENCE.

L'impatience la plus vive
Nous fait un siècle d'un instant.
LAMOTTE, l'Homme instruit de son Destin.

L'impatience gâte tout.
LAMOTTE, le Pêcher et le Mûrier.

IMPIE.

L'impie est rarement par le ciel oublié.
FORMAGE, le Parjure puni.

Contre celui qui nie une divinité,
Toute raison, toute lumière est vaine.
Mme JOLIVEAU, la Goutte sereine.

IMPORTANCE.

Défions-nous des gens aux grands airs d'importance,
Leurs cerveaux le plus souvent
Ne renferment que du vent.
HAUMONT, le Coq et le Renard.

IMPORTUNITE.

... Certaines gens, faisant les empressés,
S'introduisent dans nos affaires;
Ils font partout les nécessaires,
Et, partout importuns, devraient être chassés.
LA FONTAINE, le Coche et la Mouche.

Des demandeurs insatiables
Les importunités méritent des refus.
LEBRUN, le Chien et la Brebis.

IMPOSSIBLE.

L'homme est ainsi bâti; quand un sujet l'enflamme
L'impossibilité disparaît à son ame.
LA FONTAINE, les deux Chiens et l'Ane mort.

Alléguer l'impossible aux rois, c'est un abus.
LA FONTAINE, le Lion, le Loup et le Renard.

Rien n'est impossible aux bons coeurs.
LEMONNIER, Gosselin et Gai.

Rien une paraît impossible à nos yeux.
AGNIEL, l'Enfant et la Lune.

Il est au Tout-Puissant des choses impossibles.
GUINGUENE,, les Anes en ambassade.

IMPOSTEUR.

Des imposteurs l'engeance est immortelle.
PARNY, Alcibiade converti.

IMPOT.

Un Etat sans impôts ne pourrait subsister.
AGNIEL, les Fleuves et la Mer.

IMPRUDENCE.

... Lâcher ce qu'on a dans la main,
Sans espoir de grosse aventure,
Est imprudence toute pure.
LA FONTAINE, le Loup et le Chien maigre.

Le sage, sans compter sur le secours d'autrui,
Ne fait que ce qu'il peut, et le fait par soi-même,
Au lieu que l'imprudent, dans son audace extrême,
Ose tout hasarder sur un frivole appui.
LENOBLE, l'Aigle et l'Escarbot.

Ce qui perd l'imprudent serait utile au sage.
LEMONNIER, l'Alouette et la Taupe.

... Tôt ou tard l'imprudence
Conduit au repentir.
FORMAGE, les deux Ecoliers.

IMPUDENCE.

Toujours sur la sottise et la crédulité
L'impudence prélève une rente certaine.
DE LA BOUTRAYE, le Cordonnier médecin.

IMPUNITE.

... L'impunité rend brave.
PIRON, les deux Tonneaux.

INACTION.

L'inaction et la langueur
Sont encor pires que l'orage.
NIVERNAIS, les Vents.

INCERTAIN.

Qui laisse l'assuré pour prendre l'incertain
N'a pas le jugement bien sain.
PERRAULT, le Chien et le morceau de Chair.

INCONGRUITE.

On se permet parfois des choses incongrues.
F. DE NEUFCHATEAU, les Grues.

INCONNU.

Que de tout inconnu le sage se méfie.
LA FONTAINE, le Renard, le Loup et le Cheval.

INCONSTANCE.

L'homme partout est inconstant,
Quelque douce que soit la chaîne qui l'engage.
HAUMONT, le Sauvage américain.

... Le défaut de l'homme est un fonds d'inconstance.
DU TREMBLAY, le Barbet.

Rien n'est heureux que l'inconstant.
HAUMONT, l'Alouette et le Papillon.

Gardons-nous de donner prétexte à l'inconstance.
DU TREMBLAY, Flore et Zéphir.

Les souverains, les femmes et le temps
(Rien ne peut changer leur nature)
Comme les flots sont inconstans.
STASSART, le vieux Courtisan et son Fils.

... Tout inconstant
Peut divertir, jamais n'engage.
Mme JOLIVEAU, la Fleur sensible et le Papillon.

Ah! tout vaut mieux qu'un inconstant!
GUTTINGUER, le Papillon, la Rose et le Limaçon.

L'inconstance est, dit-on, sans guide.
GOSSE, les deux Roses.

Rarement l'inconstance amende notre sort.
FORMAGE, les Souhaits de l'Ane.

INCREDULITE.

Aux maux produits par l'incrédulité,
Sur ceux qu'enfante l'ignorance
Pourquoi donner la préférence?
ARNAULT, les Vitres cassées.

INDIFFERENCE.

La froide indifférence est le plus grand des maux.
STASSART, l'Hirondelle.

INDIGENCE.

Il est affreux de frapper l'indigent.
LOMBARD DE LANGRES, le Chasseur.

L'indigent est cruel comme l'ambitieux.
ARNAULT, les Sabots de Polichinelle.

L'indigence est bien moins honteuse
Que de devoir son bien au moindre des forfaits.
LENOBLE, le Bûcheron et Mercure.

L'indigence est une coupelle
Dangereuse sans la vertu,
Et tel prend un chemin tordu,
Qui marcherait fort droit sans elle.
LENOBLE, le Bûcheron et Mercure.

INDULGENCE.

Pour le faible d'autrui l'on doit être indulgent.
DU TREMBLAY, Polichinelle.

INDUSTRIE.

... L'industrie
Est fille de la liberté.
NIVERNAIS, les Castors.

... L'industrie
Vaut autant que l'activité.
ARNAULT, Arachné et Progné.

... L'industrie au premier petit bruit
A saisir tout se montre alerte.
ARNAULT, les Cochons et les Truffes.

INFAMIE.

Plutôt la mort que l'infamie.
STASSART, le Chien et les Loups.

INFIDELE.

... Si jamais, à la faiblesse en proie,
Quelque beauté vient à changer d'amant,
C'est un grand mal; mais faut-il qu'on la noie?
VOLTAIRE, les trois Manières.

INFORTUNE.

Même infortune assortit les humeurs.
NIVERNAIS, le Loup et la Chèvre.

INGRATITUDE, INGRATS.

L'ingratitude est mère de tout vice.
LA FONTAINE, le faiseur d'Oreilles.

Il est bon d'être charitable;
Mais envers qui? C'est là le point.
Quant aux ingrats, il n'en est point
Qui ne meure enfin misérable.
LA FONTAINE, le Villageois et le Serpent.

... S'il fallait condamner
Tous les ingrats qui sont au monde,
A qui pourrait-on pardonner?
LA FONTAINE, l'Homme et la Couleuvre.

L'ingratitude est un crime odieux.
VOLTAIRE, Ce qui plaît aux Dames.

La plus griève des offenses
C'est d'être ingrats, Dieu nous l'a dit.
LA FONTAINE, les Cordeliers de Catalogne.

... Le symbole des ingrats
Ce n'est point le serpent, c'est l'homme ....
LA FONTAINE, l'Homme et la Couleuvre.

L'ingratitude enfin lasse la bienfaisance.
STASSART, le Dromadaire et le Singe.

Il est noble, il est beau de faire des ingrats.
LOMBARD DE LANGRES, l'Oiseau plumé.

Jamais le ciel ne manque à punir les ingrats.
PERRAULT, la Vigne et la Vache.

C'est surtout chez les grands qu'ingratitude abonde.
LENOBLE, le Loup et la Grue.

Il est si beau de faire des ingrats!
DU HOULLAY, la Poule et le Passereau.

On est encore heureux en faisant des ingrats.
JAUFFRET, le Pommier dépouillé.

L'homme est ingrat; c'est son grand vice.
Comme une grace il sollicite un bien;
L'a-t-il reçu? Ce n'est plus que justice;
On a bien fait, il n'en doit rien.
LENOBLE, Apollon, Mercure et le Berger.

La terre d'ingrats est couverte.
LEBRUN, le Cheval et le Taureau.

... Les faux amis entourent l'homme heureux;
Et, semblables en tout aux oiseaux de passage,
Les ingrats s'éloignent comme eux
Au moindre souffle de l'orage.
A. NAUDET, l'Hirondelle et le Pigeon.

Dépendez un pendu; dans sa malice extrême,
Au même instant, s'il peut, il vous pendra vous-même.
F. DE NEUFCHATEAU, le Milan et la Souris.

Veux-tu savoir de touts les vices
Le plus noir et le plus commun,
Damis? C'est d'être ingrat aux bienfaits, aux services,
Que l'on a reçus de quelqu'un.
LENOBLE, le Paysan et le Serpent.

Prodiguez les bienfaits, vous ne parviendrez pas
A changer le coeur des ingrats.
COUPÉ DE ST.-DONAT, le Coucou.

Il est beau, croyez-moi de faire des ingrats.
AUBERT, la Colombe et le nid de Pinson.

Pour toucher des ingrats nos voeux sont superflus.
GOSSE, la Poule et les oeufs de Canard.

INJURE.

Plus un honnête homme a du coeur, Plus d'un ennemi bas il méprise l'injure.
LENOBLE, le Lion et la Grenouille.

INJUSTICE.

Les injustices des pervers
Servent souvent d'excuse aux nôtres.
LA FONTAINE, l'Oiseleur, l'Autour et l'Alouette.

... La plus légère injustice
Aux forfaits les plus grands peut conduire ....
FLORIAN, le Chien coupable.

INNOCENCE.

Sur le berceau de l'innocence
Les dieux avec amour attachent leurs regards.
JAUFFRET, la Fauvette et le Faucon.

... C'est du ciel attirer la vengeance
Que de laisser soupçonner l'innocent.
LOMBARD DE LANGRES, Brice.

INQUIETUDE.

L'inquiétude est le comble des maux.
LEBRUN, le Tigre.

INSENSE.

... On peut d'une tête insensée
Voir quelquefois jaillir une heureuse pensée.
ARNAULT, les Cochons et les Truffes.

INSENSIBILITE.

L'insensibilité n'offre que de l'ennui.
AUBERT, Prologue du livre III.

INSOLENCE.

Tout vainqueur insolent à sa perte travaille.
LA FONTAINE, les deux Coqs.

Les races les plus impuissantes
Ne sont, pas les moins insolentes.
A. RIGAUD, la Volière.

INSTINCT.

Nous n'écoutons d'instincts que ceux qui sont les nôtres,
Et ne croyons le mal que quand il est venu.
LA FONTAINE, l'Hirondelle et les petits Oiseaux.

L'instinct n'égare jamais;
Et quand on suit le voeu de la nature
On suit la raison de bien près.
NIVERNAIS, les Fourmis.

INSTRUCTION.

Toujours la bonne instruction
Prévient les vices du jeune âge.
HAUMONT, la Dame de ville et la Dame de campagne.

Nous courons loin pour être instruits,
Et nous ne pouvons nous connaître.
DU TREMBLAY, le Philosophe et le Berger.

A plus instruits que vous, par l'étude ou par l'âge,
Gardez-vous de jamais offrir
Avis qui sente l'homme ou plus grand ou plus sage.
DU HOULLAY, le Taureau et le Veau.

Le seul temps pour s'instruire est celui du jeune âge;
On n'apprend rien quand on est vieux.
LE BAILLY, les deux Chiens.

... Le plus instruit est souvent le moins sage.
A. DE MONTESQUIOU, l'heureuse Incrédulité.

... L'instruction, du roi même honorée,
Est envers ses sujets une dette sacrée.
F. DE NEUFCHATEAU, l'Intendant et le Maire.

INSULTER.

Lorsqu'un lâche des morts ose insulter la cendre,
Quel respect les vivans peuvent-ils en attendre?
LE BAILLY, le jeune Indien et le Tigre.

Ne va point, trop enflé de ta vaine puissance,
Insulter avec insolence
Le faible que tu vois soumis.
LENOBLE, le Cheval et l'Ane.

INTERET.

L'homme à son intérêt mesure le bienfait.
HAUMONT, la Fermière et la Vache.

... L'intérêt ne connaît point d'amis.
HAUMONT, le Chien et le Chat.

L'intérêt fait mentir et promet l'impossible.
F. DE NEUFCHATEAU, la Truie merveilleuse.

L'intérêt obtient tout, reconnaissance rien.
LAMOTTE, Apollon, Mercure et le Berger.

Sur son propre intérêt un ami se mesure;
On le voit peu loger sous même couverture
Intérêt et fidélité.
LENOBLE, le Sanglier et le Buisson.

Au temps jadis comme au temps où nous sommes,
Le monde fut toujours conduit par l'intérêt.
A. NAUDET, les deux Mulets.

C'est l'intérêt qui fait et qui rompt les traités.
LAMOTTE, les Chiens.

Tel qui, pour le public, si l'on l'en croit, se tue,
N'a que son intérêt en vue.
PERRAULT, le Renard.

... Sans intérêt obligeons les humains.
LAMOTTE, Apollon, Mercure et le Berger.

L'intérêt sur nos coeurs domine avec puissance,
A remplir nos devoirs, à redoubler nos soins,
L'amour de la vertu nous encourage moins
Que l'espoir d'une récompense.
LEBRUN, l'Ane et son Maître.

Les hommes out toujours leur intérêt pour base,
On les voit, avant tout, consulter le plaisir.
A. DE MONTESQUIOU, le jeune Lièvre et sa Mère.

Sans un vil intérêt notre coeur ne fait rien.
AUBERT, le Loup.

Comptez sur la reconnaissance,
Quand l'intérêt vous en répond.
FLORIAN, le vieux Arbre et le Jardinier.

L'intérêt prend parfois l'air de la bienfaisance.
ARNAULT, la Cape et le Pain de Sucre.

Aux intérêts d'autrui nous préférons les nôtres.
FORMAGE, le Loup, le Berger et le Chien.

L'intérêt nous tient lieu d'esprit et de savoir.
STASSART, le Dindon.

... Notre intérêt est toujours la boussole,
Que suivent nos opinions.
FLORIAN, le Hibou, le Chat, l'Oison et le Rat.

INTERESSER.

Pour intéresser davantage,
On redit vingt fois ses malheurs.
Mme JOLIVEAU, la Poule plumée.

Aux morts, comme aux absens, nul ne prend intérêt.
LAMOTTE, Mercure et les Ombres.

INTERIEUR.

Dans l'intérieur il faut être
Ce que l'on paraît au dehors.
LENOBLE, la Grenouille et le Boeuf.

INTERVALLE

... Il faut, de temps en temps,
Aux récits comme aux faits un léger intervalle.
GUINGUENE, le Zéphir et les autres Vents.

INTREPIDITE.
Ce n'est pas tout d'être intrépide,
Il ne faut pas être étourdi.
NIVERNAIS, les deux Nageurs.

INTRIGUE.

... L'intrigue a la préférence
Sur le mérite et les talens.
NIVERNAIS, le petit Homme au Parterre.

Le fort doit être juste et le faible prudent.
A. RIGAUD, l'Ours et le Singe.

Aux plus forts tout est destiné.
F. DE NEUFCHATEAU, la Lupiade, Chant III.

INUTILE.

... Tout être inutile est un être nuisible.
AGNIEL, le Lierre.

IVROGNE.

C'est temps perdu de prêcher un ivrogne.
NIVERNAIS, le Fromage mou.


--- J ---

JALOUSIE.

Les maux les plus cruels ne sont que des chansons
Près de ceux qu'aux maris cause la jalousie.
LA FONTAINE, la Coupe enchantée.

Esprits ruraux volontiers sont jaloux.
LA FONTAINE, Féronde.

De l'abandon naquit la jalousie.
DU TREMBLAY, Zéphir et Flore.

JALOUX.

Peut-on rassurer un jaloux?
Il faudrait qu'un jaloux fût sage.
PIRON, Rosine.

L'ignorant est jaloux et l'impuissant aussi.
ARNAULT, les Chiens qui dansent.

Il est certains esprits d'un naturel jaloux,
Le bonheur d'autrui les irrite;
Mais c'est à tort que le mérite
Se montre sensible à leurs coups.

STASSART, le Rat et le Taureau.

JEU.

Le jeu ne fut jamais ami de la prudence;
Il amuse moins qu'il ne nuit;
Souvent par les ris il commence, il commence,
Et par la dispute il finit.
LEBRUN, les deux Poulains.

JEUNESSE.

La jeunesse sc flatte, et croit tout obtenir.
LA FONTAINE, le Chat et la Souris.

Il faut que jeunesse se passe.
GUINGUENE, le Cheval et le Boeuf.

... La crédule jeunesse
Est souvent dupe de l'amour.
HAUMONT, la jeune Fille et le Peintre.

Que la sémillante jeunesse
Au plaisir se laisse emporter;
Elle doit toujours respecter
Le doux repos qui plaît à la vieillesse.
HAUMONT, le jeune Chat et le vieux Matou.

A dix-huit ans femme est-elle assez sage
Pour préférer le solide au clinquant?
LOMBARD DE LANGRES, Brice.

De plaisir la jeunesse est toujours idolâtre.
HAUMONT, le jeune Chat et le vieux Matou.

La jeunesse, aisément s'irrite.
FLORIAN, le Coq fanfaron.

A ce qui plaît la jeunesse est docile.
HAUMONT, le Sauvage américain.

Abusant de sa liberté,
La trop sémillante jeunesse
Croit toujours voir l'austérité
Dans les conseils de la sagesse.
HAUMONT, les deux Carpes.

JEU.

On est en son printemps, facile à s'enflammer!
DU TREMBLAY, le Villageois.

La jeunesse se plaît à changer de séjour.
DU TREMBLAY, le Lendemain._

... La jeunesse
A de grands droits, elle intéresse.
NIVERNAIS, l'Ecolier.

Jeunesse est ignorante et prompte à mal juger.
NIVERNAIS, la Génisse sacrifiée.

La jeunesse ne prévoit rien.
F. DE NEUFCHATEAU, le Moineau et la Volière.

La jeunesse parfois a trop de confiance.
F. DE NEUFCHATEAU, le Bandeau de Plutus._

La jeunesse ose tout, et, dans sa folle ardeur,
Se fait gloire souvent de courir à sa perte.
JAUFFRET, le Voyageur, le Tigre et le Crocodile.

La jeunesse trop tôt se flatte ou désespère.
GUTTINGUER, les Renards et les Bûcherons.

Malheur au talent jeune encor,
Lorsqu'il ne prend conseil que de sa jeune audace!
Mais qu'une habile main dirige son essor,
Il est plus sûr d'atteindre au sommet du Parnasse.
LE BAILLY, la Chèvre et les Moutons.

De cet âge indocile à peine nous sortons,
Que nous ouvrons les yeux sur nos vrais avantages;
Connaissons-les, et souhaitons
De devenir plus vieux, pour devenir plus sages.
LEBRUN, la jeune Bergère et le Vieillard.

On se repent de mal employer le jeune âge.
LEBRUN, la Pendule et le Libertin.

Jeune Caton est bien rare merveille.
FORMAGE, les Oranges.

L'on sent, à cet âge charmant,
Certain besoin d'aimer qui presse,
L'on est ami, l'on est amant,
Bien moins par choix que par ivresse.
NIVERNAIS, le jeune Chien.

Sur son aile rapide incessamment porté,
Le temps entraîne tout en sa vitesse, extrême;
Et souvent l'âge heureux qui tient lieu de beauté,,
Fuit plus prompt que la beauté même.
ARNAULT, la Levrette, le Chat et le Dogue.

De rien la jeunesse ne doute,
Et toute nouveauté pour elle a des attraits.
NIVERNAIS, les Écrevisses.

JOLIE.


On n'en aime pas moins pour être moins jolie.
DU TREMBLAY, Zéphir et Flore.

Fillette qui se croit jolie
Aime à consulter un miroir.
JAUFFRET, la Bergère et le Ruisseau.

SE JOUER.

Se jouer du faible est bien plat;
Se jouer du fort c'est folie.
NIVERNAIS, le Singe et l'Elephant.

JOUIR.

Jouissons toujours des douceurs,
Des présens, des faveurs
Que, la fortune nous donne,
Sans nous inquiéter de ceux qu'elle abandonne.
HAUMONT, le Cavalier et le Fantassin.

Sur le point de jouir tout s'enfuit de nos mains.
LA FONTAINE, les Filles de Minée.

Quand on est jeune on pourrait bien attendre;
Mais l'homme est en tout temps si pressé de jouir!
DU TREMBLAY, le Nid.

Dès le printemps cultivez donc les fruits,
Si vous voulez en jouir dans l'automne.
Mme JOLIVEAU, l'Education tardive.

On ne songe jamais au bien dont on jouit.
LENOBLE, l'Ane mécontent.

Il faut jouir le plus qu'on peut sur terre.
DE LA BOUTRAYE, l'Acheteur dupé.

Mortel, jouis des biens que t'accordent les cieux;
Mais jouis doublement en faisant des heureux.
A. RIGAUD, le Poète et le Propriétaire.

Quiconque jouit trop est bientôt dégoûté.
FLORIAN, le Cheval et le Poulain.

... Il vaut mieux souffrir deux
Que jouir seul ....
STASSART, les deux Chardonnerets.

JOUISSANCE.

... L'objet nouveau qu'on désire ardemment
Ne saurait, par sa jouissance,
Qu'irriter nos désirs, notre plus grand tourment.
Mme JOLIVEAU, les Désirs irrités.

JOUR.

Chaque jour amène son pain.
LA FONTAINE, le Savetier et le Financier.

L'art et les soins ajoutent à nos jours;
Mais rien ne peut éterniser leur cours.
LOMBARD DE LANGRES, Berthe..

Que les jours fortunés passent rapidement!
HAUMONT, le Chardonneret et le Cyprès.

JUGE.

Un juge peut être humain, doux, aimable,
Mais il faut être intègre, et punir le coupable.
HAUMONT, le Renard et le Mouton juge.

JUGEMENT.

... En toute affaire, il faut du jugement,
Surtout en fait de querelle et d'offense.
NIVERNAIS, l'Echo.

Sur tout homme d'Etat l'imprévoyant vulgaire
Prononce un jugement, très-souvent téméraire.
Mme JOLIVEAU, les Rames et le Gouvernail.

JUGER.

On ne peut bien juger des vertus qu'on n'a pas.
Mme JOLIVEAU, le Lévrier et le Chien couchant.

Nous jugeons par 1'événement.
LAMOTTE, les Singes.

Jeunesse, trop souvent, juge sur la surface.
STASSART, le vieux Courtisan et son Fils.

... Connais par toi-même, avant que de juger.
LENOBLE, le Daim et le Rhinocéros.

Pour juger d'un mortel, il faut le voir tout nu.
VOLTAIRE, l'Education d'un Prince.

Respect à la chose jugée!
A. RIGAUD, le Loup, l'Ours et la Chèvre.

... L'âge de l'ignorance
Toujours juge à tort, à travers.
A. NAUDET, l'Ecolier, l'Abeille et l'Absinthe.

... Ne jugeons pas sur la mine.
COUPE DE ST.-DONAT, le Souriceau.

Il ne faut pas juger les humains sur le front,
Ni sur des faits épars, ni d'après leurs paroles.
A. DE MONTESQUIOU, le jeune Lièvre et sa Mère.

... Si le monde ingrat nous juge injustement,
Il est des Dieux qui jugent autrement.
A. RIGAUD, Jean La Fontaine aux Enfers.

Il ne faut pas juger sur la première vue.
F. DE NEUFCHATEAU, le Chien et le Limaçon.

Sur ce qu'on voit, juger de ce qu'on ne voit pas,
C'est parfois s'exposer à des erreurs bien grandes.
ARNAULT, les Dauphins et les Harengs.

On voit chacun, selon son esprit et ses yeux,
Juger une action, un spectacle, une femme.
A. RIGAUD, le Rossignol et le Tonnerre.

Que de gens jugent sur parole!
STASSART, le Pinson et le Rossignol.

... Il faut, pour bien juger,
A ce que l'on entend n'être pas étranger.
F. DE NEUFCHATEAU, le Coucou, le Rossignol et l'Ane.

JUSTE.

A l'immortalité le juste doit s'attendre.
LAMOTTE, le Phénix et le Hibou.

... L'homme juste est le seul sage.
FLORIAN, les deux Persans.

Le juste, hélas! pèche dans la journée
Jusqu'à sept fois ... ...
PARNY, l'heureux Ermite.

On cesse d'être grand en cessant d'être juste.
COUPE DE ST.-DONAT, Justice et Vaillance.

JUSTICE.

La justice divine a toujours son réveil.
DU TREMBLAY, la Fièvre.

C'est la justice
Qui du trône des rois affermit l'édifice.

... C'est la justice
Qui du trône des rois affermit l'édifice.
COUPE DE ST.-DONAT, Justice et Vaillance.

Un sage tribunal dédaigne la cohue.
A. RIGAUD, le Cadavre.

Sur le sang que l'on verse en vain l'humanité
Pleure et gémit: l'inflexible justice
Veut que tout meurtrier périsse,
AGNIEL, Pythagore et le Paysan.

... Quelquefois la justice s'abuse.
LEBRUN, la Fille nourrice de son Père.

1)u DU TREMBLAY, la Fièvre. 2MO

--- L ---

LACHE.

Haranguez de méchans soldats,
Ils promettront de faire rage;
Mais au moindre danger adieu tout leur courage,
Votre exemple et vos cris ne les retiendront pas.
LA FONTAINE, le Berger et son Troupeau.

Quand il vous voit dans le danger,
Un lâche vous insulte ... ...
F. DE NEUFCHATEAU, le Taureau et le Bouc.

Insulter au malheur, à l'illustre misère,
C'est être lâche et téméraire.
Mme JOLIVEAU, le Fleuve vengé.

Le lâche tombe et meurt au sein de l'indolence.
A. RIGAUD, le Bloc de marbre.

LAIDEUR.

Par mille efforts, par la parure;
Un laid objet n'en devient pas plus beau.
STASSART, le Corbeau qui couve.

LANGUE.

... Tout parle dans l'univers.
Il n'est rien qui n'ait son langage.
LA FONTAINE,, Epilogue du livre XI des Fables.

Que de maux la langue nous cause!
LA FONTAINE, les Cordeliers de Catalogne.

LARCIN.

Larcins d'amour ne veulent longue pause.
LA FONTAINE, le Berceau.

De tout bien mal acquis le possesseur frissonne;
Il croit qu'on lit toujours sur son front soucieux
Les larcins dont on le soupçonne.
F. DE NEUFCHATEAU, l'Homme et l'Ane.

LARMES.

... Pour fléchir le courroux
De l'ennemi qui vient a nous,
Le plus faible a recours aux larmes.
HAUMONT, le Ramoneur et l'Hirondelle.

LASSER.

De quoi ne se lasse-t-on pas?
DU HOULLAY, le Ruisseau ambitieux.

LAURIER.

L'éclat de nos lauriers ne vaut pas ce qu'il coûte.
F. DE NEUFCHATEAU, la Lupiade, chant I.

LEÇON.

Des leçons de son père un fils tire les fruits.
F. DE NEUFCHATEAU, le Fermier et son Fils.

Un auteur qui veut être utile,
Doit semer ses écrits d'agréables leçons.

AUBERT, Prologue du livre I.

LEGATAIRE.

Qu'on est fou quand d'un légataire
On fait dépendre son destin!
LENOBLE, la Pie héritière du Ramier..

LEGERETE.

L'homme est plus léger que le vent.
DU TREMBLAY, Flore et Zéphir.

LENDEMAIN.

Il faut songer au lendemain.
COUPE DE ST.-DONAT, la Rose et le Bouton.

LIAISON, LIEN.

Plus un lien est éclatant,
Plus son étreinte paraît dure.
F. DE NEUFCHATEAU, le Collier.

A former les doux noeuds d'un tendre engagement
Ne mettons point de négligence.
DU TREMBLAY, Flore et Zéphir.

Dans la route de la vertu
Tel eût passé sa vie heureuse,
Si société dangereuse
Ne l'avait point jeté dans le chemin tortu.
LENOBLE, le Ciconeau et l'Oiseleur.

Ne nous lions jamais avec un vicieux.
LENOBLE, le Paon et l'Ibis.

Prens bien garde, Mortel, avec qui tu te lies;
De ta société souvent dépend ton sort:
Et tel du fleuve noir ne verrait pas les bords,
Si de mauvaises compagnies
Ne l'avaient conduit à la mort.
LENOBLE, le Ciconeau et l'Oiseleur.

Ne nous lions qu'à gens de notre sorte.
FORMAGE, la Grenouille et le Poisson.

LIBERALITE.

Un peu d'esprit, beaucoup de mine,
Et plus encor de libéralité,
C'est en amour une triple machine
Par qui maint fort est bientôt emporté.
LA FONTAINE, le Magnifique.

La libéralité, même au siècle où nous sommes,
Est le penchant des coeurs sensibles, délicats;
C'est le plus beau défaut que l'on ait ici-bas.
JAUFFRET, le Pommier dépouillé.

LIBERTE.

... Que sert la bonne chère
Quand on n'a pas la liberté?
LA FONTAINE, le Cheval s'étant voulu venger du Cerf.

Quel que soit le plaisir que cause la vengeance,
C'est l'acheter trop cher, que l'acheter d'un bien
Sans qui les autres ne sont rien.
le Cheval s'étant voulu venger du Cerf.

Chacun chez soi doit être libre.
HAUMONT, le Solitaire et le Geai.

La liberté fait le bonheur suprême.
HAUMONT, le Lapin et le Perdreau.

La liberté nous plaît; la nature la donne.
HAUMONT, les deux Chevaux de chasse.

... Sans la liberté, sans ce don précieux
Le bonheur n'a rien qui me tente.
AGNIEL, le Serin et le Pinson.

Mieux vaut encor
Inquiétude
Et liberté,
Que servitude
Et sûreté.
FORMAGE, le Serin et la Fauvette.

Il n'est point de félicité,
Ni de biens, sans la liberté.
LEBRUN,, le Merle et la Fauvette.

La liberté vaut mieux, même au sein de l'orage,
Que le calme de l'esclavage.
COUPE DE Sr.DONAT, les Poissons.

Quand on n'a plus sa liberté,
Il importe fort peu si la cage est dorée.
STASSART, le Rossignol en cage.

Qui voudrait de la liberté,
Quand son ami reste à la chaîne?
STASSART, les deux Chardonnerets.

LIBERTIN.

... Pour le coeur d'un libertin
Il n'est pas d'éternel chagrin;
Un rien le trouble,, le désole,
Mais un rien aussi le console.
A. DE MONTESQUIOU, la Femme à Nicolas.

LION.

Proposez-vous d'avoir le lion pour ami,
Quand vous vouliez le laisser croître.
LA FONTAINE, le Lion.

LOGIS.

... Il est quelquefois bon
De savoir comment tout se passe à la maison.
LA FONTAINE, la Coupe enchantée.

... Nulle part on n'est mieux que chez soi.
FORMAGE, Jupiter et la Tortue.

LOI.

Diversité de lois est souvent incommode.
STASSART, le Conseil-d'Etat du Lion.

Des lois qui font sa sûreté,
L'homme se plaint d'être l'esclave:
« C'est un frein, » nous dit-il: mais ce frein qui l'entrave
Lui garantit sa liberté.
AGNIEL, le Navire et le Pilote.

Le plus puissant toujours sait éluder la loi.
FORMAGE, le Chien mauvais payeur.

Rarement, il convient que le prince, se mette
Entre le coupable et la loi.
LAMOTTE, les Abeilles.

Que nous font de sévères lois,
De mille réglemens qu'importe la sagesse,
Si la froide apathie et l'indigne paresse
Dans le sommeil plongent les rois
STASSART, le Lièvre, le Lapin et le Fusil.

Selon son intérêt chacun voudrait des lois.
STASSART, le Daim, le Porc, etc., etc.

LOUANGE, LOUER.

Le nectar que l'on sert au maître du tonnerre,
Et dont nous enivrons tous les dieux de la terre,
C'est la louange ... ...
LA FONTAINE, les deux Rats, le Renard et l'Oeuf.

On ne peut trop louer trois sortes de personnes,
Les dieux, sa maîtresse et son roi.
LA FONTAINE, Simonide préservé.

La louange chatouille et gagne les esprits,
Les faveurs d'une belle en sont souvent le prix.
LA FONTAINE, Simonide préservé.

Défiez-vous de la louange
Qu'on vous donne souvent de très-mauvaise foi.
F. DE NEUFCHATEAU, le Renard, le Chien et le Lièvre.

Fausse louange plaît, et l'orgueil la seconde.
LAMOTTE, les deux Oracles.

Ne prescrivons jamais à la postérité,
Une louange sans partage.
AUBERT, les deux Rats.

Louer en face, est une lâche ruse,
Et pour s'y laisser prendre il faut être bien buse.
PERRAULT, le Renard et le Corbeau.

LOUP.

Quiconque est loup agisse en loup:
C'est le plus certain de beaucoup.
LA FONTAINE, le Loup devenu Berger.

Un loup est toujours loup; il faut qu'on s'en méfie.
COUPE DE ST.-DONAT, le Loup converti.

LOYAUTE.

A loyauté succéda sans effort
Et la rapine et le droit du plus fort.
LOMBARD DE LANGRES, le Gage de bataille.

LUXE.

Pour arrêter le luxe il n'est point de barrière.
LENOBLE., le Boeuf et la Grenouille.

--- M ---

MAIGRIR.

Bien sot est celui qui maigrit
Quand il peut s'engraisser ...
COUPE DE ST.-DONAT, le Loup converti..

MAITRE.

Il n'est pour voir que l'oeil du maître.
LA FONTAINE, l'Oeil du Maître..

Chacun aux voeux du maître asservit son penchant.
GOSSE, le Castor et le Singe.

De valets on peut se passer,
Quand on est sous les yeux du maître.
VOLTAIRE, les trois Manières.

Tout va bien quand le maître s'en mêle.
LEBRUN, l'Amateur des jardins et son Ami.

MAITRESSE.

Que servent bonne chère et bon vin sans maîtresse?
LAMOTTE, le Festin du Lion.

MAJORITE.

... La majorité fait la loi souveraine.
F. DE NEUFCHATEAU, la Vulpéïde, chant II.

MAL.

... Il vaut encor mieux
Souffrir le mal que de le faire.
FLORIAN, la Brebis et le Chien.

Force gens ont été l'instrument de leur mal.
LA FONTAINE, le Roi Candaule.

Faire du mal me serait trop pénible,
J'aime bien mieux le supporter.
DU TREMBLAY, Jupiter et la Brebis.

... J'aime encor mieux
Souffrir le mal que de le faire.
JAUFFRET, l'Anguille et le Serpent.

Souvent succède au mal plus de bien qu'on ne pense.
Mme JOLIVEAU, le Cheval et l'Ane.

... Du mal que l'on fait,
S'il le peut prévenir, tout homme est responsable,
Et je le crois non moins coupable
Que le méchant qui le commet.
AGNIEL, le Chien et son Maître.

... Par un zèle fatal
Aux enfans on exagère
La difformité du mal.
NIVERNAIS, les Chevreuils.

Vers le mal la pente est aisée,
Et, lorsque devant nous une ornière, est creusée,
On ne peut s'en tirer sans un terrible effort.
LENOBLE, les deux Ecrevisses.

... Le mal qu'on a pu faire
Est difficile à réparer.
AGNIEL, le Nid de Fauvettes.

Mal arrive à qui veut mal faire.
LE BAILLY, l'Enfant, l'Ermite et les Abeilles.

A qui mal veut mal arrive souvent.
FORMAGE, la Cigale et le Hibou.

Met tout le monde contre soi,
Qui fait du mal à tout le monde.
DUCERCEAU, le Singe et le Chat.

Quand le mal devient habitude,
On ne peut plus s'en détacher.
LENOBLE, le Lin, les Oiseaux et la Pie.

... Prévenez le mal en allant au-devant.
LENOBLE, le Lin, les Oiseaux et la Pie.

Qui dit du mal d'autrui peut en dire de nous.
AUBERT, la Servante.

Combien de gens ne font du mal
Que pour le plaisir de le faire!
A. RIGAUD, le Tigre et le Rossignol.

Coupons racine au mal dès les commencemens;
Plus tard peut-être il ne sera plus temps.
FORMAGE, la Bagatelle.

... Celui-là fait mal qui ne fait pas de bien.
A. RIGAUD, la Marmotte et le Castor.

Quand le coeur une fois se résoud à mal faire,
Rien ne saurait plus l'en distraire.
PERRAULT, le Chat et le Coq.

Le mal coûte bien peu de peine
A la puissance souveraine.
A. RIGAUD, la Mort du Juste.

Le mal, ou celui qui l'endure,
Ne peuvent long-temps subsister.
NIVERNAIS, la Mule et le Chameau.

... Le bien qu'on fait s'oublie,
Et le moindre mal se publie.
LEMONNIER, Gosselin et Gai.

Celui qui fait du mal doit penser qu'à son tour
Un autre lui réserve une semblable injure.
DE LA BOUTRAYE, le Chasseur, les Oiseaux et les Voleurs.

Qui fait mal trouve mal; c'est le proverbe antique
Dont on voit tous les jours quelque exemple récent.
LENOBLE, le Faucon et la Colombe.

Tout en faisant le mal on croit souvent bien faire.
AGNIEL, la jeune Fille et le Serin.

MALFAITEUR.

Un malfaiteur ne peut se soustraire au supplice;
Et, s'il échappe à la justice,
Rarement il échappe à sa propre fureur.
LEBRUN, le Tigre et le Renard.

Un malfaiteur a beau se croire adroit,
Il se trahit toujours par quelque endroit.
JAUFFRET, le Limaçon et le Frélon.

MALHEUR.

Quand le malheur ne serait bon
Qu'à mettre un sot à la raison,
Toujours serait-ce à juste cause
Qu'on le dit bon à quelque chose.
LA FONTAINE, le Mulet se vantant de sa Généalogie.

C'est le malheur qui forme les héros.
FLORIAN, les Tourtereaux.

Le malheur nous ouvre les yeux.
PERRAULT, le Mulet.

Lorsqu'un malheur ne se peut éviter,
De bonne grâce il le faut supporter.
PERRAULT, la Mouche.

De la félicité le malheur est bien près.
HAUMONT, les deux Laitues.

... Le malheur survient, hélas! sans qu'on y pense.
HAUMONT, le Lièvre et le Lévrier.

... Le malheur du voisin,
Souvent nous console du nôtre.
GUTTINGUER, les deux Bonnets.

Sur le malheur d'autrui on doit se faire sage,
Et tirer son profit du malheur étranger.
LENOBLE, le Renard et le Léopard.

Malheur est bon à quelque chose.
NIVERNAIS, le Loup et la Chèvre.

Le malheur met à l'unisson
L'indigence avec la richesse,
Et la force avec la faiblesse;
Il rend sensible aux maux d'autrui,
Et les loups de l'espèce humaine
Ne s'adoucissent que par lui.
NIVERNAIS, le Loup et la Chèvre.

Du malheur, quel qu'en soit la cause,
Supportons les décrets d'un destin rigoureux;
Le cruel désespoir nous cause
Des maux encor bien plus affreux.
HAUMONT, le Rossignol et le Serin.

Souvent dans le malheur des autres
Nous trouvons la source des nôtres.
Mme JOLIVEAU, l'Enfant et le Frélon.

... Le malheur d'autrui n'empêche pas le nôtre.
AUBERT, les deux Poules et les Moutons.

Dans le malheur d'autrui peut-on trouver son bien?
LE BAILLY, l'Aveugle, le Chien et l'Ecolier.

Rarement le malheur des autres
Tourne à notre profit.
VILLIERS, l'Alouette.

L'homme seul, insensible aux leçons du malheur,
Ne profite jamais, pour devenir meilleur,
Du châtiment de son semblable.
JAUFFRET, la Pie.

MALHEUREUX.

Il ne nous faut jamais moquer des misérables;
Car qui peut se vanter d'être toujours heureux?
LA FONTAINE, le Lièvre et la Perdrix.

0n peut toujours trouver plus malheureux que soi.
A. NAUDET, le Chien tourne-broche et le Boeuf.

Il n'est tels que les malheureux
Pour se plaindre les uns aux autres.
FLORIAN, l'Aveugle et le Paralytique.

Les malheureux ont toujours tort.
AGNIEL, la Poule plumée..

Quelquefois la fortune attend, pour aller voir
Un malheureux, qu'il soit à l'agonie.
FORMAGE, le Marchand et la Fortune.

A leur mauvaise destinée
Il faut laisser les malheureux.
LENOBLE, le Figuier foudroyé et les Oiseaux.

Si malheureux qu'on soit, quand on n'est pas Romain,
Rarement on se détermine
A se laisser mourir de faim.
ARNAULT, Arachné et Progné.

Les malheureux n'ont point d'amis.
JAUFFRET, les deux Loups.

MALICE.

... C'est chez les plus sots
Que l'on trouve la pure malice.
NIVERNAIS, le Hérisson.

MALIGNITE.

Apaiser la malignité,
Me paraît la chose impossible;
Vertus, honneur et probité,
Rendent son courroux plus terrible.
LEMONNIER, le Paysan et les Couleuvres.

MALTRAITER.

On ne doit maltraiter personne.
F. DE NEUFCHATEAU, Rustaud et Nicolle.

Chez le malheureux quelquefois
Le malheur perd encor ses droits.
GUINGUENE, l'Ours et les quatre Animaux.

Si vous êtes dans la détresse,
On vous charge de tous les torts.
Mme JOLIVEAU, la Poule plumée.

... Pour manger gaiement. et digérer sans peine
Ne soupons qu'avec nos égaux.
GUINGUENE, le Lion et le Lapin.

Qui nourrit trop son corps, nourrit peu son esprit.
LE BAILLY, les deux Rats.

On est fort bien à l'endroit où l'on mange.
DU TREMBLAY, la Souris et le Linot.

Un roi, tout comme un autre, a besoin de manger.
F. DE NEUFCHATEAU, Pythès.

L'homme mange, le loup dévore;
Tout ne gît que dans la façon.
A. RIGAUD), le Chevalier errant.

Les mangeurs, à leur tour, doivent être mangés.
F. DE NEUFCHATEAU, le Pêcheur et les Merlans.

Est toujours bien fêté celui chez qui l'on mange.
LAMOTTE, le Rat tenant table.

MARI.

... Beaucoup de maris
Qui se vantent de voir fort clair en leurs affaires,
N'y viennent bien souvent qu'après les favoris,
Et, tout savans qu'ils sont,
Ne s'y connaissent guères.
LA FONTAINE, la Fiancée du roi de Garbe.

Par tout pays et de tout temps,
Mari sans yeux et sans oreilles
Convient aux femmes à merveilles.
NIVERNAIS, l'Homme, aveugle et sourd.

Chez les époux tout ennuie et tout lasse.
LA FONTAINE, Belphégor.

Le moindre bruit éveille un mari soupçonneux.
LA FONTAINE, la Coupe enchantée.

... On sait que d'ordinaire
Le bonheur est le lot de bien peu de maris.
AGNIEL, Jupiter et le Père.

MARIAGE.

Le bonheur, dans le mariage,
Règne toujours quand on sait s'accorder.
HAUMONT, la Vigne et le Poirier sauvage.

MASQUE.

D'un masque étudié craignez la tromperie;
Car si vous jugez sur la peau,
Ou sur quelqu'autre singerie,
En homme, vous prendrez un loup pour un agneau,
Vous aurez pour un ange, en femme, une furie.
F. DE NEUFCHATEAU, le Loup déguisé en Brebis.

Il est plus de masques au monde
Que de visages découverts.
LENOBLE, le Loup et le Bouc.

MATERIAUX.

Ce n'est pas tout d'avoir de bons matériaux,
Il faut savoir les mettre en oeuvre.
GRENUS, les deux Statuaires.

MAUX.

Les maux du corps font tout notre embarras;
Ceux de l'ame n'importent guère.
LAMOTTE, Apollon et Minerve.

Au mal que l'on ressent l'ame se donne entière.
LENOBLE, l'Ane mécontent.

Les maux dont nous voulons rendre le ciel garant,
Sont souvent notre propre ouvrage.
AUBERT, la Souris et le vieux Rat.

Nous calculons les biens, presque jamais les maux.
Mme JOLIVEAU, le Nautonnier et la Mer._

Nous voyons en autrui les biens, et non les maux.
GUINGUENE, les Oiseaux et les Poissons.

Sur les maux du prochain jetons souvent les yeux;
Plaignons son sort, et rendons grace aux dieux.
DU TREMBLAY, la Taupe et la Tortue.

Tous les maux attachés à l'ordre de nature
Dans l'état social sont passés avant nous;
Mais qu'ils étaient légers et doux
Comparés avec ceux qu'en cet ordre on endure!
DU HOULLAY, les Brebis et 1'Homme.

... De deux maux on doit éviter le plus grand.
HAUMONT, les Chasseurs, le Lièvre et le Cygne.

... De tous les maux
Chacun a la source en soi-même,
Soit par un sot orgueil, ennemi du repos,
Soit par le trop grand prix qu'on met à ce qu'on aime.
Mme JOLIVEAU, la Rose et la Pensée.

Que de maux ont causé l'amour et la colère!
A. RIGAUD, les deux Cerfs.

MECHANT.

Chien hargneux a toujours l'oreille déchirée.
LA FONTAINE, le Chien à qui l'on a coupé les Oreilles.

Ce qu'on donne aux méchans toujours on le regrette.
Pour tirer d'eux ce qu'on leur prête,
Il faut que l'on en vienne aux coups;
Il faut plaider, il faut combattre:
Laissez-leur prendre un pied chez vous,
Ils en auront bientôt pris quatre.
LA FONTAINE, la Lice et sa Compagne.

Il faut faire aux méchans guerre continuelle.
LA FONTAINE, les Loups et les Brebis.

Tenez toujours divisés les méchans,
La sûreté du reste de la terre
Dépend de là. Semez entre eux la guerre,
Ou vous n'aurez avec eux nulle paix.
LA FONTAINE, les Vautours et les Pigeons.

Chez les méchans on se gâte sans peine.
VOLTAIRE£, le Cadenas.

... De ses forfaits
Le méchant est toujours la dernière victime.
A. NAUDET, le Renard et le Loup.

... Le méchant, sans qu'il y pense,
Est souvent ici-bas l'artisan de sa mort.
JAUFFRET, le Loup et le Bouc.

Pour l'infâme artisan du crime,
Le succès même est un malheur:
Tôt ou tard il en est victime.
STASSART, le Renard et le Chien.

Quand on suit les méchans, on périt avec eux.
LENOBLE, le Ciconeau et l'Oiseleur..

C'est quand ils font le bien que je crains les méchans.
A. RIGAUD, la Tigresse et l'Agneau.

... Un méchant court de malice en malice.
LENOBLE, le Renard et le Vautour.

Pour nous tromper sur cette terre,
Le méchant peut changer de langage et d'habit,
Sans jamais pour cela changer de caractère.
A. NAUDET, l'Ecureuil et le Serpent.

Sous le mauvais périt le bon.
LENOBLE, le Pot de fer et le Pot de terre.

... Aux méchans prêter son ministère,
C'est mériter de périr avec eux.
LEBRUN, la Plume et le Papier.

... Un méchant est capable,
Pour arriver au mal, de faire un peu de bien.
A. RIGAUD, le Renard.

... Les méchans sont souvent les plus forts.
A. R RIGAUD, les Fourmis.

Le règne des méchans, crois-moi, ne dure guère,
Et tôt ou tard ils sont punis.
LE BAILLY, l'Enfant, l'Ermite et les Abeilles.

Entre méchans point de traités sincères;
Et celui-là, sans doute, est le plus grand des fous,
Qui met le nez dans leurs affaires.
LE BAILLY, le jeune Chien, le Chat et le vieux Dogue.

L'oreille des méchans est sourde aux bons avis.
NIVERNAIS, le Quaker et le mauvais Chien.

Le méchant n'a jamais tort,
C'est la raison du plus fort.
HAUMONT, la Mouche et l'Araignée.

Il est certains esprits d'un naturel hargneux
Qui toujours ont besoin de guerre, Ils aiment à piquer, se plaisent à déplaire,
Et montrent pour cela des talens merveilleux.
FLORIAN, le Hérisson et les Lapins.

Le méchant nous aigrit, trouble notre raison.
Mme JOLIVEAU, la prudente Tourterelle.

Pour mendier un généreux secours,
Dans le malheur, le méchant peut tout feindre,
Il sait vous prendre au miel de ses discours;
Fuyez, fuyez, car s'il peut vous atteindre,
Il reviendra plus fort et plus à craindre,
Ingrat surtout; le méchant l'est toujours.
GUINGUENE, le bon Serpent.

Confondre les méchans est un bonheur suprême.
HAUMONT, le Chardonneret, les Oiseaux et le Chasseur.

... Le méchant est guidé par l'envie,
N'aperçoit que défauts, méchantes actions;
Le bon esprit ne voit que les perfections.
HAUMONT, la Colombe et la Pie.

En contemplant le mal qu'il vient de faire,
Le méchant quelque peu désarme sa fureur;
Cela lui tient lieu de bonheur.
Mme JOLIVEAU, le Tigre et le Ruisseau.

La race des méchans est méchante comme eux.
F. DE NEUFCHATEAU, Apollon et Cybèle.

A qui déchire à belles dents, Gardons-nous bien de faire fête.
DU TREMBLAY, le Lapin, la Marmotte et la Chatte.

... Un méchant a du zèle
Pour nuire aux bons, toujours il a des moyens prêts,
Sans songer au danger qu'il peut courir lui-même.
Mme JOLIVEAU, le Dénonciateur.

Les méchans sont enclins à la causticité:
Les bons le sont à l'indulgence.
JAUFFRET, le Paon, la Pie et la Colombe.

... Le succès des méchans
Les allèche et les multiplie.
F. DE NEUFCHATEAU, l'Homme et le Chien.

... Le méchant parvient à nuire
Même à ceux qu'il veut obliger.
JAUFFRET, Zéphir et Borée.

De l'ame des méchans la concorde est bannie.
LEBRUN, le Loup, le Renard, la Brebis et l'Agneau.

La discorde souvent divise les méchans,
Pour le salut des bonnes gens.
HAUMONT, le Chien et le Loup.

Quand les méchans vous font des offres de service,
Précautionnez-vous contre leur artifice.
LEBRUN, la Mouche et l'Araignée.

Bien fou qui s'abandonne aux conseils d'un méchant!
Point de traité, point de commerce
Avec cette engeance perverse;
On n'en est jamais bon marchand.
DE BAILLY, le Dogue et l'Epagneul.

Puisqu'il est des méchans, encore est-il heureux
Que parfois le repos soit un besoin pour eux.
JAUFFRET, Zéphir et Borée.

On peut dormir près d'une bête;
Il faut veiller près des méchans.
DU TREMBLAY, le Lapin, la Marmotte et la Chatte.

«Tel jour je n'ai point fait de mal, »
Dit un méchant. Fort bien; mais, s'il était sincère,
Il pourrait ajouter: «Quelque accident fatal
M'avait mis hors d'état d'en faire.»
JAUFFRET, le Loup à l'agonie.

MEDIOCRITE.

La douce médiocrité
Est un des grands biens de la vie,
STASSART, la Poule trop grasse.

La médiocrité me parait désirable.
LEBRUN, le Pin et le Roseau.

Pour jouir du bonheur nous faut-il un royaume?
La médiocrité remplit mieux nos souhaits.
STASSART, l'Hirondelle et le Moineau.

MEDISANCE.

... Tout médisant est prophète en ce monde.
LA FONTAINE, le Gascon puni.

... En tous lieux il est doux de médire.
LOMBARD DE LANGRES, Brice.

Avec grand soin méfions-nous
De ces gens dont la conscience
Ne parle du prochain jamais sans réticence.
STASSART, la Poule et le Dindon.

MEDITER.

Le vulgaire regarde, et le sage médite;
Il sait que la grandeur ne fait pas le mérite.
A. RIGAUD, le Curieux.

MEFIANCE.

... La méfiance
Est mère de la sûreté.
LA FONTAINE, le Chat et le vieux Rat.

MELANGE.

Tout au monde est mêlé d'amertume et de charmes;
La guerre a ses douceurs, l'hymen a ses alarmes.
LA FONTAINE, le Meunier, son Fils et l'Ane.

MEMOIRE.

Il est aux coeurs bien nés une noble mémoire.
A. DE MONTESQUIOU, le jeune Lièvre et sa Mère.

MENACE.

On se rit d'une menace
Qu'on ne peut effectuer.
AGNIEL, les Lapins et la Statue.

MENAGE.

... Entre deux moitiés trop d'inégalité
De bien, d'âge, ou de qualité,
Bouleverse tout le ménage.
LENOBLE, le Mari et ses deux Femmes.

MENAGER.

Il faut ménager tous les hommes.
LAMOTTE, le Renard et le Lion.

MENSONGE, MENTEUR.

D'un bout du monde à l'autre on ment et l'on mentit:
Nos neveux mentiront comme ont fait nos ancêtres.
VOLTAIRE, le Dimanche.

Le mensonge et les vers sont amis de tous temps.
LA FONTAINE, Ceux qui ont le Goût difficile.

A la fin le mensonge ennuie.
AUBERT, Epilogue du livre IV.

Le mensonge, pour avoir cours,
N'a pas besoin de vraisemblance.
F. DE NEUFCHATEAU, les Taureaux et les Loups.

Pour opprimer et perdre un misérable,
L'injustice perfide au mensonge a recours.
LEBRUN, le Cerf, le Chien, et le Loup.

... En fait de menterie,
Nul artisan n'approche du tailleur.
PERRAULT, Mercure.

A beau mentir qui vient de loin.
A. DE MONTESQUIOU, le jeune Lièvre et sa Mère.

Mentir est un vice si bas!
GRENUS, le Chat corrigé.

Si mal le menteur se conduit,
Que par son discours seul souvent il se détruit.
PERRAULT, le Singe et le Dauphin.

Le menteur tôt ou tard de son indigne rôle,
Recevra le prix mérité.
GRENUS, l'Agneau menteur.

Le menteur ct le faux témoin
Sont vrais rebuts de la nature:
Et souvent l'instant n'est pas loin,
Qui doit punir leur imposture.
DE LA BOUTRAYE, la Brebis, le Chien et le Loup.

Qui commence à tromper sur un sujet frivole,
Bientôt sur de plus grands trahit la vérité;
Nul ne croit plus à sa parole;
Dans sa bouche, le vrai n'est pas même écouté.
GRENUS, l'Agneau menteur.

MEPRIS.

Plus on mérite de mépris,
Plus on a de penchant à mépriser les autres.
JAUFFRET, le Papillon et les deux Reptiles.

... Plus on a l'ame et vertueuse et fière,
Plus d'un faible ennemi l'on méprise les coups.
LENOBLE, le Lion et la Grenouille.

Grands et riches parfois méprisent
Les petits qui font leur grandeur.
PIRON, le Tonneau et la Bouteille.

Il ne faut mépriser personne.
LENOBLE, la Chenille et la Fourmi.

... Ne traitons personne avec mépris,
Et dans tous les états faisons-nous des amis.
HAUMONT, le Cheval et l'Ane.

MER.

La mer promet monts et merveilles.
Fiez-vous-y; les vents et les voleurs viendront;
Pour un qui s'en louera, dix mille s'en plaindront.
LA FONTAINE, le Berger et la Mer.

MERE.

A ses enfans mère ne sait que faire,
Pour leur montrer l'amour qu'elle a pour eux;
Zèle souvent aux enfans dangereux.
LA FONTAINE, le Faucon.

Une menace à son enfant
Trouble le sang d'une mère.
DU TREMBLAY, la Ménagère et la Chèvre.

Ah! qu'une bonne mère est un riche présent!
HAUMONT, la bonne Mère, ses deux Filles et la Chèvre.

Ce que nul n'aperçoit, heureux effet d'amour!
Ne saurait échapper aux regards d'une mère.
Mme JOLIVEAU, la Poule et le Philosophe.

Ma véritable mère est celle qui m'allaite.
DUCERCEAU, l'Agneau nourri par la Chèvre.

... L'amour nourrit les mères.
FLORIAN, la Colombe et son Nourrisson.

Quand on est mère, on aime tendrement.
HAUMONT, la Poule et les Perdreaux.

... Tout devient aisé pour le coeur d'une mère.
A. RIGAUD, l'Aigle et la Chouette.

Une mère à son fils doit son expérience.
A. DE MONTESQUIOU, le jeune Lièvre et sa Mère.

Rien n'adoucit les chagrins d'une mère.
AUBERT, Colin et Lisette.

Sitôt que l'on peut se passer
Des soins bienfaisans d'une mère,
On craint fort peu de l'offenser,
On ne cherche plus à lui plaire.
HAUMONT, la Poule et les Perdreaux.

Les longs chagrins, les plaisirs courts,
Sont pour les mères de famille.
A. RIGAUD, la Souris et sa Fille.

L'orgueil facilement gagne le coeur des mères.
STASSART, la Truie et la Lionne.

Le bonheur d'une mère, hélas!
Est souvent de courte durée.
VILLIERS, l'Alouette.

Est-on laide jamais, dès qu'on est bonne mère!
GOSSE, la Cigogne.

Le plus rare trésor, le présent le plus beau,
Que le ciel ait fait à la terre,
Est cette affection, et cet amour ardent,
Qui, d'un sexe chéri consacrant les faiblesses,
A son coeur enflammé nous attache en naissant.
AUBERT, la Tendresse paternelle.

L'amour d'une mère est extrême;
Voir périr ses enfans ou périr elle-même,
Pour une mère c'est tout un.
AUBERT, les deux Poules et les Moutons.

MERITE.

Le mérite se plaît à vivre obscurément.
NIVERNAIS, le Singe et la Planche.

Le mérite se cache, il faut l'aller trouver.
FLORIAN, le Rossignol et le Prince.

Entre tous les humains la seule différence
Vient du mérite personnel.
LE BAILLY, le Roi, son Fils et l'Esclave.

Le mérite fait tout ....
LEMONNIER, les Cruches.

Oui, tôt ou tard les dieux, signalant leur justice
Savent tendre au mérite une main protectrice.
STASSART, le Coursier.

Se méfier de son talent,
Est le premier pas du mérite.
DU TREMBLAY, le Berger et les deux Chèvres.

Un mérite plâtré s'évapore en fumée.
LENOBLE, l'Ane et la Peau du Lion.

Le mérite n'est pas à 1'épreuve des coups
Qu'ici-bas la vertu doit craindre
Des vicieux, des ingrats, des jaloux.
LEBRUN, le Poirier, le Paon et le Rossignol.

Du prix qu'il devrait obtenir
Le mérite est exclu sans cesse.
PIRON, le Roitelet.

L'orgueil des premiers rangs écarte le mérite;
Le courtisan protège un médiocre esprit;
Il suffit qu'il fasse du bruit,
Il est sûr de la réussite.
Mme JOLIVEAU, les Moyens de parvenir.

... Le mérite est dans la qualité.
STASSART, la Truie et la Lionne.

Le mérite suprême honore les talens.
Mme JOLIVEAU, le Serin échappé de sa cage.

... Le mérite
Se plaît à s'annoncer sans éclat et sans suite.
Mme JOLIVEAU, le Serin échappé de sa cage.

... En un galetas,
Le mérite souvent mène une vie obscure,
Environné d'ignorans ou d'ingrats.
NIVERNAIS, le Diamant du duc de Bourgogne.

Un grand mérite est un grand crime
Que l'on ne pardonne jamais.
Mme JOLIVEAU, l'Ours danseur.

A force de briller le mérite importune.
STASSART, l'Ours à la foire de Beaucaire.

Les grands emplois, selon qu'on s'en acquitte,
Font voir le degré du mérite.
PERRAULT, le Singe et le Renard.

Ravir où décerner la palme du mérite
Sur la foi des événemens,
C'est 1'usage de bien des gens.
LE BAILLY, le Chien revenant de la guerre.

Le mérite toujours attire le malheur.
AUBERT, le Serin mis en cage.

Le mérite modeste est pourtant quelque chose!
COUPE DE ST.-DONAT, la Violette et le Chardon.

Mortels, quand un plus grand vous hait,
Le mérite n'est pas une défense sûre.
LENOBLE, le Pot de fer et le Pot de terre.

Le mérite toujours fut cher à la noblesse.
AUBERT, le Riche, le Noble et le Sage.

METIER.

Chacun à son métier doit toujours s'attacher.
LA FONTAINE, le Cheval et le Loup.

... Chacun, ici-bas, doit faire son métier.
LEBRUN, le Singe et le Barbier.

Il n'est métier bien fait,
Que celui que l'on sait.
DU HOULLAY, la Brebis et sa Maîtresse.

Quand le métier nous enrichit
Nous avisons-nous d'en médire?
Mme JOLIVEAU, les Traits émoussés.

Quand on ne sait pas un métier,
En vain d'y réussir un fol esprit se flatte;
Il ne faut pas qu'un savetier
Aille plus loin que sa savate.
LENOBLE, le Savetier censeur.

Tout en irait mieux sur la terre,
Si chacun se bornait à faire
Le métier pour lequel Jupiter l'appela.
AUBERT, l'Ane et son Maître.

Chacun a son métier qu'il ne doit pas quitter.
F. DE NEUFCHATEAU, Momus, Jupiter et Apollon.

Chacun doit savoir son métier.
LAMOTTE, les deux Pigeons.

MIEUX.

L'espoir du mieux est l'ennemi du bien.
NIVERNAIS, l'Architecte et la Maison.

... Rien n'est plus périlleux
Que de quitter le bien pour vouloir être mieux.
VOLTAIRE, la Bégueule.

Le mieux, souvent, est l'ennemi du bien.
GOSSE, le Sculpteur.

Prenons ce qui nous vient, sans trop chercher le mieux.
GRENUS, l'Agneau gourmand.

Or, en tout point, le mieux est ce qu'il faut chercher.
STASSART, le Singe et la Montre.

Craignons le désir d'être mieux:
Il nous séduit, nous trompe, et l'erreur est cruelle.
DU TREMBLAY, le Moineau.

... Est-on bien? on brûle d'être mieux.
DU TREMBLAY, le Moineau.

... Le mieux est l'ennemi du bien.
VOLTAIRE, la Bégueule.

Ici-bas tout est pour le mieux.
VILLIERS, la Perdrix et ses Petits.

... Le mieux est l'ennemi du bien.
LE BAILLY, Prologue du livre X.

On n'est pas bien, dès qu'on veut être mieux.
LAMOTTE, les Sacs des Destinées.

MILIEU.

Un esprit peu flexible,
Sans être un stoïque impassible,
En tout, tient un juste milieu.
F. DE NEUFCHATEAU, Epilogue.

MINE.

Garde-toi, tant que tu vivras
De juger les gens sur la mine.
LA FONTAINE, le Cochet, le Chat et le Souriceau.

MINISTRE.

Un bon ministre est un trésor.
NIVERNAIS, le Ministre.

Un ministre, d'ailleurs, ne rit pas tous les jours.
LE BAILLY, le Singe, le Renard et le Furet.

Rois! choisissez d'honnêtes gens
Pour vous servir dans vos affaires;
Et n'oubliez jamais qu'à vos agens,
Les vertus sont plus nécessaires
Que le savoir, l'esprit et les talens.
NIVERNAIS, le Renard ambassadeur.

Le vrai fléau du monde est un mauvais ministre.
F. DE NEUFCHATEAU, Ruffin.

MODE.

Que la mode est chose bizarre!
HAUMONT, le Front et les Cheveux.

MODELE.

Pour produire de bons écrits, Nourrissez-vous de bons modèles.
ARNAULT, l'Abeille.

MODERATION.

La modération est le trésor du sage.
LE BAILLY, le Mât de Cocagne.

Sachons nous modérer, même dès notre enfance.
Mme JOLIVEAU, les Désirs irrités.

MODESTIE.

Quelque beau que l'on soit, il faut être modeste.
AGNIEL, le Laurier et la Rose.

On peut être modeste avec un grand mérite.
DU TREMBLAY, Philopoemen.

La modestie embellit le mérite.
GOSSE, la Tortue et le Papillon.

Souvent l'homme modeste et sage
Vit et meurt dans l'obscurité.
A. RIGAUD, les deux Soeurs.

La modestie
Est au génie
Ce qu'est la grace à la beauté;
Elle triomphe de l'envie,
Et l'on obtient par elle un succès mérité.
STASSART, le Pinson et le Rossignol.

Il est quelques puissans que de leurs dons célestes
Les dieux prennent plaisir d'orner:
L'orgueil à ceux-là seuls pourrait se pardonner;
Mais ceux-là sont les seuls modestes.
LAMOTTE, les deux Livres.

Quels que soient les talens dont la faveur céleste
Ait daigné composer ton lot,
Loin de t'en prévaloir, ô mortel! sois modeste:
L'être le plus parfait n'a-t-il pas son défaut?
AGNIEL, le Paon et le Coq.

MOEURS.

Contre les moeurs du siècle on se récrie en vain.
Corrige-t-on le genre humain?
STASSART, les Etoiles et le Soleil.

On recueille, suivant ses moeurs, L'amitié, l'amour ou la haine.
DU TREMBLAY, le Lapin et le Porc-Epic.

Jamais ne pourront vivre ensemble
Ceux dont les moeurs n'ont rien qui se ressemble.
PERRAULT, le Foulon et le Charbonnier.

... En vain l'âge s'avance:
Ni l'âge, ni l'expérience,
Ne peuvent corriger nos moeurs.
LE BAILLY, le Brocheton.

MOINE.

Tout homme est homme; et les moines surtout.
LA FONTAINE, l'Ermite.

MOISSONNER.

Il faut que le labour précède la moisson.
LENOBLE, la Cigale et la Fourmi.

Le bien ou le mal se moissonne,
Selon qu'on sème ou le mal ou le bien.
LAMOTTE, le Tyran devenu bon.

MOMENT.

Les momens sont bien chers à la guerre, en amour.
VOLTAIRE, l'Éducation d'un Prince.

MONDE.

Le monde est vieux, dit-on; je le crois; cependant
Il le faut amuser encor comme un enfant.
LA FONTAINE, le Pouvoir des Fables.

... La moitié du monde a toujours mangé l'autre.
Ainsi Dieu le voulut, et c'est pour notre bien.
VOLTAIRE, le Lion et le Marseillais.

Le monde est un passage infesté de brigands;
Mais les petits voleurs travaillent pour les grands.
FORMAGE, le Rat, la Belette, le Renard et le Loup.

MOQUERIE.

Tel s'égaie aux dépens d'autrui,
Qui ne s'aperçoit pas que celui-là qu'il berne
Avec plus de raison peut se moquer de lui.
F. DE NEUFCHATEAU, le Cochon et le Rat.

Il ne sied pas d'ailleurs à qui ne sait rien faire
De se moquer des gens qui savent travailler.
LE BAILLY, le Voltigeur et le Cul-de-jatte.

MORALE, MORALISTE.

Prêcher bonne morale est très-bien fait sans doute;
Mais voulez-vous qu'on vous écoute,
Joignez l'exemple à la leçon.
GRENUS, le Chien prédicateur.

... Tout est bon au moraliste,
NIVERNAIS, le Hérisson.

La morale sans doute est l'ame de la fable;
C'est une fleur qui doit donner son fruit.
LAMOTTE, le Renard prédicateur.

La morale est un champ fertile
Que jamais nous n'épuiserons.
AUBERT, Prologue du livre I.

MORDRE.

A mordre on n'a plus goût, quand les dents sont usées.
F. DE NEUFCHATEAU, la Lupiade, chant I.

MORT, MORTS.

Défendez-vous par la grandeur,
Alléguez la beauté, la vertu, la jeunesse;
La mort ravit tout sans pudeur.
Un jour le monde entier accroîtra sa richesse.
Il n'est rien de moins ignoré:
Et, puisqu'il faut que je le die,
Rien où l'on soit moins préparé.
LA FONTAINE, la Mort et le Mourant..

Hormis les dieux, tout être est soumis à la mort.
DU HOULLAY, l'Aigle et le Chasseur.

La mort ne surprend pas le sage;
Il est toujours prêt à partir,
S'étant su lui-même avertir
Du temps où l'on se doit résoudre à ce passage.
LA FONTAINE, la Mort et le Mourant.

... Pour les malheureux la mort a ses plaisirs.
LA FONTAINE, la Cruche.

Le malheur vainement à la mort nous dispose:
On la brave de loin; de près c'est autre chose.
J.-B. ROUSSEAU, la Mort et le Bûcheron.

Dans leurs palais pompeux la mort frappe les rois
Ainsi que les sujets à l'ombre de leurs toits.
DU HOULLAY, le Léopard et le Singe.

Le plus semblable aux morts meurt le plus à regret.
LA FONTAINE, la Mort et le Mourant.

... La mort est la fin de tout ce qui respire:
Mais de périr par un assassinat,
La connaissance est un martyre
Qui met le comble à l'attentat.
HAUMONT, le Campagnard et les Dindons.

... La mortelle faux n'observe pas les rangs.
LENOBLE, le Renard et le Loup.

... La mort s'avance:
Les grands ni les petits n'échappent à ses lois.
ANDRE CHENIER, le Rat de ville et le Rat des champs.

Tel de la mort rit et plaisante,
Qui tremble, qui frémit, dès qu'elle se présente.
PERRAULT, le Vieillard et la Mort.

Tout est mis au niveau par la Parque ennemie:
Elle frappe et ne choisit pas.
AUBERT, le Jeu d'Échecs.

La mort, on le sait bien, ne fait grace à personne;
Partout, hélas! jeunes ou vieux,
Sa redoutable faux à son gré nous moissonne.
STASSART, le Cheval belliqueux.

Tôt ou tard, à la mort chacun doit son tribut.
ARNAULT, les Barons, les Oiseaux et les Artistes.

On meurt comme l'on a vécu.
LEBRUN, le Loup à l'agonie.

Tel qui sort de chez soi, n'est pas sûr d'y rentrer.
LEBRUN, le Loup pris dans un piège.

La mort, quand il lui plaît, pour hâter le voyage,
Survient sans vous en avertir;
Vous expédie une dispense d'âge;
Et, sans délai, vous contraint de partir.
LEBRUN, la Mort et la jeune Fille.

Le mérite à la mort ne saurait nous soustraire.
LEBRUN, le Chien, le Valet et le Maître..

Hâtons-nous, demain nous mourrons.
LENOBLE, Minos et la Mort.

... Sous l'éclat dont il brille,
Tel homme paraît sans égal,
Jusqu'au moment triste et fatal
Qui pour jamais nous déshabille.
ARNAULT, les deux Dindons.

Les morts n'emportent rien au ténébreux séjour.
LEBRUN, le Prodigue et l'Avare.

Qui croit mourir demain se tient sur le qui-vive
LAMOTTE, Minos et la Mort.

La mort n'est point un mal ....
LAMOTTE, le Phénix et le Hibou.

MOT.

... Quand le mot est bien trouvé,
Le sexe à la chose pardonne.
LA FONTAINE, le Tableau.

Mots dorés font tout en amour.
LA FONTAINE, le Pâté d'anguille.


MOUVEMENT.

D'un premier mouvement craignons la violence.
STASSART, le Savant et le Singe.

D'un premier mouvement qui n'a point à rougir?
STASSART, le Chien de chasse.

Au coeur qui jamais ne repose,
Le mouvement est un point principal.
DU TREMBLAY, la jeune Fille et son Chat.

... Ne suivons jamais le premier mouvement,
Ni de l'amour, ni de la haine.
LEBRUN, la Désobéissance louable.

MOYEN.

... Un moyen, s'il est bon,
A plusieurs est bien préférable.
STASSART, la Mort-aux-Rats._

MULTITUDE.

La multitude est prompte à se venger.
NIVERNAIS, le Dindon.

MUSE.

... Toute muse est une belle
Qui n'aime que les jeunes gens.
F. DE NEUFCHATEAU, Epilogue.

MYSTERE.

Ceux qui travaillent sous terre
Se dérobent aux témoins;
Mais souvent leurs propres soins
Font découvrir le mystère.
NIVERNAIS, la Taupe._

--- N ---

NAISSANCE.

... Il est doux d'être né quelque chose.
DU TREMBLAY, l'Instituteur et son Elève.

... Chaque mortel
Au seul hasard doit sa naissance.
LE BAILLY, le Roi, son Fils et l'Esclave.

NATION.

... Sans haïr les autres nations,
On peut aimer et respecter la sienne.
FLORIAN, la Poule de Caux.

NATURE.

Nature est une bonne mère.
JAUFFRET, les Oiseaux et la Clochette.

Aux lois de la nature, amis, soumettons-nous;
Toujours sa volonté l'emporte sur la nôtre.
ARNAULT, le Fer et l'Aimant.

La nature, en ses dons sagement inégale,
N'en rend que mieux justice à ses nombreux enfans.
LE BAILLY, Jupiter, le Lynx, etc.

Tout dans la nature est parfait.
HAUMONT, l'Ecolier, et le Précepteur..

Parlez toujours ainsi que parle la nature,
O vous! chargés du soin de réformer nos moeurs:
Pour captiver l'oreille et subjuguer les coeurs,
Il n'est point de route plus sûre.
LE BAILLY, le Renard prédicateur.

En ornant trop la nature,
On en éteint les facultés.
NIVERNAIS, la Queue du Paon.

... De la sage nature
Gardez-vous bien de mépriser les lois.
Mme JOLIVEAU, l'Education hâtive.

La nature aime à voiler ses secrets,
A se jouer des indiscrets.
Mme JOLIVEAU, les deux Corbeaux et la Corneille.

La nature n'a point fait d'êtres superflus;
Car tout sort de sa main au coin de la sagesse,
Et le ciron, lui-même, a son utilité.
DU HOULLAY, le Platane et les deux Voyageurs.

Le plaisir et la peine, et les biens et les maux,
Se balancent dans la nature.
DU TREMBLAY, la Fièvre.

Tous les présens de la nature
S'offrent également pour toute créature
Qui sait en faire son profit.
HAUMONT, le Papillon et l'Abeille.

... Quoi que dans nos coeurs imprime la nature,
Son trait ne s'efface jamais.
LENOBLE, la Chatte-femme.

Il faut vouloir ce que veut la nature.
LAMOTTE, l'Orme et le Noyer.

Il faut à la nature être toujours fidèle.
LAMOTTE, le Renard et le Chat.

Les images de la nature
Sont les avis de la raison.
F. DE NEUFCHATEAU, l'Eau et la Barque.

A notre oisiveté la nature s'oppose:
Avec empressement il faut toujours remplir
La tâche qu'elle nous impose.
STASSART, l'Enfant, sa Mère et la Rose.

La nature, par qui l'homme est fait ce qu'il est,
Nous pétrit comme bon lui semble;
Dans les plus grands hasards si celui-ci se plaît,
Au moindre bruit celui-là tremble.
LENOBLE, le Lièvre et les Grenouilles.

La raison quelquefois gourmande la nature;
Mais la dernière a souvent le dessus.
LEBRUN, le Milan, le Singe et le Chat.

Au fond des antres et des bois,
La nature à nos coeurs fait entendre sa voix;
La nature jamais n'est tout-à-fait muette.
AUBERT, les deux Hiboux et le Pélican.

... O nature, nature!
A plaider contre toi, quand tu séduis nos sens,
L'éducation la plus pure
A bientôt perdu tout son temps.
AUBERT, la Poule et les petits Canards.

Contre dame nature on une saurait rien faire.
LENOBLE, le Baudet et le petit Chien.

... La nature ne fait rien
Qui ne soit bon à quelque chose.
NIVERNAIS, la jeune Linotte.

La nature est partout variée et féconde.
LAMOTTE, le Moqueur.

Fuyons, fuyons ces gens qui par caprice,
De la nature osent frauder les droits,
Se font un jeu d'en violer les lois,
Et portent enfin l'injustice
Jusqu'au point,d'étouffer sa voix.
LAMOTTE, le Moqueur.

On ne peut vaincre la nature.
LEBRUN;, le Valet devenu Maître.

On ne change point de nature.
STASSART, le Corbeau qui couve.

En vain de la nature on cherche à se défaire.
LENOBLE, la Chatte-femme.

On ne refait point la nature.
GINGUENE, le Cheval et l'Ane.

Ecartez-vous un peu de la nature,
Vous finirez par l'outrager.
NIVERNAIS, l'Origine des Pigeons ramiers.

NATUREL.

Il se moque de tout: certain âge accompli,
Le vase est imbibé, l'étoffe a pris son pli:
En vain de son train ordinaire
On le veut désaccoutumer;
Quelque chose qu'on puisse faire,
On ne saurait le réformer.
Coups de fourches ni d'étrivières,
Ne lui font changer de manières;
Et, fussiez-vous embâtonnés,
Jamais vous n'en serez les maîtres. Qu'on lui ferme la porte au nez,
Il reviendra par les fenêtres.
LA FONTAINE, la Chatte métamorphosée.

Le naturel ne saurait se changer.
FORMAGE, le Nègre.

... Le naturel ne peut se corriger.
JAUFFRET, Zéphir et Borée.

... Le naturel l'emporte sur la peur.
A. NAUDET, le Renard et le Loup.

Sur le retour, même au printemps de l'âge,
Méprisez l'affectation:
Le naturel est toujours de saison;
Dans tous les temps il fut le modèle du sage.
HAUMONT, la Minaudière surannée.

Il est des naturels que rien n'améliore.
F. DE NEUFCHATEAU, la Vulpéïde, chant II.

... Le cours naturel paraît toujours trop lent.
LENOBLE, l'Ane malade.

NECESSITE.

... La nécessité ne connaît pas de loi.
LEMONNIER, le Dervis.

S'assure-t-on sur l'alliance
Qu'a faite la nécessité?
LA FONTAINE, le Chat et le Rat.

Conserve donc ton ame pure,
Même dans la nécessité?
LENOBLE, le Bûcheron et Mercure.

Dans la nécessité tout doit être permis.
LEBRUN, le Brochet et la Perche.

NECESSAIRE.

Il en faut revenir toujours au nécessaire.
LA FONTAINE, la Fiancée du roi de Garbe.

NEGLIGE.

... Un homme d'importance
En négligé n'est jamais respecté.
LOMBARD DE LANGRES, Berthe.

NOBLESSE.

Il est des hommes sots et vains;
N'estimant que leurs parchemins,
Ils cherchent dans la nuit des âges,
Tout leur mérite. Il est sans doute heureux
D'avoir des ancêtres fameux;
Mais il faut au moins, ce me semble,
Pour s'en targuer, qu'on leur ressemble.
STASSART, l'Ane et l'Oie.

Noblesse est une affiche, or l'affiche n'est rien.
LEMONNIER, les Cruches.

Par les forfaits on voit la noblesse avilie.
LEMONNIER, les Cruches.

NOCHER.

C'est le nocher qui gouverne la barque,
Non le possesseur du vaisseau.
LAMOTTE, le Conquérant et la pauvre Femme.

NOM.

En vain l'on prend un nom qui plaît à tout le monde,
Si l'on ne se sent pas de quoi le soutenir;
Le faux nom qu'on a pris ne sert qu'à nous ternir.
LENOBLE, le Rossignol et le Coucou.

NOUVEAU, NOUVEAUTE.

C'est le nouveau seul qui peut plaire
Aux goûts blasés sur le vrai beau.
F. DE NEUFCHATEAU, le Livre et la Presse.

La nouveauté se peint toujours en beau.
HAUMONT, le Merle et la Pie.

La nouveauté parfois fait aimer la rudesse.
FLORIAN, le Renard qui prêche.

La nouveauté toujours
Doit séduire les bêtes.
GOSSE, les Canards et le Héron.

NUIRE.

De celui dont la pente est de nuire toujours,
On ne doit point espérer du secours.
PERRAULT, le Renard et la Ronce.

Nuire à son bienfaiteur, c'est se nuire à soi-même.
AGNIEL, le Hêtre et les Loirs.

Ce qui sert à 1'un nuit à l'autre.
F. DE NEUFCHATEAU, la Cire et la Brique.

Pour nuire, il n'est jamais de petits ennemis.
A. NAUDET, le Fermier et les Moineaux-francs.

Le dernier des hommes peut nuire
Fort souvent à plus grand que soi.
LENOBLE, le Rat et le Taureau.

NUIT.

La nuit tous chats sont gris ....
LEBRUN, le Chat et la Chatte vengée.

... Les nuits heureuses,
Vous le savez, passent comme un moment.
PARNY, Alcibiade converti.

--- O ---

OBEISSANCE.

Homme, si tu prétends être obéi par l'homme,
Obéis toi-même à des lois.
NIVERNAIS le Sage et l'Abeille.

Mieux vaut céder à sa famille
Que d'obéir à ses valets.
GUTTINGUER, le Lion, le Basset et la Pie.

OBLIGER.

Il faut, autant qu'on peut, obliger tout le monde.
LA FONTAINE, le Lion et le Rat.

Obliger promptement, c'est obliger deux fois.
LE BAILLY, le Chêne et le Pélican.

Oblige quand tu peux; mérite que l'on t'aime.
F. DE NEUFCHATEAU, le Fermier et son Fils.

Chacun oblige l'opulent
Et fait la moue à l'indigent.
A. RIGAUD, le Secret.

Ne différons jamais d'obliger le prochain,
Car on n'a pas toujours occasion pareille.
LE BAILLY, le Roi de Perse et le Courtisan.

OBSCURITE.

... L'homme obscur est l'homme heureux.
NIVERNAIS, la Génisse sacrifiée.

Préférons notre obscurité
Au dangereux honneur de gouverner les hommes.
STASSART, le Daim, le Porc, etc., etc.

C'est dans l'obscurité que se font les grands coups.
COUPE DE ST.-DONAT, le Hibou.

OBSTACLE.

Pour franchir tout obstacle, avec un coeur constant
Il faut joindre un esprit docile.

LEBRUN, le Temple de la Gloire.

OBTENIR.

Vieille femme n'obtient plus rien.
FLORIAN, la Fable et la Vérité.

OCCASION.

Quand l'occasion se présente,
Il faut la saisir aux cheveux,
Sans quoi, la déesse inconstante
N'est qu'un brillant éclair qui fascine nos yeux.
COUPE DE ST.-DONAT, l'Occasion.

Voilà l'occasion: qui la laisse échapper
Ne saurait plus la rattraper.
LE BAILLY, l'Occasion manquée.

L'occasion qui rit soudain doit être prise.
LENOBLE, le Pêcheur et le petit Poisson.

OCCUPER.

Sachez vous occuper, vous préviendrez l'ennui.
HAUMONT, l'Homme riche et le Paysan.

OFFENSE.

On n'offense jamais les dieux impunément.
LEBRUN, Diane et Actéon.

Vous qui, présumant trop d'une haute puissance,
Méprisez, insultez un plus faible que vous,
Songez que pour venger une sensible offense
Il n'est point de petit courroux.
LENOBLE, le Rat et le Taureau.

Vous ne serez jamais de bons chrétiens,
Si votre coeur ne pardonne l'offense;
Chapitre trois, saint Paul aux Corinthiens.
ROCHEMONT, le Sermon.

Qu'un héros est content et qu'il trouve d'appas
A se mettre au-dessus de l'offense!
LENOBLE, le Lion et la Grenouille.

OISIVETE.

L'oisiveté, dit-on, des vices est la mère.
LE BAILLY, le Gouvernail et les Rames.

L'affreux poison du vice atteint une ame oisive.
A. RIGAUD, le Bloc de marbre.

C'est dans l'oisiveté que fermente le crime.
HAUMONT, le Loup et le Boeuf.

Pour censurer l'oisiveté,
Il faut, par des travaux plus grands et plus utiles,
Avoir instruit, charmé, servi l'humanité.
GUINGUENE,, la Cigale et les autres Insectes.

... La vertu même alimente le crime,
En nourrissant l'oisiveté.
F. DE NEUFCHATEAU, les Juges et le Mendiant.

... Gens oisifs ne s'enrichissent guère.
DUCERCEAU, les Bottes de foin.

OMBRAGEUX.

L'ombrageux est moins difficile
A gouverner que l'imbécile.
NIVERNAIS, le Cheval et son Maître.

ONCLE.

Un oncle sans enfans marche à la sépulture
D'un pas que le neveu trouve toujours trop lent.
LENOBLE, la Pie héritière.

OPINION.

C'est souvent du hasard que naît l'opinion,
Et c'est l'opinion qui fait toujours la vogue.
LA FONTAINE, les Devineresses.

De son opinion chacun est idolâtre.
LAMOTTE, les Lunettes.

... Avec un très-bon coeur,
Des moyens de couler les jours les plus prospères,
Pour des opinions qui n'intéressent guères,
On risque souvent son bonheur.
DU TREMBLAY, le Hibou et le Linx.

OPPOSE.

... On ne voit sous les cieux
Nul animal, nul être, aucune créature,
Qui n'ait son opposé; c'est la loi de nature.
LA FONTAINE, la Querelle des Chiens et des Chats.

OPPRESSION.

Le faible est fort quand on l'opprime. NIVERNAIS, le Loup et les Lapins.

Ne perdez pas l'espoir, innocens qu'on opprime
Des favorables dieux le secours vous est dû.
LEBRUN, Arion et le Dauphin.

... Un peuple qu'on opprime
Ne gémit pas toujours en vain.
AGNIEL, le Berger et la Brebis.

En luttant contre l'oppresseur,
Faites à celui-ci rendre son héritage;
Arrachez cet autre au malheur.
LOMBARD DE LANGRES, l'Oiseau plumé.

OPULENCE.

L'opulence éblouit; peut-être est-elle à plaindre
Autant que l'indigence elle-même est à craindre.
F. DE NEUFCHATEAU, le Fermier et son Fils.

Souvent les talens, la science,
Font divorce avec l'opulence.
HAUMONT, le Philosophe et le Prince.

OR.

Maudite soif de l'or, source de mille crimes,
Qui ne connais ni frein, ni justice, ni loi,
Combien ne t'es-tu pas immolé de victimes!
Est-il rien de sacré pour toi?
Quel sang n'oses-tu point répandre;
Que ne fais-tu pas entreprendre
Aux coeurs des perfides mortels!
LEBRUN, Arion et le Dauphin.

... L'or, ici-bas, est le suprême bien;
Lui seul, lui seul est tout, la science n'est rien.
GOSSE, le Tremblement de terre.

Avec de l'or on supplée au courage.
LOMBARD DE LANGRES, le Gage de bataille.

... L'or fait faire bien des choses
Dont jamais, sans son aide, on ne viendrait à bout.
LENOBLE, le Vice et la Vertu.

... L'or n'est pas sans alliage.
F. DE NEUFCHATEAU, le Testament.

L'or va chercher parfois l'ignorance titrée.
GOSSE, le Tremblement de terre.

... L'or a toujours raison.
DORAT, les trois Frères.

ORACLE.

Tout oracle est douteux et porte un double sens.
LA FONTAINE, les Filles de Minée.

ORAGE.

Souvent le plus beau jour finit par un orage.
HAUMONT, l'Oiseau et le Destin.

OREILLE.

Si ventre à jeun n'a point d'oreille,
Les grands en ont encore moins
Pour tout ce qui s'oppose à ce que leur conseille
La fureur du plaisir, seul objet de leurs soins.
PIRON, le Rossignol.

ORGUEIL.

Orgueil! orgueil! c'est par toi qu'on oublie,
Vertus, devoirs: par toi tout a péri.
FLORIAN, le Cheval d'Espagne.

L'orgueil toujours nous conduit de travers;
Il n'est pas gai, de plus il nous ennuie.
FLORIAN, la Poule de Caux.

L'orgueil, l'intérêt, la folie,
Troubleront toujours l'univers.
FLORIAN, Epilogue du livre V.

Les rêves de l'orgueil sont de courte durée.
A. NAUDET, le Ballon et le Buisson.

... L'orgueil, l'aveugle ambition,
Perdent souvent les êtres qui prétendent
S'élever, sans talens, aux grades supérieurs,
Parvenir, sans vertus, au faîte des grandeurs.
HAUMONT, les Oiseaux de nuit.

L'orgueil, les fureurs, la folie,
Consument en douleurs le moment de la vie.
FLORIAN, les deux Lions.

L'orgueil est père de l'erreur.
FORMAGE, le Chien qui porte une sonnette.

C'est dans l'esprit borné que l'orgueil prend sa source.
HAUMONT, le Taureau, le Cheval et le Renard.

L'orgueil humilié n'est jamais en repos;
Il cherche un vengeur dans le crime.
STASSART, l'Aigle et le Milan.

Bonheur produit orgueil en tous temps; c'est la règle.
GOSSE, le Cerf-volant.

En fait d'orgueil, tous les hommes sont rois.
LAMOTTE, le Lion et le Renard.

... L'orgueil qui nous transporte
Jusqu'à nous faire batailler
Avec gens de trempe trop forte
Est un bien mauvais conseiller.
NIVERNAIS, le Bélier et le Taureau.

Homme, qui que tu sois, d'un orgueil téméraire
Que toujours la raison sache arrêter l'élan.
DU HOULLAY, le Mont orgueilleux.

En vain le sot orgueil s'applaudit et s'admire.
LAMOTTE, les deux Sources.

L'orgueil bas et jaloux s'irrite
De trouver en autrui la vertu, le mérite.
HAUMONT, les Oiseaux de nuit.

Au mortel insensé qu'un sot orgueil domine,
La fortune, souvent réserve un cruel sort:
Chemin couvert de fleurs le mène à sa ruine.
STASSART, le Boeuf gras.

La vertu n'est qu'un nom, mais l'orgueil est un être,
Sous ce nom fastueux, facile à reconnaître.
AUBERT, le Loup.

A la jeunesse on montre en vain l'écueil
Signalé par l'expérience;
Contre lui tous les jours va se briser l'orgueil.
A. NAUDET, les Chariots.

Quelque peu d'amour-propre est sans doute fort bon;
Mais l'orgueil qui le suit nous brouille la cervelle.
A. RIGAUD, le Sansonnet.

L'orgueil, l'ambition, divisent les Etats.
JAUFFRET, la Diète des Oiseaux.

... L'orgueil n'entend pas raison.
JAUFFRET, la Pie.

Partout l'orgueil se réfugie.
DE F. DE NEUFCHATEAU, le Bandeau de Plutus.

.... Quiconque sait se connaître,
Avec l'orgueil d'autrui renonce à contester.
F. DE NEUFCHATEAU, le Paon et la Grue.

On aime à voir pleurer les orgueilleux.
NIVERNAIS, la Fille orgueilleuse.

Celui-là perd son temps, qui pense qu'il éclaire
L'orgueilleux ébloui de sa propre lumière.
Mme JOLIVEAU, la Luciole.

Grace à leurs puissans protecteurs,
Ici, que d'orgueilleux esclaves
Prennent de petits airs railleurs,
Et même parfois font les braves!
STASSART, le Lièvre et le Chien de chasse.

ORIGINE.

Le ciel tire souvent ce qu'on voit de plus beau
De la plus obscure origine.
DU TREMBLAY, la Goutte d'eau.

OSER.

Osons au lieu de raisonner.
ARNAULT, l'Aigle et le Chapon.

OSTENTATION.

... Un peu d'ostentation
Vient toujours se mêler au luxe qu'on déploie.
F. DE NEUFCHATEAU, le Vautour et le Lion.

OUBLI.

Tout change, tout vieillit, tout périt, tout s'oublie;
Mais qui peut oublier ses premières amours?
GINGUENE, le vieux Rossignol.

OUTRAGE.

Des outrages qu'on a reçus
Effacer la triste mémoire,
C'est une sagesse aux vaincus,
Comme aux vainqueurs c'est une gloire.
F. DE NEUFCHATEAU, la Lupiade, Chant I.

Tel, gorgé de nos dons, sans pudeur nous outrage:
Plus il reçoit de nous, moins il est satisfait.
JAUFFRET, le Chêne et les Oiseaux.

... Le murmure est lui seul un outrage.
A. NAUDET, le Sultan et l'Esclave.

OUVRAGE.

... Tout plan mal conçu fait un mauvais ouvrage.
Mme JOLIVEAU, la Lionne et l'Ours.

... Une oeuvre utile,
Des coeurs reconnaissans obtient un juste prix;
L'ouvrage méchant ou futile
N'engendre que haine ou mépris.
DU TREMBLAY, l'Araignée et l'Abeille.

Les ouvrages de longue haleine
Plaisent rarement; et jamais
De la cervelle la plus saine
Il n'en est sorti de parfaites.
LEBRUN, la Biche et la Chèvre.

OUVRIER.

... A l'oeuvre on connaît l'ouvrier, nous dit-on.
LAURENCIN, la Puce et la Fourmi.

--- P ---

PAIX.

La paix est un des plus grands biens.
LEBRUN, Périape et les Arbres.

Le plus grand de tous les bienfaits
C'est la paix.
LE BAILLY, le Conseil du Lion.

La paix est fort bonne de soi:
J'en conviens; mais de quoi sert-elle
Avec des ennemis sans foi?
LA FONTAINE, les Loups et les Brebis.

... La colère passe,
La guerre unit, la haine lasse,
La paix est un présent des dieux.
F. DE NEUFCHATEAU, la Lupiade, chant II.

Quelque sacrifice qu'on fasse,
La paix dédommage de tout.
F. DE NEUFCHATEAU, la Brebis et le Buisson.

La vertu de la paix nous fait seule jouir.
FLORIAN, la Colombe et son Nourrisson.


Entre deux coeurs ambitieux,
Inquiets, mutins, envieux,
La paix ne peut être durable.
LEBRUN, l'Aigle et le Dragon.

PANEGYRIQUE.

Tout panégyrique est suspect:
Celui des grands l'est davantage.
F. DE NEUFCHATEAU, l'Aigle et le Paon.

PARASITE.

Un parasite est un être odieux.
A. DE MONTESQUIOU, les deux Guis.

PARDON.

Nous nous pardonnons tout, et rien aux autres hommes.
LA FONTAINE, la Besace.

... Un pardon n'a pas toujours l'effet
Qu'un coeur généreux se propose.
LENOBLE, le Lion et la Grenouille.

Souvent des dieux l'indulgence pardonne;
L'homme puissant ne pardonne jamais.
PARNY, Alcibiade converti.

On pardonne aisément le mal involontaire.
DE LA BOUTRAYE, le Chauve et la Mouche.

Quand on voit d'un amant les pleurs, le repentir,
Et qu'on aime, on pardonne avec bien du plaisir.
HAUMONT, la Villageoise et l'Habitante de la ville.

Les gens d'un doux tempérament,
Quand ils sont irrités, pardonnent moins que d'autres.
AUBERT, Télamon et Zirphé.

PARENS.

Nos parens ont sur nous un pouvoir despotique:
Puisqu'ils nous ont fait naître, ils sont pour nous des dieux.
VOLTAIRE, les trois Manières.

PARESSE.

... La jeunesse
A grande pente à la paresse.
LENOBLE, les Corbeaux et les Aiglons.

Trop souvent la paresse est la mère du crime.
AGNIEL, le Hêtre et les Loirs.

PARFAIT.

... Sur la terre il n'est rien de parfait.
DU TREMBLAY, Philopoemen.

... Il n'est rien de parfait ici-bas.
LEBRUN, le Cygne et le Héron.

Un ouvrage parfait est au-dessus des hommes.
GOSSE, le Connaisseur.

PARFUM.

Le parfum est aux fleurs ce qu'est l'esprit aux belles.
GOSSE, la Tulipe et la Violette.

PARJURE.

Quiconque à son pays osa faire une injure,
Doit marcher malgré soi de parjure en parjure.
F. DE NEUFCHATEAU, le Repentir de Bourbon.

La bouche n'est pas seule organe du parjure;
Quelquefois, sans mot dire, on trahit encor mieux.
F. DE NEUFCHATEAU, le Renard et le Bûcheron.

PARLER.

De bonnes gens il est beaucoup
Qui prendraient Vaugirard pour Rome;
Et qui, caquettant au plus dru,
Parlent de tout, et n'ont rien vu.
LA FONTAINE, le Singe et le Dauphin.

Trop parler nuit, pour l'ordinaire.
HAUMONT, le Merle et la Pie.

Il est bon de parler et meilleur de se taire;
Mais il faut parler juste et surtout à propos.
A. RIGAUD, la Pendule.

Du langage c'est abuser
Que de parler pour ne rien dire.
LAMOTTE, la Chenille et la Fourmi.

Chez nous, des gens d'esprit aux sots
Souvent la seule différence
Est de savoir parler ou se taire à propos.
A. NAUDET, le Perroquet et les Enfans.

Aux puissans avec modestie
Parlez, sans les pousser à bout;
Et sachez perdre une partie,
Plutôt que de risquer le tout.
F. DE NEUFCHATEAU, le Lion, le Loup et le Renard.

PAROLES.

... Auprès d'une beauté,
Paroles ont des vertus nonpareilles:
Paroles font en amour des merveilles.
LA FONTAINE, l'Oraison de saint Julien.

PART.

La part qu'on garde est la plus sûre.
ARNAULT, le Laboureur et son Fils.

PARTAGE.

Chacun son fait; nul n'a tout en partage.
LA FONTAINE, le Muletier.

D'ordinaire entre amis le gâteau se partage.
AGNIEL, les Voyageurs, le Vieillard et l'Orange.

Je ne connais de biens que ceux que l'on partage.
FLORIAN, l'Enfant et le Dattier.

Avec un plus puissant que toi
Ne va point te lier pour entrer en commerce,
A son seul intérêt il mesure sa foi;
Et les projets dont il te berce
N'aboutissent jamais qu'à faire tout pour soi.
Sous un appât trompeur à sa suite il t'engage;
Mais, d'un profit commun après qu'il t'a flatté,
Le plus fort venant au partage
Met toujours tout de son côté.
LENOBLE, le Lion et les autres Animaux.

PARTI.

Victime d'un parti, dans le parti contraire
On trouve des amis; c'est la règle ordinaire.
COUPE DE ST.-DONAT, les trois Philosophes.

PARVENIR, PARVENUS.

Joindre l'impudence à l'adresse
Est le moyen de parvenir.
PIRON, le Roitelet.

Souvent les parvenus se sont trop oubliés.
ARNAULT, les Sabots de Polichinelle.

Parvenus, qui toujours faites les insolens,
Et dont l'orgueil nous importune,
Vous vous perchez bien haut: croyez-vous être grands?
Gare aux revers de la fortune.
STASSART, le Roitelet et les Oiseaux.

PAS.

Le plus dangereux pas est toujours le dernier.
LEMONNIER, Gros Colas.

PASSIONS.

Les passions toujours mènent au précipice;
A les fuir prudemment le sage se soumet.
STASSART, le Chevreuil et la Biche.

Pour satisfaire un aveugle caprice,
Rien ne coûte à la passion.
FORMAGE, l'Avare et l'Envieux.

Sous une perfide apparence,
Les passions trompent de l'innocence
La crédule simplicité.
LEBRUN, Europe et le Taureau.

Nous courons, séduits par l'espoir,
Où la passion nous appelle,
Et nous trouvons ... le pot au noir.
DU TREMBLAY, le Colin-Maillard.

... Nos folles passions,
Nos coupables ambitions
Ne s'éteignent souvent dans nos sens, dans notre ame,
Que lorsqu'en nous l'âge et les sens
Ont perdu leur vigueur et leur active flamme.
GUTTINGUER, le Tigre et le Lion devenu vieux.

Quand même on croit avoir une fois triomphé
D'une passion qu'on déteste,
On sent qu'au fond du coeur le même penchant reste,
Et qu'il ne peut être étouffé.
LENOBLE, la Chatte-Femme.

Les passions font tout, en tous tant que nous sommes;
Réglons-les seulement; ne les étouffons point;
Elles ont tout appris aux hommes.
LAMOTTE, la Baleine et l'Américain.

Résistons courageusement,
Quand la passion nous entraîne.
LEBRUN, la Désobéissance louable.

Dans la passion qui le guide
L'homme, par la raison, devrait se modérer.
LENOBLE, la Mouche et la Marmite.

Vive des passions l'éloquence soudaine:
Ne cherchons point ailleurs l'air vif, original;
L'esprit les imite avec peine,
Encor le plus souvent les imite-t-il mal.
LAMOTTE, les deux Pigeons.

PATRIE.

... En lettres de feu, l'amour de la patrie,
L'amour de nos enfans et de la liberté
Dans nos coeurs sont empreints par la Divinité.
A. RIGAUD, les Fourmis.

... Votre patrie est aussi notre mère;
Et quiconque, envers elle, oublira ses devoirs,
Doit périr dans l'opprobre et dans le désespoir.
F. DE NEUFCHATEAU, le Repentir de Bourbon.

Où l'on est bien, on trouve sa patrie.
HAUMONT, l'Hirondelle et le Moineau.

Comme il l'entend chacun sert la patrie.
LOMBARD DE LANGRES, l'Oiseau plumé.

Avant tout sauvons la patrie.
STASSART, les Loups, le Chien et le Troupeau.

Tout à l'amour, et tout à la patrie.
LOMBARD DE LANGRES, le Conscrit.

PATIENCE.

Patience et longueur de temps
Font plus que force ni que rage.
LA FONTAINE, le Lion et le Rat.

... Patience et douceur
Font obtenir tout ce que l'on désire.
FLORIAN, le Chien de chasse.

La patience vient à bout
De tout.
DU TREMBLAY, la Souris et le Linot.

Le plus modéré perd à la fin patience.
LEBRUN, les deux Chiens.

La patience est bien souvent
La seule ressource du sage.
NIVERNAIS, la Mule et le Dromadaire.

PAUVRE, PAUVRETÉ.

La pauvreté n'est pas un déshonneur.
VOLTAIRE, Ce qui plaît aux Dames.

... Pour peupler les Etats,
Les pauvres gens valent mieux que les princes.
VOLTAIRE, Ce qui plaît aux Dames.

La plus obscure pauvreté
Est un trésor, quand elle assure
Un grand bien, la sécurité,
Un plus grand bien la liberté.
GINGUENE, l'Ours et les quatre Animaux.

La pauvreté sans cesse est l'objet du mépris.
HAUMONT, l'Eléphant et les autres Animaux.

Vers le crime, souvent, le pauvre est entraîné.
F. DE NEUFCHATEAU, le Fermier et son Fils.

Pour être pauvre, on n'est point insensible.
A. RIGAUD, Heur et Malheur.

Voir sous un même toit habiter pauvreté
Et probité,,
N'est pas chose commune.
LENOBLE, le Bûcheron et Mercure.

Qui du riche et du grand voit le péril extrême,
Aime le bien modique et la pauvreté même.
PERRAULT, l'Ane et le Cheval.

Le pauvre qu'enferme une hutte,
Vit paisible et sans crainte, en vivant sans désirs,
Tandis que le riche est en butte
Aux chagrins dont le persécute
Le souhait des grandeurs, ou l'appât des plaisirs.
LENOBLE, le Chêne et la Roseau.

L'unique pauvreté, dont le sot s'épouvante,
Vit exempte de trouble, en vivant sans désirs,
Et dans un doux repos, de soi-même contente,
Goûte de solides plaisirs.
LENOBLE, le Rat de ville et le Rat de village.

PAYEUR.

A bon payeur on fait bonne mesure.
LA FONTAINE, à Femme avare Galant escroc.

PAYS.

Chaque pays a sa pensée.
LA FONTAINE, la Souris métamorphosée.

PEINDRE.

Chacun veut être peint urne fois en sa vie.
LAMOTTE, le Portrait.

Chacun se peint dans ce qu'il fait.
LEBRUN, le Valet devenu Maître..

Il faut quelques détails pour bien peindre un seul fait.
F. DE NEUFCHATEAU, Prologue du livre VII.

L'ami peint trop en beau, l'ennemi trop en laid.
Mme JOLIVEAU, les deux Peintres.

L'amour-propre, de son métier,
Est ami des portraits; cet art qui nous copie
Semble aussi nous multiplier.
LAMOTTE, le Portrait.

PEINE.
Pour un coeur délicat, accablé par le sort,
La peine a des douceurs, la tristesse a des charmes;
Aux plaisirs les plus vifs il préfère les larmes,
Avec volupté même, il contemple la mort.
DU HOULLAY, la Tourterelle et la Pie.

La peine est pour les sots, le plaisir pour, les sages.
LENOBLE, le Ciconeau et l'Oiseleur.

La peine de très-près suit toujours les forfaits.
DU HOULLAY, l'Oiseleur et la Vipère.

Quoique marchant d'un pas lent et boiteux,
La peine arrive et saisit le coupable.
A. RIGAUD, le Singe.

Quand on a de la peine on n'est pas grand jaseur.
DU TREMBLAY, les deux Moineaux.

... La peine qui nous affole,
A l'aide du temps peut finir,
Et nous devons encor bénir
La nature qui nous console.
DU TREMBLAY, la jeune Fille et son Chat.

PENCHANT.

D'un penchant dangereux que notre ame s'épure:
Craignons de le laisser mûrir;
Il en coûte pour s'en guérir,
Autant qu'à vaincre la nature.
DU TREMBLAY, les Bohémiens.

Discours sensés n'ont guère d'efficace
Contre un penchant qui prend sa source au coeur:
Il est de feu, la raison est de glace.
Jugez quel sera le vainqueur.
NIVERNAIS, la Fille orgueilleuse.

Il est de doux penchans qu'on s'obstine à garder.
AUBERT, Epilogue du livre VIII.

Sur nos mauvais penchans la victoire est peu sûre;
Ils ne sont qu'assoupis, nous les croyons vaincus.
LEBRUN, le Milan, le Singe et le Chat.

La justice se tait à la voix du penchant.
DU TREMBLAY, l'Ane et son Maître.

... D'un méchant
Il n'est serment qui puisse enchaîner le penchant.
DU HOULLAY, le Loup et la Brebis.

Sur les penchans du coeur c'est en vain qu'on raisonne,
Ils sont souvent un caprice du sort.
DU TREMBLAY, la jeune Fille et le Chat.

PENSEE.

Le marbre peut s'user; le bronze peut périr;
La pensée et l'esprit sont exempts de mourir.
F. DE NEUFCHATEAU, Prologue du livre X.

PENSER.

... Que faire en un gîte, à moins que l'on ne pense.
LA FONTAINE, le Lièvre et les Grenouilles.

Nous serions tous bien empêchés,
Si l'on parlait comme l'on pense.
LAMOTTE, le Bonnet.

PERDRE.

L'on perd bien souvent tout, en voulant trop avoir.
DE LA BOUTRAYE, le Chasseur et les deux Lièvres.

On perd ce que l'on tient, quand on veut gagner tout.
FLORIAN, le Chat et les Rats.

Nous perdons tout en perdant qui nous aime.
LOMBARD DE LANGRES, l'Oiseau plumé..

Se perd souvent qui trop se presse.
COUPE DE ST.-DONAT, Lockman.

Perdre qui nous nourrit, c'est un double malheur.
ARNAULT, les Barons, les Oiseaux et les Artistes.

La cause de notre grandeur,
Peut l'être aussi de notre perte.
ARNAULT, la Fusée.

On s'expose à tout perdre, en voulant trop avoir.
LE BAILLY, le Paysan et le Singe.

... On perd plus qu'on ne gagne
A changer de condition
JAUFFRET, la Grenouille et les Oiseaux.

On perd souvent ce qu'on possède,
En poursuivant ce qu'on n'a pas.
JAUFFRET, l'Epervier désappointé.

Ce qu'on ne peut plus recouvrer,
il faut le savoir perdre ....
F. DE NEUFCHATEAU, les trois Maximes.

L'on peut se perdre soi-même,
Pour perdre son ennemi.
F. DE NEUFCHATEAU, le Serpent et la Guêpe.

PERE.

Tout père frappe à côté.
LA FONTAINE Jupiter et les Tonnerres.

Un père est toujours père, et quand sa main châtie,
Son coeur en est plus tendre, et plus près du pardon.
AUBERT, la Force du sang.

Tout bon père se flatte, et pense que ses fils,
Du même sang formés, seront toujours amis.
CHAMPFORT, le Riche et le Pauvre.

C'est le fait d'un bon coeur, comme d'un bon esprit,
De ne pas rougir de son père.
ARNAULT, les Sabots de Polichinelle.

... Chacun tient de son père.
VOLTAIRE, le Dimanche.

PERFIDIE.

... Souvent la perfidie
Retombe sur son auteur.
LA FONTAINE,, la Grenouille et le Rat.

Rarement on voit réunis
La perfidie et le courage.
A. RIGAUD, le Renard et les Castors.

Élever un homme perfide,
C'est élever son homicide.
PERRAULT, la Poule et l'Hirondelle.

Qu'un ennemi s'annonce avec la haine ouverte;
On peut le fuir ou le braver:
Mais quel rempart peut-on trouver
Contre un perfide ami dont la fraude est couverte?
LE BAILLY, le Berger et le Chien.

PERIL.

... Aux grands périls tel a pu se soustraire
Qui périt pour la moindre affaire.
LA FONTAINE, le Lion et le Moucheron.

Songer à ses amis, dans un péril extrême,
C'est fort bien, mais il faut s'en garantir soi-même.
HAUMONT, le Chardonneret, les Oiseaux et le Chasseur.

Dans un commun péril chacun doit voir le sien.
Mais tandis que 1'un dort, que plus loin l'autre crie,
D'autres plus courageux vont sauver la patrie.
Mme JOLIVEAU, le Loup, les deux singes et le Cochon.

Le péril réunit ceux que l'humeur divise.
NIVERNAIS, le Loup et les Mâtins.

Des grands périls qu'on a courus,
On tire ce profit, qu'on n'y retombe plus.
PERRAULT, le Chien et le Loup.

Dans un péril pressant pourquoi de vains discours?
Votre ami, pour sortir d'affaire,
Attend de vous un prompt secours.
F. DE NEUFCHATEAU, le Loup et le Renard.

PERSEVERANCE.

Tout finit par céder à la persévérance,
A. RIGAUD, les deux Papillons.

Il ne suffit pas qu'on commence
A rentrer dans le bon chemin;
Il faut avec courage aller jusqu'à la fin;
Le point essentiel c'est la persévérance.
LEBRUN,, le Milan, le Singe et le Chat.

PERSONNAGE.

N'est pas qui veut un personnage.
DE LA BOUTRAYE, le Voiturin et le Passant.

PETITS.

Où la guêpe a passé, le moucheron demeure.
LA FONTAINE., le Corbeau voulant imiter l'Aigle.

Les petits, en toute affaire,
Esquivent fort aisément:
Les grands ne le peuvent faire.
LA FONTAINE, le Combat des Rats et des Belettes.

Plus d'un ruisseau devient torrent,
Pour peu que le ciel le seconde.
STASSART, le Torrent et l'Arbrisseau.

Petit poisson deviendra grand,
Pourvu que Dieu lui prête vie;
Mais le lâcher, en attendant,
Je tiens pour moi que ce n'est que folie.
LA FONTAINE, le Pêcheur et le petit Poisson.

Petits princes, videz vos débats entre vous;
De recourir aux rois, vous seriez de grands fous.
Il ne les faut jamais engager dans vos guerres,
Ni les faire entrer dans vos terres.
LA FONTAINE, le Jardinier et son Seigneur.

Veux-tu t'épargner du chagrin,
Fais-toi si petit, sois si nain,
Que, sous l'¦il même de l'envie,
Tu puisses passer ton chemin.
DU TREMBLAY, la Gageure.

... Entre nos ennemis,
Les plus à craindre sont souvent les plus petits.
LA FONTAINE, le Lion et le Moucheron.

... De tout temps,
Les petits ont pâti des sottises des grands.
LA FONTAINE, les deux Taureaux et la Grenouille.

On a souvent besoin d'un plus petit que soi.
LA FONTAINE, le Lion et le Rat.

Le trépas éteint les petits
Sans bruit, sans en laisser l'ombre la plus légère;
Les grands, avec fracas brisés comme le verre,
Ne laissent après eux que d'odieux débris.
AUBERT, les Bulles de savon et la Fiole.

Les petits sont faits pour les grands.
LEBRUN, les Défauts palliés.

... De tout temps
Les petits ont été la victime des grands.
LEBRUN, la Fouine, le Renard et le Loup.

Malheur aux plus petits, c'est le dîné des gros.
LAMOTTE, le Feu d'artifice et les Poissons..

Des temps, des lieux, bien souvent l'avantage
Des plus petits élève le courage.
PERRAULT, l'Agneau et le Loup..

C'est aux petits à se contraindre.
LEBRUN, le Lion, le Renard et le Boeuf.

Les petits aux revers, dont le coup nous accable,
Sont moins exposés que les grands.
LEBRUN, le Pin et le Roseau.

... Vous, qu'un peu trop bas,
La fortune au hasard a placés sur la terre,
Consolez-vous: dans sa colère,
La foudre au moins ne vous atteindra pas.
A. NAUDET, l'Aigle et le Roitelet.

Les petits sont toujours la pâture des grands;.
A. NAUDET, le vieux Brochet.

Un petit corps souvent loge un esprit altier.
LE BAILLY, les deux Cirons.

... Les petits servent aux grands
Ou de jouet ou de pâture.
LENOBLE,, le Loup et l'Agneau.

Petits, les grands périls ne vous regardent pas.
LAMOTTE, les deux Lézards.

Quand les petits gênent les grands,
Leur affaire est bientôt faite.
GUTTINGUER, les Renards et les Bûcherons.

Les petits sont enclins à médire des grands.
F. DE NEUFCHATEAU, les Grues.

La raison des petits semble un outrage aux grands.
F. DE NEUFCHATEAU, le Pommier, le Poirier et la Ronce.

Un grand sans doute est redoutable
Dans l'excès de sa passion;
Mais du petit la fureur implacable,
Lorsque le fanatisme aveugle sa raison,
Marche d'un pas rapide à la destruction.
Mme JOLIVEAU, la Proscription et le Rappel des Moineaux.

Petits, à vous prenez bien garde:
Sur le bon droit soyez fondés, ou non,
L'injustice devient une loi naturelle;
N'ayez avec les grands ni procès, ni querelle;
Vous avez toujours tort, ils ont toujours raison.
LEBRUN, le Seigneur et le Lion.

Les grands au monde ont été mis,
Dit-on, pour aider les petits,
Et les petits sont sur la terre
Pour les amuser et leur plaire.
GINGUENE, l'Oiseau à la mode.

PEUPLE.

Le peuple, inconstant ct volage,
De son état présent n'est jamais satisfait.
LENOBLE, Jupiter et les Grenouilles.

Il faut servir le peuple afin de plaire au prince.
F. DE NEUFCHATEAU, l'Intendant et le Maire.

Bons ou mauvais, tout peuple a ses usages,
Ses moeurs, son génie et ses lois.
BOINVILLIERS, l'Ours de Berne.

Le peuple a, de tout temps, aimé les sacrifices;
Il va, comme au spectacle, assister aux supplices.
F. DE NEUFCHATEAU, le Boeuf gras.

Craignez du peuple la vengeance,
Quand on le foule injustement.
HAUMONT, l'Homme et le Serpent.

Sous les rois vicieux,
Les peuples sont licencieux.
LEBRUN, le Lion, le Renard, et le? Boeuf..

PEUR.

... La plus forte passion
C'est la peur: elle fait vaincre l'aversion;
Et l'amour quelquefois; quelquefois il la dompte.
LA FONTAINE, le Mari, la Femme et le Voleur.

La peur grossit les objets.
AGNIEL, le Loup, le Berger et son Troupeau.

... Dans la peur, réfléchit-on?
LENOBLE, les Lièvres et les Grenouilles.

La peur, chez les méchans, tient lieu de probité,
A. RIGAUD, le Loup, l'Agneau et les Bergers.

Lorsqu'un a peur, on est fort doux.
VOLTAIRE, les trois Manières.

Quand on a peur, tout orgueil s'humanise.
VOLTAIRE, la Bégueule.

PHILOSOPHE, PHILOSOPHIE.

Un philosophe, en cour, est d'un très-mince aloi.
HAUMONT, le Philosophe et le Prince.

La bonne philosophie
Sert à tout et ne nuit à rien.
NIVERNAIS, les deux Profils.

... La philosophie
Doit être de jouir de cette triste vie,
De chercher le plaisir; qui s'en passe est bien fou.
ANDRIEUX, le Rat de ville et le Rat des champs.

PIEGE.

Souvent un piège est caché sous la fleur.
Mme JOLIVEAU, les Plantes et les Insectes.

PIERRE PHILOSOPHALE.

Sans or, vivre satisfait
De son modique héritage;
Supporter avec courage
Quelques revers imprévus;
Sans faire tête à l'orage,
Attendre qu'il ne soit plus;
Par le charme des vertus
Embellir notre passage,
Et ne point s'effaroucher
Quand nous voyons s'approcher
Du Styx la barque fatale,
C'est avoir, sans la chercher,
La pierre philosophale.
AGNIEL, la Pierre philosophale.

... Savoir, se passer d'or
C'est la pierre philosophale.
STASSART, le Philosophe et l'Alchimiste.

PIQUER.

Il ne faut point piquer qui peut nous écraser.
LENOBLE, la Puce et la Pucelle.

PIRE.

En voulant mieux trouver, souvent on trouve pire.
GRENUS, l'Agneau gourmand.

Il ne faut pas d'un mal retomber dans un pire.
GRENUS, la Royauté.

On fait pis en voulant mieux faire.
JAUFFRET, la Corneille.

PITIE.

On ne peut émouvoir la pitié d'un barbare.
HAUMONT, l'amitié de l'Ours et du Loup.

Point de pitié pour tout corsaire.
DE LA BOUTRAYE, le Chauve et la Mouche.

PLACE.

... Chez l'humaine race,
La gloire, l'amitié, la fortune, et l'amour,
Ne sont pas toujours à leur place.
DU TREMBLAY, le Lièvre et la Tortue.

Mettons à leur place les gens,
Et tout ira le mieux du monde.
NIVERNAIS, les deux Chiens de, chasse et le Manant.

PLAIDER.

... L'huître est pour les juges,
Les écailles pour les plaideurs.
LA FONTAINE, les Frélons et les Abeilles.

Le gain même, en plaidant, conduit à l'indigence.
LENOBLE, le Vautour, le Rat et la Grenouille.

... On ne plaide pas quand on n'a point d'argent.
LOMBARD DE LANGRES, le Canonnier.

On aime à plaider sur la terre.
F. DE NEUFCHATEAU, le Plaisir et la Peine.

PLAINDRE, PLAINTE.

Que sert-il d'être plaint, quand l'ame est envolée?
LA FONTAINE, les Filles de Minée.

Je plains souvent les gens, rarement je les blâme;
S'ils ne sont point d'un caractère heureux,
Je dis, on n'eut pas l'art de façonner leur ame;
C'est un talent et rare et précieux.
DU TREMBLAY, l'Instituteur et son Elève.

Tel qui se plaint au ciel, dans sa vive douleur,
Du sort le plus affreux, dont le destin l'accable,
Ne voit pas que lui-même il fut impitoyable,
Et qu'il a mérité cet excès de rigueur.
HAUMONT, l'Hirondelle et le Moucheron.

La ressource du faible est la plainte secrète.
F. DE NEUFCHATEAU, le Conseil des Animaux.

A la plainte toujours se mêle un peu d'envie.
A. NAUDET, la Fortune et le Mendiant.

La plainte de nos maux accroît la violence.
JAUFFRET, les deux Chiens.

Même quand de ses dons on nous voit abuser,
Nous fatiguons le ciel d'une plainte importune.
JAUFFRET, le Malheureux et la Fortune.

PLAIRE.

L'aiguillon le plus vif est le désir de plaire.
F. DE NEUFCHATEAU, le Fermier et son Fils.

C'est peu de servir 1'homme, il faut encor lui plaire.
FLORIAN, le Rhinocéros et le Dromadaire.

Dans ce monde, voulez-vous plaire?
Ne parlez à chacun que de sa propre affaire,
De ses besoins, de ses projets,
Des autres rarement, de vous-même jamais.
GINGUENE, la Conversation des Oiseaux..

De l'amour en effet naît le désir de plaire,
Si voisin du désir de se faire estimer.
AUBERT, les Voeux.

Avant que de songer à vous faire estimer,
Grands, commencez par plaire à tous tant que nous sommes.
AUBERT, l'Ours et le Chien.

De plaire à tous quiconque ambitionne,
Beaucoup se peine, et ne plaît à personne.
PERRAULT, le Père, son Fils et l'Ane.

Ce qui nous plaît, on aime à l'entendre redire.
A. NAUDET, la Coquette et le Miroir.

Ce n'est pas plaire assez que de plaire à demi.
LE BAILLY, Prologue du livre I.

Il vaut mieux plaire que servir.
LAMOTTE, l'Ane.

Que faut-il donc pour plaire aux princes?
Préparer la louange avec habileté,
Et ne jamais parler, du malheur des provinces.
STASSART, le Renard.

On plaît par des défauts plus que par des vertus.
Mme JOLIVEAU, les deux Perroquets.

PLAISANS.

... Toujours le vulgaire, aux savans
Préfère les mauvais plaisans.
STASSART, l'Eléphant, la Guenon et leur Conducteur.

Mauvais plaisans parfois ont une fin tragique.
A. RIGAUD, l'Ours et le Singe.

PLAISIR.

Le seul plaisir est ce l'on que souhaite.
LA FONTAINE, les Rémois.

... Fi du plaisir
Que la crainte peut corrompre.
LA FONTAINE, le Rat de ville et le Rat des champs.

Plaisir trop vif ne se peut endurer.
DU TREMBLAY, le Plaisir et la Douleur.

Des plaisirs séducteurs la dangereuse ivresse,
Des amis vicieux la caressante voix,
Souvent de la vertu font oublier les lois.
A. RIGAUD, le Bloc de marbre.

Pour un coeur vide il n'est pas de plaisir.
FLORIAN, le Chien de chasse.

Les biens et les plaisirs sont fragiles et courts.
LEBRUN, le Libertin et la Pendule.

Il n'est qu'un seul plaisir, c'est d'avoir des amans.
FLORIAN, la Tourterelle et la Fauvette.

Du don de la sagesse on peut bien être épris;
On peut être tenté surtout d'une couronne;
Mais les seuls vrais plaisirs, c'est l'amour qui les donne.
F. DE NEUFCHATEAU, le nouveau Jugement de Pâris.

... Tous les maux qu'en un mois l'on endure
Sont effacés par un jour de plaisir,
Et l'important c'est de ne pas mourir.
FLORIAN, le Tourtereau.

Plaisir vaut mieux que profit.
NIVERNAIS, les jeunes Canards.

... Chacun à sa manière
Est libre d'avoir son plaisir.
FLORIAN, Don Quichotte berger.

... Plaisir et liberté
Valent bien sotte vanité.
A. RIGAUD, les petits Camarades.

Conduite, sagesse et prudence,
Sont oubliés pour les plaisirs.
HAUMONT, la Maladie et la Santé.

Eh! qui peut s'arracher au plaisir sans douleur?
DU TREMBLAY, Polichinelle.

Plaisir d'amour ne donne le trépas.
LOMBARD DE LANGRES, le Conscrit.

... Les plus innocens sont les plus doux plaisirs.
LEBRUN, le Vautour et la Colombe.

Le chemin du plaisir offre à l'oeil enchanté,
Sur un gouffre profond, d'une brillante glace
Le miroir transparent;
D'un pied léger il nous faut, en courant,
Effleurer l'argentine et trompeuse surface.
DU HOULLAY, la Mouche et le Vase de liqueur.

Nous suivons son aile légère:
Elle nous charme, nous séduit;
Nous le pressons, il est détruit,
Et notre coeur se désespère.
DU TREMBLAY, l'Enfant et le Papillon.

... Combien de mortels, sur le malheur des autres,
Ont froidement calculé leurs plaisirs!
AGNIEL, le Nid de Fauvettes.

Hélas! combien de fois la jeunesse volage,
En suivant le plaisir a perdu le bonheur!
A. RIGAUD, la Chevrette et ses Petits.

... Il est peu de plaisir sans douleur.
VOLTAIRE, le Dimanche.

... Donnons au plaisir les rapides momens
De notre existence éphémère.
GRENUS, le Rat de ville et le Rat des champs.

On n'aime le plaisir qu'à mesure qu'il coûte.
LENOBLE, le Miroir.

De plaisir sur ses pas sème toujours des fleurs;
Mais bien fou qui se lie à ses appas trompeurs.
Mme JOLIVEAU, les deux Sources.

Par le plaisir l'homme est conduit.
AGNIEL, les deux Ruisseaux.

Le plaisir que l'on chérit tant,
A la douleur semble contraire;
De l'un à l'autre on voit pourtant
Que le passage est nécessaire:
On les dirait entre eux liés étroitement,
Tant leur succession est prompte et régulière!
AUBERT, Socrate et ses Disciples.

PLEURS.

Toujours un peu de faste entre parmi les pleurs.
LA FONTAINE, la Matrone d'Ephèse.

Quand on pleure, on a pardonné.
A. DE MONTESQUIOU, l'Acheteur.

Pleurer ensemble est moins affreux.
STASSART, les deux Chardonnerets.

Faire pleurer est beaucoup pire
Que de donner sujet de rire.
PERRAULT, la Pie et les Oiseaux.

Le crocodile aussi verse des pleurs.
STASSART, le Remords inutile.


PLUME.
... L'on déshonore sa plume
En la trempant dans du poison.
FLORIAN, l'Auteur et les Souris.

La plume a fait cent fois plus de mal que 1'épée.
ARNAULT, l'Epée et la Plume..

POISON.

Plus un poison se dissimule,
Plus le coup en est dangereux.
LENOBLE, le Pitaud et le Bouquin.

... Dans tous les cas,
Fût-ce même pour se défendre,
Il est fort dangereux d'employer le poison.
STASSART, la Mort-aux-Rats.

POLICE.

Pour suivre des méchans la ligue ténébreuse,
Pour déjouer leurs complots odieux,
La police toujours doit avoir, de bons yeux,
Mais sans se montrer querelleuse,
Sans effrayer les potentats,
Car police trop ombrageuse
Devient le fléau des Etats.
STASSART, le Fermier et les Chiens de basse-cour.

POLITESSE.

... L'aimable politesse
Est bien presque une vertu.
A. RIGAUD, la Pie et le Chardonneret.

Je veux de l'indulgence ou de la politesse,
C'est la parure des vertus.
FLORIAN, le Hérisson et les Lapins.

La politesse est le partage
De tous les gens bien appris.
HAUMONT, le Chat, le Rat et la Souris.

POLITIQUE.

... La politique
Est le premier talent des rois.
FLORIAN, l'Education du Lion.

POLTRON.

Il n'est, on le voit bien, si poltron sur la terre,
Qui ne puisse trouver un plus poltron que lui.
LA FONTAINE, le Lièvre et les Grenouilles.

Armez jusqu'aux dents un poltron,
En aura-t-il plus de courage?
Lors même qu'à vos yeux il fait le fanfaron,
C'est qu'il se voit encor loin du champ de carnage.
STASSART, le Cerf et le Faon.

En vain de pied en cap vous armez un Thersite,
D'un Achille il ne peut revêtir la valeur.
DU HOULLAY, le Faon et le Cerf.

Les poltrons n'ont jamais, pour calmer leurs alarmes,
Ni d'assez bons remparts, ni d'assez bonnes armes.
PERRAULT, le Cerf et le Faon.

... Souvent un poltron
Démonterait un fanfaron,
S'il l'osait regarder en face.
LENOBLE, le Lièvre et les Grenouilles.

Il n'est donc ...
Poltron qui ne rencontre un plus poltron que soi.
LENOBLE, le Lièvre et les Grenouilles.

... La terre abonde
De ces gens brillans au caquet,
Fiers de langue, mais que le monde
Connaît pour poltrons en effet.
LENOBLE, le Loup et le Bouc.

POMPE.

Une pompe étrangère a de quoi nous séduire.
LE BAILLY, le Cadran solaire.

POPULACE.

La populace est la plus forte.
VOLTAIRE, le Dimanche.

... Un rien, une grimace
Suffit pour amuser la sotte, populace.
STASSART, l'Elephant et la Guenon.

POUVOIR.

Le pouvoir de l'homme est immense.
ARNAULT, les Bulles de savon.

C'est une dangereuse amorce
Qu'un pouvoir trop illimité.
NIVERNAIS, le Bélier dangereux.

... Dans le torrent des révolutions,
Le pouvoir est flottant au gré des factions.
F. DE NEUFCHATEAU, le Chameau.

Il faut dans un état qu'un seul pouvoir ordonne.
F. DE NEUFCHATEAU, Apollon et Cybèle.

... Le pouvoir
Ne produit pas tout seul l'obéissance;
Intrigue, fuite ou trahison,
Quand il est seul, savent lui tenir tête:
Il faut, pour que rien ne l'arrête,
Qu'il s'unisse avec la raison.
NIVERNAIS, le Lion et l'Eléphant.

... Le pouvoir et la grandeur,
Sans l'amitié ne font pas le bonheur.
A. NAUDET, l'Aigle et le Roitelet.

PRATIQUE.
En cuisine, en finance, et même en politique,
La science est beaucoup, mais moins que la pratique.
COUPE DE ST.-DONAT, les deux Rats.

PRECAUTION.

... Des précautions, quelquefois l'excès nuit,
Et l'on ne prévoit pas toujours ce qui s'ensuit.
F. DE NEUFCHATEAU, la Vulpéïde, Chant II.

PREFERENCE.

Que de malheurs sont arrivés,
Peuples et rois, vous le savez,
Pour une injuste préférence!
NIVERNAIS, le Dindon.

PREJUGES.

On ne détruit pas aisément
Le préjugé, ni l'habitude.
LEBRUN, le Corbeau et le Cheval mort.

Afin que l'homme, un jour, pour guide ait la raison,
Il faut des préjugés affranchir la raison,
Quelque secousse peut devenir nécessaire.
Mme JOLIVEAU, le Feu à la Maison.

Des préjugés de la jeunesse
Presque toujours on se ressent.
LEBRUN, le Vase et son Maître.

Il est des préjugés vulgaires
Qu'on ne peut, sans danger, détruire tout d'un coup.
AGNIEL, l'Arbre et le Fermier.

PRENDRE.

... Tel est pris qui croyait prendre.
LA FONTAINE, le Rat et l'Huître.

PRESOMPTION.

Esprits présomptueux, souffrez
Que l'on vous parle avec franchise;
Sachez, vous qui vous admirez, Q(ne tout le monde vous méprise.
LEBRUN, le Renard et le Loup.

... La grande présomption
Fait, tout au moins, tourner en ridicule
Celui qu'elle rend trop crédule
Sur ses prétendus talens.
HAUMONT, le Taureau, le Cheval et le Renard.

PRETRE.

Les dieux sont bons, les prêtres sont cruels.
VOLTAIRE, les trois Manières.

Le prêtre, au nom des dieux, dévore les gigots,
Le feu les intestins, et le ciel la fumée.
DU HOULLAY, les Brebis et l'Homme.

Rien ne se perd entre les gens d'église.
LA FONTAINE, les Troqueurs.

En tout pays on peut craindre les prêtres,
PARNY, Alcibiade converti.

PREVOYANCE.

La prévoyance est vertu fort utile.
HAUMONT, les Fourmis et l'Alouette.

... Un peu de prévoyance est bonne, en tous les temps,
Surtout pour prendre femme et se mettre en ménage.
GRENUS, la Ponte prématurée.

... Heureux qui de prévoyance
Sait en sage homme se munir.
LENOBLE, le Lin, les Oiseaux et la Pie.

... Trop prévoir des malheurs,
C'est ajouter à des peines réelles.
LOMBARD DE LANGRES, le Conscrit.

... Il faut apprendre
A prévoir sagement les divers résultats.
STASSART, la Mort-aux-Rats.

Qui prévoit l'écueil, doit mettre son étude
A le fuir et n'y point toucher.
LENOBLE, le Lin, les Oiseaux et la Pie.

Tout homme, s'il n'est hébêté,
Doit songer à l'hiver, quand il est en été.
PERRAULT, la Fourmi et la Cigale.

Par une utile prévoyance,
Ranimons nos derniers instans.
DU TREMBLAY, les Ruines.

PRIERE.

Les dieux du malheureux écoutent la prière.
A. RIGAUD, le Manant et le Papillon.

PRISER.

Ce qu'on prise le plus est ce qui vaut le moins.
NIVERNAIS, l'Homme et le Baril.

PROBITE.

... A la fin le ciel récompense
L'homme de probité.
LENOBLE, le Bûcheron et Mercure.

PROCHAIN.

... Nous devons ménager le prochain.
AUBERT, Socrate et ses Disciples.

Il faut avoir soin du prochain, Quand on est sur la même couche.
DU TREMBLAY, les deux Melons.

... Parmi tous tant que nous sommes,
Nul n'a le droit de vexer son prochain:
La goutte d'eau que nous jette un voisin,
Nous semble un poids insupportable.
NIVERNAIS, le Roi observateur.

PRODIGUE.

Le prodigue imprudent à ses voeux qui se livre,
Vit comme s'il allait mourir;
Et l'avare, sans cesse empressé d'acquérir,
Comme s'il devait toujours vivre.
LEBRUN, le Prodigue et l'Avare.

Le prodigue indiscret court à bride abattue
Le droit chemin à l'hôpital.
LENOBLE, les Rats.

PROFIT.

... Des présens divers que nature nous fit,
Faisons chacun notre profit.
A. RIGAUD, la Tortue et le Lézard.

PROJETS.

On voit les injustes projets Demeurer toujours sans succès.
A. DE MONTESQUIOU, la Femme à Nicolas.

Par des plans bien conçus, des mesures bien prises,
Vous croyez voir un jour réussir vos projets:
Un rien, le moindre oubli peut de vos entreprises,
Faire évanouir le succès.
AGNIEL, les deux Négromans.

Dans ses projets un faquin réussit,
Tandis que dans les siens un honnête homme échoue.
LEBRUN, le Valet devenu Maître.

Dans un petit cerveau qui forme un grand projet,
N'enfante rien qu'une chimère,
S'il n'est pas en pouvoir d'en accomplir l'effet.
LENOBLE, les Souris et le Chat.

PROMESSE.

... Le péril passé, l'on ne se souvient guère
De ce qu'on a promis aux cieux:
On compte seulement ce qu'on doit à la terre.
LA FONTAINE, Jupiter et le Passager.

Promettre est un, et tenir est un autre.
LA FONTAINE, Promettre.

... Insensé qui se fie aux promesses
Que l'excès du malheur arrache à maintes gens.
DU HOULLAY, le Loup.

Il ne faut pas compter sur promesse légère.
HAUMONT, l'Enfant, les deux Arbres et le Pasteur.

Promesse de renard avec le vent s'envole.
A. RIGAUD, le Loup, le Renard, le Boeuf et la Brebis.

Promettre des monts d'or, faire mille caresses,
Quand de quelque besoin l'on se trouve pressé,
Et se rire de ses promesses,
Lorsque le péril est passé,
C'est ce qui tous les jours se pratique en ce monde.
LENOBLE, le Loup et la Grue.

Promesses et sermens passent pour des chansons;
Sot qui les tient, fou qui s'y fie.
LAMOTTE, la Rose et le Papillon.

PRONER.

Deviens Amphitryon, si tu veux qu'on te prône.
LE BAILLY, les deux Rats.

Si vous n'avez point de compère
Qui puisse vous prôner, vous-même prônez-vous.
STASSART, le Perroquet.

PROPHETE.

Aucun n'est prophète chez soi.
LA FONTAINE, Démocrites et les Abdéritains.

Nul n'est prophète en son pays.
GOSSE, le Serin aux îles Canaries.

... Nul n'est prophète chez soi.
STASSART, les deux Spéculateurs.

Nul, dit-on, n'est jamais prophète en son pays.
A. NAUDET, le Zèbre au marché.

PROSCRIT.

Pour sauver un proscrit, tenez tête à l'orage.
LOMBARD DE LANGRES, l'Oiseau plumé.

PROSPERITE.

... L'angoisse, la tristesse,
Sont compagnons de la prospérité.
LOMBARD DE LANGRES, le Gage de bataille.

Dans la prospérité, tout nous rit, tout est beau,
Mais dans l'adversité, c'est un autre tableau.
HAUMONT, le Roi d'Afrique et l'Esclave.

Malheur à quiconque s'oublie
Au sein de la prospérité!
Tombe-t-il dans l'adversité,
Loin de le plaindre, on l'humilie.
LE BAILLY, le Rat dans la Pagode.

S'enorgueillir dans la prospérité,
D'un parvenu c'est assez le système;
Mais au moindre revers, adieu sa vanité:
Les leçons de l'adversité,
Le contraignent bientôt à rentrer en lui-même.
AGNIEL, la Mule.

A la prospérité succède la détresse. Mme JOLIVEAU, le Piège.

PROVIDENCE.

... La Providence
Sait ce qu'il nous faut mieux que nous.
LA FONTAINE, Jupiter et le Métayer.

... La Providence est la commune mère;
Fiez-vous-y; mais ne la tentez pas.
LAMOTTE, le Corbeau et le Faucon.

Très-souvent ce qu'on croit être un coup du hasard,
Est un coup de la Providence.
JAUFFRET, la Fauvette et le Faucon.

Laissons agir la Providence,
Elle sait bien ce qu'il nous faut.
FORMAGE, le Cheval et Jupiter.

PRUDE.

Plutôt qu'une autre une prude est séduite.
FLORIAN, le Tourtereau.

PRUDENCE.

La prudence toujours doit régler la valeur.
JAUFFRET, le Dogue et le Barbet.

Amour! amour! quand tu nous tiens,
On peut bien dire « adieu prudence.»
LA FONTAINE, le Lion amoureux.

... Qu'importe un grand caractère,
Si la prudence ne l'éclaire?
STASSART, le Torrent et l'Arbrisseau.

C'est toujours après le danger
Que l'on se pique de prudence.
STASSART, le Rossignol et l'Hirondelle.

La prudence est bonne de soi;
Mais la pousser trop loin est une duperie.
FLORIAN, le Chat et le Moineau.

Sur tout ce qui nous environne
Ayons toujours les yeux ouverts.
NIVERNAIS, le Corbeau et le Coq.

Faute de force il faut employer la prudence..
LENOBLE, la Fourmi et le Ramier.

N'entrons jamais en nulle affaire,
Sans bien savoir par où nous pourrons en sortir.
NIVERNAIS, les deux Grenouilles.

Pour assurer votre existence,
Et pour éviter le malheur,
Défiez-vous de force et de grandeur,
Comptez plutôt sur la prudence.
HAUMONT, le Chat, le Rat et la Souris.

Même du bien que l'on nous fait,
Il faut user avec prudence.
DU TREMBLAY, l'Étourneau.

La prudence toujours doit nous servir de règle.
STASSART, l'Aigle et l'Epervier.

... Du plus sage, hélas! la prudence s'oublie.
A. NAUDET, le Renard et le Cerf.

La prudence jamais ne fut poltronnerie.
A. NAUDET, le Renard et le Cerf.

Dissimuler son impuissance,
Et ce que l'on ne peut avoir,
Se faire une vertu de ne le pas vouloir,
D'un politique adroit c'est un coup de prudence.
LENOBLE, le Renard et les Raisins.

Le prudent sait prévoir le danger, et s'en tire:
Le sot y succombe et périt.
LEBRUN, le Pêcheur, la Carpe et le Brochet.

La prudence, à la cour, est la vertu du sage.
JAUFFRET, le Lion et le Bouc.

PUDEUR.

L'avidité procure un sort heureux,
Quand la pudeur languit dans la misère!
DE LA BOUTRAYE, le Lion, le Voleur et l'honnête Homme.

PUISSANCE.

... Tout compté, mieux vaut en bonne foi,
S'abandonner à quelque puissant roi
Que s'appuyer de quelques petits princes.
LA FONTAINE, le Bossu et le Marchand.

On s'enivre de la puissance.
STASSART, le Trône de neige.

La puissance, il est vrai, ne fait pas le bonheur.
LE BAILLY, le Torrent et la Source.

La puissance qui nous retient,
Est souvent celle qui nous sauve.
ARNAULT, le Cerf-volant.

PUNIR, PUNITION.

... Les rois, à l'exemple des dieux,
Ne doivent punir qu'avec peine.
LEBRUN, la Reine des Abeilles et la Fourmi.

Tel de ses bons parens fait gémir la vieillesse,
Qui se fût conduit comme il faut
Si l'on eût puni son défaut,
Qu'on a traité de gentillesse.
DU TREMBLAY, le petit Garçon et son Chat.

Sans doute il faut punir, mais non pas égorger.
A. RIGAUD, la Justice et l'Humanité.

Qui punit bien, a bien moins à punir.
LAMOTTE, les Abeilles.

PUR.

... Ce qui n'est pas pur ne peut être excellent.
F. DE NEUFCHATEAU, la Vulpéïde, Prologue.

--- Q ---

QUALITES.

Nous n'apprécions bien les qualités des autres
Qu'en les y rencontrant plus conformes aux nôtres;
De là souvent, en eux ce qui nous plaît,
N'est pas toujours le plus parfait.
Mme JOLIVEAU, le Septicolor.

QUERELLE, QUERELLEURS.

Rois, n'attaquez jamais deux peuples en querelle,
Si vous ne voulez voir renaître entre eux la paix,
Et tomber sur vous seuls les traits
De leur haine mortelle.
DU HOULLAY, les deux Chiens et le Loup.

Tout querelleur trouve des ennemis.
NIVERNAIS, l'Echo.

QUITTER.

Les instans sont si courts, le temps passe si vite,
Lorsque jamais l'on ne se quitte.
A. NAUDET, les deux Moineaux.

--- R ---

RAILLER, RAILLEURS.

Ne raillons point les malheureux.
NIVERNAIS, le Lièvre pris et le Moineau.

De la société pour goûter les douceurs,
Proscrivez avec soin tous les mauvais railleurs.
HAUMONT, l'Ours et le Singe.

RAISON.

La raison décide en maîtresse.
LA FONTAINE, un Animal dans la Lune.

... La raison, d'ordinaire,
N'habite pas long-temps chez les gens séquestrés.
LA FONTAINE, l'Ours et le Jardinier.

La raison du plus fort est toujours la meilleure.
LA FONTAINE, le Loup et l'Agneau.

La raison, quelquefois, fait ce que fit l'instinct.
LAMOTTE, l'Ecrevisse qui se rompt une jambe.

La raison et le temps vont toujours de niveau.
A. DE MONTESQUIOU, le jeune Lièvre et sa mère.

... Dans un esprit léger,
Rarement la raison préside.
HAUMONT, le Chardonneret, les Oiseaux et le Chasseur.

Le bel esprit s'éclipse auprès de la raison.
ARNAULT, le Soleil et la Chandelle.

... Il est, dans ce monde
Trop dangereux d'avoir raison.
VOLTAIRE, le Dimanche.

Contre plaisir et répugnance, Raison perd toujours son procès.
LAMOTTE, l'Huître.

Que de l'homme ici-bas la faiblesse est étrange!
Sa raison si vantée est souvent en défaut:
Elle succombe au moindre assaut;
Un fantôme, un rien la dérange.
LEBRUN, l'Homme et la Mouche.

... C'est la raison,
Et non pas l'habit qui fait l'homme.
LEBRUN, le Singe habillé en Homme.

Pour les conseils de la raison, Jeune fille n'a pas d'oreille.
A. NAUDET, le Portrait de l'Amour.

Il faut, si la raison veut corriger les gens,
Qu'avec eux elle apprenne à rire.
AUBERT, la Pluie et le beau Temps.

Cette pauvre raison dont l'homme est si jaloux,
N'est qu'un pâle flambeau qui jette autour de nous
Une triste et faible lumière;
Par-delà c'est la nuit. Le mortel téméraire
Qui veut y pénétrer marche sans savoir où.
FLORIAN, les deux Persans.

Si vous avez de la finance,
Vous aurez tout, hors un seul point:
C'est la raison qui ne s'achète point.
NIVERNAIS, la Fontaine du Seigneur.

De la raison l'homme, en naissant,
Reçut le don pour son partage;
Il en est fier: pauvre avantage!
Il n'est jamais qu'un grand enfant.
DU TREMBLAY, le mauvais Enfant.

RAMPER.

Tel qui rampait s'élève et nous étonne.
LAMOTTE, la Chenille et la Fourmi.

RANG.

Nous naissons tous égaux; la nature ingénue
Ne reconnut jamais les rangs qu'on s'attribue,
Et de tous temps les confondit:
Mais le caprice humain les fit,
Et le hasard les distribue.
PIRON, la Noblesse.

Ce n'est pas le rang qui fait l'homme.
F. DE NEUFCHATEAU, Epilogue du livre II.

Pour les rangs les plus hauts soyons indifférens.
LEBRUN, le Pin et le Roseau.

RECHERCHE.

La recherche gâte l'esprit.
F. DE NEUFCHATEAU, la Poule trop grasse.

RECOMPENSE.

On doit récompenser les talens, les vertus.
A. RIGAUD, le Ministre.

RECONNAISSANCE.

En violant les lois de la reconnaissance,
On se déclare indigne des bienfaits:
De ce devoir rien ne nous dispense;
Ne nous en écartons jamais.
LEBRUN, le Lion et son Bienfaiteur.

Manquer à la reconnaissance,
Pour 1'homme n'est souvent qu'un jeu.
STASSART, les Voyageurs et le Platane.

Chez les grands, comptez peu sur la reconnaissance.
HAUMONT, le Renard et le Lion.

Doit-on de la reconnaissance
A qui donne des biens qu'il ne saurait garder?
STASSART, le Paon qui mue.

... J'aimerais assez qu'on fût reconnaissant.
LOMBARD DE LANGRES, l'Oiseau plumé.

Remercier la providence,
Pour ses dons journaliers, ses bienfaits précieux,
Est un devoir prescrit par la reconnaissance.
AGNIEL, le Coq et le Pourceau.

La prudence, le temps, un peu d'expérience,
Sont bons à consulter, même en reconnaissance!
GUTTINGUER, le Boeuf.

RECUEILLIR.

... Pour recueillir il faut avoir semé.
LEBRUN, le Chien et le Voleur.

RECULER.

L'on n'avance pas allant à reculons
LENOBLE, les deux Écrevisses.

REFLEXION.

... Réflexion et jeunesse
Ne s'unissent pas aisément.
NIVERNAIS,
le jeune Chien._

REFORMER.

A réformer des esprits faux

0n perd sa peine et son courage.
DU TREMBLAY, la Poulette.

Avec nos passions aux prises,
D'une sage réforme affichant le dessein,
Nous faisons des plans le matin,
Et le long du jour des sottises.
GRENUS, le Chat corrigé.

REFUS.

Qui fait demande, impertinente,
Doit attendre un sage refus.
LENOBLE, le Renard et le Singe.

Un refus aux puissans paraît ne avanie.
F. DE NEUFCHATEAU, les noces du Loup.

Si bon que soit un roi, d'un refus il s'irrite.
Mme JOLIVEAU, le Renard misanthrope.

REGLER.

Il faut régler ses mouvemens,
Sur ses moyens, non sur ses sentimens.
NIVERNAIS, l'Araignée et l'Hirondelle.

REGNER.

L'art de régner, cet art si difficile,
Est fondé sur l'amour, on l'a dit mille fois;
Mille fois les flatteurs qui corrompent les rois,
Ont rendu sur leur coeur ce précepte inutile.
AUBERT, l'Amour paternel.

Régner fut de tout temps un ennuyeux métier.
A. NAUDET, l'Aigle et le Roitelet.

REGRETS.

Nous laissons, en mourant, le monde tel qu'il est;
Compter sur des regrets, c'est compter sans son hôte.
LAMOTTE, Mercure et les Ombres.

Quelquefois les regrets suivent la jouissance.
A. RIGAUD, Mercure et les Animaux.

... Les fautes sont passagères,
Mais les regrets sont éternels.

A. RIGAUD, la Souris et sa Fille.

REMEDE.

Grand remède à grands maux; c'est la règle ordinaire.
STASSART, la Mort-aux-Rats.

REMORDS.

Celui qui fait le bien connaît-il le remords?
F. DE NEUFCHATEAU, le Jardinier et le Chien.

Malheur au fougueux caractère
Qui n'a pas le remords assis à ses côtés.
DU TREMBLAY, La Motte Houdard.

Les scélérats ont l'ame tourmentée
Par le remords des crimes qu'ils ont faits:
C'est le premier vengeur qui punit les forfaits;
C'est le vautour de Prométhée.
LEBRUN, le Tigre.

RENDEZ-VOUS.

Le plaisir de se voir aux amans est si doux,
Que l'on n'en reste pas au premier rendez-vous.
A. DE MONTESQUIOU, la Femme à Nicolas.

RENDRE.

Le bien, le mal se rend avec usure.
LA BOUTRAYE, la Panthère et les Bergers.

RENOMMEE.

Les grands poètes font les grandes renommées,
Qui ne sont pas toujours dans le temps confirmées.
F. DE NEUFCHATEAU, la Vulpéïde, Chant II.

Le bruit tant recherché que fait la renommée,
Pendant que nous vivons,n'est qu'un peu de fumée,
Et c'est bien moins encor quand nous ne vivons plus.
COUPE DE ST.-DONAT, Epilogue.

On perd à peu de frais la bonne renommée;
La mauvaise à chaque heure, est, hélas! confirmée.
DE LA BOUTRAYE, la Cloche et la Calomnie.

Une renommée éclatante
N'est pas toujours le prix d'un courage indompté.
JAUFFRET, le Cheval et le Mouton.

... Une fois établie,
La renommée en mal ne peut être abolie.
F. DE NEUFCHATEAU, le Dragon et les Lézards.

REPARER.

Mieux vaut réparer que bâtir.
DU TREMBLAY, les Ruines.

REPENTIR.

... De tous les tourmens le plus rude à sentir,
C'est l'inutilité d'un trop long repentir.
F. DE NEUFCHATEAU, le Repentir de Bourbon.

Le repentir toujours
Suit de folles amours,
Mais jamais il n'oppresse
Un coeur brûlant du feu d'une chaste tendresse.
DU HOULLAY, la Violette, le Zéphir, et la Rose.

... Que sert de se parer
De repentir, après l'injure,
Qui ne peut plus se réparer?
F. DE NEUFCHATEAU, l'Ours et son Ourse.

REPETER.

Nous répétons, de bouche ou par-écrit,
Ce que d'autres ont dit, et souvent après d'autres.
LAMOTTE, le Berger et les Echos.

REPOS.

... Après la peine on aime le repos.
LENOBLE, le Pêcheur et les Poissons.

Dans le repos nonchalander son ame,
Est le paradis des vieux jours.
DU TREMBLAY, le Chêne et les Lierres.

Ce n'est pas sous le chaume, encor moins sur le trône,
Qu'on jouit du repos, qu'on vit en sûreté.
AUBERT, la Linotte et son Nid.

Pour le repos qu'on goûte, on a fort peu d'égards.
GOSSE, les Canards et le Héron.

... Après avoir
Bien travaillé, fait son devoir,
Il est juste qu'on se repose.
LEBRUN, l'Amateur des jardins et son Ami.

Le repos et la liberté
Sont préférables aux richesses.
LEBRUN, le Riche et le Pauvre.

Vivre en repos, c'est vivre infortuné.
FLORIAN, le Cheval d'Espagne.

Si tu veux goûter le repos,
Sache vivre avec tes égaux.
Mme JOLIVEAU, le Mort vivant.

REPUTATION.

Dès qu'une fois elle est perdue,
La réputation ne se retrouve plus.
AGNIEL, le Renard mourant.

RESIGNATION.

La résignation adoucit nos malheurs.
FORMAGE, la Mouche résignée.

RESPECT.

Soyez méchant, l'on vous respecte,
Fussiez-vous un reptile ou le plus vil insecte.
STASSART, l'Anguille et le Serpent.

... Que ta première loi,
Si ton honneur se trouve en un péril extrême,
Soit de te respecter ...
STASSART, le Chien de Chasse.

RESSEMBLANCE.

Tout ce qui nous ressemble est parfait à nos yeux.
AUBERT, le Merle.

RETRAITE.

Pour nous soustraire aux alentours
Du vice, et des méchans qui le suivent toujours
La retraite est un port tranquille.
Séjour fortuné! doux asile!
C'est là que, loin des envieux,
L'homme est parfaitement heureux.
HAUMONT, l'Homme du monde et le Solitaire.

Vivre dans la retraite, est-ce donc vivre en sage?
AGNIEL, le Sansonnet et le Hibou.

La retraite a son avantage.
JAUFFRET, le Papillon et la Demoiselle.

REUSSIR.

... Le secret de réussir,
C'est d'être adroit, non d'être utile.
FLORIAN, les deux Chats.

On peut, sans se tacher, quelquefois réussir.
FLORIAN, l'Hermine, le Castor et le Sanglier.

On n'a pas droit de s'assurer
De réussir à tout ce qu'on voit faire.
NIVERNAIS, la Grue.

Pour réussir, ne brusquez pas.
COUPE DE ST.-DONAT, Lockman.

... On réussit rarement,
Lorsque l'on veut trop entreprendre.
LEBRUN, le Chien et les deux Lièvres.

En mille occasions que le hasard fait naître,
Pour réussir, 1'homme prudent
Doit s'appliquer à bien connaître
De quel côté tourne le vent.
AGNIEL, l'Horloge et la Girouette.

RICHE, RICHESSE, ENRICHIR.

... Ce que les hommes
Font marcher avant tout, dans le siècle où nous sommes,
Ce sont les biens, c'est l'or, mérite universel.
LA FONTAINE, les Filles de Minée.

... Le riche n'est pas le plus heureux des hommes.
HAUMONT, le Riche malade et le Pauvre en santé.

... L'on est riche sans richesse,
Sitôt qu'on ne souhaite rien.
LENOBLE, le Bûcheron et Mercure.

... Dans cette courte vie,
Le riche à l'indigent pourrait porter envie.
A. NAUDET, l'Avare et son Ami.

Le riche est-il heureux? Souvent tout le contraire;
Et l'éclat de la grandeur
N'en impose qu'au vulgaire.
HAUMONT, la Dame, le Chapelain et la Fermière.

Souvent pour la vertu le riche n'est pas né.
F. DE NEUFCHATEAU, le Fermier et son Fils.

Un riche extérieur, qui fascine les yeux,
Est un garant suspect d'un mérite solide.
LEBRUN, les deux Chevaux.

Riche, contre un bon mot on peut se rassurer.
STASSART, le Renard.

Le riche rarement accorde ses bienfaits
Au pauvre qui du sort est la triste victime.
HAUMONT, le Cerf chassé.

... La richesse
Ne vaut pas le calme du coeur.
NIVERNAIS, les deux Exilés.

L'or, les rubis décèlent la distance,
Et la richesse ajoute à la beauté.
LOMBARD DE LANGRES, Berthe.

Qui ne sait pas en faire un bon usage,
Ne mérite pas d'en avoir.
LEBRUN, Plutus et le Peuple.

La plus prompte richesse on la croit la meilleure.
LENOBLE, l'Ane malade.

Amasser de grands biens n'est pas chose facile.
FORMAGE, la Richesse et le Bonheur.

Pour qui veut s'enrichir, il n'est point de patrie.
LOMBARD DE LANGRES, la jeune Grecque.

Il ne faut point d'esprit ni de science,
Pour s'enrichir: nos docteurs en finance
Ont à peine le sens commun.
LEBRUN, l'Agioteur et la Fortune.

RIDICULE.

Le trait du ridicule atteint toujours son but.
Mme JOLIVEAU, le Singe bizarre.

Quand on se donne en ridicule,
Tout naturellement nous devons le saisir.
HAUMONT, la Minaudière surannée.

Dans l'âge heureux des graces, de l'amour,
Ridicule n'est rien, tout paraît agréable.
HAUMONT, la Minaudière surannée.

RIEN.

... Souvent on tire d'un rien
Le précepte le plus utile.
Un rien dans une main habile
Peut produire le plus grand bien.
NIVERNAIS, la Pierre et ses Inscriptions.

... Il vaut mieux, soit dit sans vous déplaire,
Passer son temps à ne rien faire,
Qu'à suer pour faire des riens.
NIVERNAIS, l'Ecureuil et l'Eléphant.

Rien n'est-il pas le prix de rien?
LAMOTTE, la Chenille et la Fourmi.

RIRE.

... Favorablement le rire nous dispose.
A. DE MONTESQUIOU, le petit Savoyard.

On cherche les rieurs, et moi je les évite.
LA FONTAINE, le Rieur et les Poissons.

... Le rire est tout près du pleurer.
DU TREMBLAY, le Plaisir et la Douleur.

Foin de celui qui va toujours riant!
Peine d'autrui ne le tourmente guère.
LOMBARD DE LANGRES, le Grenadier français.

Souvent la rage est dans le coeur,
Quand le rire est sur le visage.
ARNAULT, les Dauphins et les Harengs.

RIVAL.

Un rival sans talent partout voit un défaut,
Mais le blâme, en sa bouche, à louange équivaut
STASSART, la Chenille, l'Araignée et le Ver-à-soie.

Dans la rivalité jamais on ne s'accorde.
HAUMONT, les deux Chiens, le Loup et le Troupeau.

ROIS, PRINCES, MONARQUES, SOUVERAINS.

... Défiez-vous des rois;
Leur faveur est glissante: on s'y trompe; et le pire
C'est qu'il en coûte cher. De pareilles erreurs
Ne produisent jamais que d'illustres malheurs.
LA FONTAINE, le Berger et le Roi.

Le plus aimé des rois est toujours le plus fort.
FLORIAN, le Laboureur de Castille.

Le monarque prudent et sage
De ses moindres sujets sait tirer quelqu'usage.
LA FONTAINE, le Lion s'en allant en guerre.

Roi qui chérit le peuple est en butte aux méchans.
STASSART, la mort du Lion.

Les princes, comme on sait, sont ce qu'ils veulent être.
A. RIGAUD, le Fils du Roi et le Cheval.

Partout on révère les rois:
C'est très-bien fait; mais quelquefois
On va trop loin, on les adore.
NIVERNAIS, le bon Sultan.

Un monarque n'est jamais grand
Si sa conduite n'est pas franche.
F. DE NEUFCHATEAU, la Vulpéïde, Chant II.

... Sachez qu'un roi
Doit être esclave de la loi:
Et qu'il doit obéir à tous ceux qu'il commande.
LAMOTTE, les Abeilles.

Les rois heureux ont tant d'amis!
FLORIAN, l'Education du Lion.

Quelque puissant que soit un roi,
Il doit obéir à la loi.
COUPE DE ST.-DONAT, l'Assemblée des Animaux.

Rois, vous aimez la gloire, et c'est bien fait à vous;
Il ne s'agit que de la bien connaître.
Soyez ce que vous devez être,
Elle va vous offrir ce qu'elle a de plus beau.
LAMOTTE, le Conquérant et la Pauvre Femme.

Sur soi remporter la victoire,
Protéger les beaux-arts, rendre heureux ses sujets
Aimer la justice et la paix,
Voilà d'un souverain la véritable gloire.
LEBRUN, Jupiter et son Fils.

Un roi n'est point aimé, s'il n'est pas débonnaire.
VOLTAIRE, le Lion et le Marseillais.

Quand un prince est rempli d'orgueil et d'avarice,
Il faut que son Etat périsse.
PERRAULT,l'Alouette et l'Oiseleur.

Etre bienfaisant, équitable,
Aux criminels inspirer de l'effroi,
Aux innocens se montrer favorable;
Voilà, seigneur, les vertus d'un grand roi.
LEBRUN, le Lion, le Renard et le Boeuf.

Les rois sont quelquefois meilleurs maris que d'autres;
Et, s'ils ont leurs défauts, n'avons-nous pas les nôtres?
DORAT, Combabus.

Les rois, à l'exemple des dieux,
Qui versent leurs bienfaits sur tout ce qui respire,
Ne sont nés que pour rendre heureux
Ceux qui vivent sous leur empire:
C'est par là qu'aux coeurs généreux
Leur sort paraît digne d'envie.
LEBRUN, le Lion, le Renard et le Boeuf.

On n'est roi que par la prudence.
LAMOTTE, les Singes.

Les rois se rendent-ils aux vains discours du sage?
STASSART, l'Aigle et le Corbeau.

Monarque en proie à la douleur,
Doit en faire éprouver au monde.
Mme JOLIVEAU, le Tigre et le Ruisseau.

Il faut avoir un roi, mais non pas un tyran.
STASSART, le Léopard et l'Eléphant.

Un souverain sait tirer assistance,
La Fontaine l'a dit, de ses moindres sujets.
Mme JOLIVEAU, le Triomphe du Sentiment.

Sur les peuples divers soumis à votre empire
En prince juste, et bon répandez les bienfaits,
Et vous aurez autant d'amis que de sujets.
DU HOULLAY, le Roi, le Courtisan et le Sage.

Rois, tant que le destin vous rit,
De vous plaire chacun fait son unique étude;
Mais aussitôt qu'il vous trahit,
Avec lui, contre vous, chacun se réunit.
DU HOULLAY, le Lion, le Taureau et le Bouc.

Un roi doit être généreux.
HAUMONT, le Renard et le Lion.

Tout roi, tout chef qui fait connaître
Ce qu'il lui plaît de préjuger,
Quand il paraît interroger,
A bien l'air de parler en maître.
NIVERNAIS, le Renard opinant.

On ne peut se passer de rois.
A tort comme à travers pourtant on les censure:
Selon son intérêt chacun voudrait des lois.
On n'obéit plus, on murmure.
Du pouvoir souverain, 1'éclat, la majesté
Ont perdu leur prestige et leur autorité.
Les rois sont malheureux, dans le siècle on nous sommes.
STASSART, le Daim, le Porc, etc., etc.

ROLE.

Chacun a son rôle ici-bas,
Suivant qu'en ses décrets le veut la Providence.
A. NAUDET, l'Epi et le Pavot.

Chacun ici-bas fait son rôle;
Chacun vend
Son orviétan.
DU TREMBLAY, le Charlatan.

La vie humaine est une pièce,
Où nous avons notre rôle à jouer;
Chacun a le sien propre où nature le dresse.
En veut-on prendre un autre? on se fait bafouer.
LAMOTTE, les Animaux comédiens.

ROSE.

Parmi les fleurs, la rose est la plus belle.
AGNIEL, la Rose et le Groseillier.

Il n'est pas, on l'a dit, de rose sans épines.
STASSART, l'Enfant, sa Mère et la Rose.

ROTURE.

... La roture quelquefois
En vertu passe la noblesse.
LEBRUN, l'Aigle et le Corbeau.

Mourir de faim est, selon moi,
La roture la plus parfaite.
AUBERT, les deux Mains.

Par le mérite, on voit la roture ennoblie.
LEMONNIER, les Cruches.

RUINE.

... Les biens pour lesquels nous avons soupiré,
Ont trop souvent, hélas! causé notre ruine.
A. RIGAUD, le Bloc de marbre.

RUSE.

Tel rit d'une ruse d'amour,
Qui doit devenir, à son tour,
Le visible sujet d'une semblable histoire.
LA FONTAINE, le Contrat.

La ruse la mieux ourdie,
Peut nuire à son inventeur.
LA FONTAINE, la Grenouille et le Rat.

... En amour comme en guerre,
Ruse, dit-on, ne se ménage pas.
LOMBARD DE LANGRES, le Conscrit.

Dans sa propre ruse on s'abîme, Souvent à force de ruser.
LENOBLE, le Cheval et le Loup.

... Un peu de jugement
Se moque toujours de la ruse.
F. DE NEUFCHATEAU, la Vulpéïde, Chant III.

Montrez-moi dans tout l'univers
Un lien que n'assiège la ruse?
NIVERNAIS, les Fruits du marché.

Pour rendre du méchant l'alliance inutile,
N'allez pas rechercher la puissance du fort;
La ruse est un moyen plus sûr et plus facile,
Quand 1'union surtout en règle le ressort.
DU HOULLAY, la Tourterelle et la Colombe.

--- S ---

SAGE, SAGESSE.

Le sage est ménager du temps et des paroles.
LA FONTAINE, Démocrite et les Abdéritains.

... La sagesse
Est un trésor qui n'embarrasse point.
LA FONTAINE, les Souhaits.

Les sages quelquefois, ainsi que l'écrevisse,
Marchent à reculons, tournent le dos au port.
LA FONTAINE, le Loup et le Renard.

... Quand le mal est certain,
La plainte ni la peur ne changent le destin;
Et le moins prévoyant est toujours le plus sage.
LA FONTAINE, le Cochon, la Chèvre et le Mouton.

Les sages sont des dieux qui refusent l'encens.
LAMOTTE, les deux Chiens.

Parfois les plus sages sont pris.
LAMOTTE, le Chat et la Souris.

Le sage sait, corrigeant son destin,
Mettre à profit les maux et les biens de la vie.
Mme JOLIVEAU, l'Homme et la Terre.

L'étude et le travail nous donnent la sagesse.
Mme JOLIVEAU, le Pouvoir de l'Eloquence.

Après mûr examen le sage délibère.
DU TREMBLAY, l'Etourneau.

... C'est sur le cadran commun
Que marche la montre du sage.
ARNAULT, la Montre.

Le sage doute; il a grande raison.
HAUMONT, les deux Voyageurs et le Ballon.

Sans doute, la sagesse est le souverain bien.
F. DE NEUFCHATEAU, le nouveau Jugement de Pâris.

... Le sage,
En tout, considère la fin.
COUPE DE ST.-DONAT, le Renard et le Bouc.

Sur les besoins d'autrui le sage se gouverne.
COUPE DE ST.-DONAT, la Lanterne de l'Aveugle.

Le sage arrose doucement;
L'insensé tout de suite inonde.
FLORIAN, l'Inondation.

... Gens d'excellens conseils,
Disent qu'un sage ne se place
Trop près ni trop loin du soleil.
ARNAULT, les trois Zônes.

Le sage doit éviter tout extrême;
Se dérober au tourbillon
Du monde, sans passion;
Ne jamais trop se livrer à soi-même.
Toujours seul, tient un peu de la sévérité;
Peu d'amis, mais du choix dans la société.
HAUMONT, l'Homme du monde et le Solitaire.

Suivre la loi, c'est l'allure du sage.
NIVERNAIS, le bon Conseil.

Le sage à tous les temps sait bien se préparer;
Il sait que tout s'accroît, brille, tombe et s'efface;
Qu'il faut, bon gré mal gré, prendre et céder sa place.
Mme JOLIVEAU, la Fauvette, le Moineau et le Rossignol.

Tel se croit sage et fait des actes de folie.
Mme JOLIVEAU, le Seigneur et son Fermier.

Le sage dit, selon les gens:
Vive le roi! vive la ligue!
LA FONTAINE, la Chauve-Souris et les deux Belettes.

Les sages imitent le temps.
Mme JOLIVEAU, le Torrent et le Temps.

La solitude est l'asile du sage.
STASSART, le Hibou parmi les Oiseaux.

... Avec l'âge
On devient humain et sage.
GINGUENE, le Tigre et le Lion devenus vieux.

... Nous nommons en nous sagesse
L'inévitable effet du temps.
GINGUENE, le Tigre et le Lion devenus vieux.

Tandis que le tyran sur le trône est esclave,
Le sage est libre dans les fers.
A. NAUDET, le Sultan et l'Esclave.

Avoir plus de prudence et moins de vaillantise,
Du sage telle est la devise.
LE BAILLY, le Lièvre et les Chasseurs.

Un homme adroit, un homme sage
Tourne tout à son avantage.
PERRAULT, le Pourceau et le Chien.

On a toujours assez de bien,
En quel état qu'on soit, quand on a la sagesse.
LENOBLE, le Bûcheron et Mercure.

Le sage est au-dessus des présens, des emplois;
La vertu suffit seule au bonheur de sa vie:
Son sort doit autant faire envie
Que celui du plus grand des rois.
LEBRUN, Alexandre et Diogène.

Le sage qui de lui prudemment se défie,
A l'école du fou peut profiter, dit-on;
L'un a parfois ses momens de folie;
L'autre ses éclairs de raison.
A. NAUDET, le Renard et le Cerf.

On est parfois bien sot, à force d'être sage.
LEMONNIER, les Chèvres.

Il est un temps où le sage
Aux passions résiste peu.
AUBERT, les deux Moineaux et le Chat.

Mais qui sait s'arrêter? Souvent même le sage
Va plus loin qu'il ne veut ...
A. DE MONTESQUIOU, le Moineau.

Le sage doit essayer tout,
Avant de recourir aux armes;
Mais, ensuite, malheur à qui le pousse à bout.
F. DE NEUFCHATEAU, le Vieillard et le Maraudeur.

Chacun, dans sa folie, est sage à sa manière.
A. NAUDET, le Pêcheur.

Un pédant orne la mémoire,
Le sage cultive le coeur.
A. RIGAUD, le Coeur et la Mémoire.

... Le sage,
Par un ridicule transport,
N'appelle personne au partage
Des biens que lui donne le sort.
ARNAULT, les Cochons et les Truffes.

...Le sage
Sait prévenir les accidens.
FORMAGE, les Chiens et leur Maître.

Tout donner au plaisir n'est pas de la sagesse;
Tel qui pense autrement, même avant sa vieillesse,
S'en repentira tôt ou tard.
ARNAULT, le Papillon, l'Abeille et la Rose.

... Il n'est jamais ni trop tôt ni trop tard
Pour acquérir de la sagesse.
A. RIGAUD, la Sagesse.

... Dieu plaça la sagesse
Loin de la pauvreté comme de la richesse.
F. DE NEUFCHATEAU, le Fermier et son Fils.

La fureur au sage est contraire.
HAUMONT, le Philosophe et la Guêpe.

Le sage est trop prudent, et n'ose s'engager
A sauver un ami qui se trouve en danger.
HAUMONT, le Cerf chassé.

Le sage se soumet et ne se plaint jamais.
Il brave la fortune et ses traits redoutables;
Il possède des biens, des biens impérissables,
Qu'elle n'a point donnés, qu'elle ne peut ravir;
De folles passions ne sauraient l'asservir;
Il redoute le vice, et, plein de confiance,
D'un éternel bonheur il nourrit l'espérance;
Il est du malheureux et l'asile et l'appui;
Il plaint l'homme facile entraîné vers le crime,
Et l'arrête souvent sur les bords de l'abîme.
A. RIGAUD, le Bloc de marbre.

Tout être sage se contente
De son état, et supporte ses maux,
Puisqu'il ne peut changer son existence.
HAUMONT, la Fourmi et le Moucheron.

Les livres trompent comme l'homme;
Mais est cru sage avec raison
Celui qui, sans art ni culture,
De sagesse n'a pris leçon
Qu'au grand livre de la nature.
DU TREMBLAY, le Philosophe et le Berger.

Suivons l'exemple du sage
Qui, cherchant la vérité,
Attend en tranquillité
Qu'elle ait percé le nuage.
NIVERNAIS, la Méridienne.

... Tel qui se croit sage,
Tel qui se rit des malheurs du voisin,
Seulement change de chemin,
Pour faire un semblable naufrage.
STASSART, la Mouche et le Cousin.

La sagesse après soi laisse un long souvenir.
AUBERT, le Patriarche.

SALAIRE.

... Les plaisirs que l'on daigne nous faire
Doivent être payés de coeur;
Et c'est voler son bienfaiteur
Que lui retenir ce salaire.
LENOBLE, Apollon, Mercure et le Berger.

Toute peine, dit-on, est digne de loyer.
LA FONTAINE, le Fou et le Sage.

SANG.

Bon sang ne peut mentir ...
F. DE NEUFCHATEAU, l'Aïeul et le Petit-Fils.

Pour calmer le courroux céleste,
De tous côtés coule sur les autels
Le sang de l'innocence et non celui du crime.
DU HOULLAY, les Brebis et l'Homme.

SATIRE.

Nous nous moquons de la satire,
Lorsque sur nous ses traits portent à faux;
Mais touche-t-elle à nos moindres défauts?
Nous n'avons plus le courage d'en rire.
A. NAUDET, le Bossu.

Bornée au personnel la satire est maussade.
F. DE NEUFCHATEAU, la Vulpéïde, prologue.

Pardonnez même à la satire,
Auteurs, elle vous sert, en cherchant à vous nuire.
STASSART, l'Envieux.

SATISFACTION.

Fais le bonheur d'autrui tu seras satisfait.
DE LA BOUTRAYE, les Enfans, le Maître et la Vache.

SAVANT, SAVOIR.

Laissez dire les sots, le savoir a son prix.
LA FONTAINE, l'Avantage de la Science.

Le vrai savant consulte et réfléchit,
Et ne répond jamais sans savoir ce qu'il dit.
COUPE DE ST.-DONAT, l'Horloge et le Cadran solaire.

Maint savant veut forcer les gens à l'encenser.
AUBERT, le Hibou et le Rossignol.

Qui prétend savoir tout, prouve qu'il ne sait rien.
LE BAILLY, l'Hirondelle et le Coucou.

... Ici bas,
Auprès de ce qu'on ne sait pas,
Ce qu'on sait est bien peu de chose.
NIVERNAIS, Jupiter et le Savant.

Ne vantons pas notre savoir:
Par longue étude on apprend peu de chose,
Et de ce peu, pour bonne cause,
Il ne faut pas se prévaloir.
DU TREMBLAY, le Philosophe et le Berger.

On sait mal ce qu'on sait trop vite.
F. DE NEUFCHATEAU, le Lézard et la Poule.

SCELERAT.

Des scélérats c'est l'ordinaire:
Quand la fortune les trahit,
Ils se repentent moins du mal qu'ils ont pu faire,
Que de l'avoir fait sans profit.
LE BAILLY, le Renard, le Coq et le Poulain.

Quand on a dévoilé son coeur,
Un scélérat est bien à craindre:
A dépouiller toute pudeur,
Il ne faut jamais le contraindre.
DU TREMBLAY, la jeune Fille, le Chat et le Moineau..

Peu sont reçus les voeux et les victimes
D'un scélérat noirci de crimes.
PERRAULT, le Corbeau et sa Mere.

La mort et pis encore est pour le scélérat.
LENOBLE, le Phénix et le Hibou.

Toujours aux vertueux un grand coeur est propice;
Mais, à l'égard des scélérats,
On se rend à coup sur de leur noire malice
Ou la victime, ou le complice,
Quand on les tire d'embarras.
LENOBLE, le Paysan, le Renard et le Coq.

SCIENCE.

Le miel, c'est le doux fruit que produit la science.
A. NAUDET, l'Ecolier, l'Abeille et l'Absinthe.

La science n'est un trésor
Qu'autant que du tableau les moeurs font la bordure.
F. DE NEUFCHATEAU, le Cochon et le Collier d'or.

Ce n'est pas le jargon qui prouve la science.
HAUMONT, le Pédant et l'Etranger.

SCRUPULE.

Le scrupule est d'une ame et vulgaire et timide.
LE BRUN, le Brochet et la Perche.

SECOURIR.

Dans ce monde il se faut 1'un l'autre secourir.
LA FONTAINE, le Cheval et l'Ane.

N'attendez pas jusqu'à l'extrémité
Pour secourir les misérables.
LEBRUN, le Cheval et l'Ane.

Pour tirer un ami d'une pressante affaire,
Point ne plaît, et peu sert le secours qu'on diffère.
PERRAULT, le Loup et le Renard.

Heureux qui d'un coeur tendre a 1'utile secours
Quand la parque achève sa trame.
DU TREMBLAY, le Chêne et les Lierres.

Plutôt que d'implorer d'une main ennemie
Le secours dangereux,
Sachez, avec honneur, perdre même la vie.
DU HOULLAY, le Coq et le Renard.

Dans le choix des secours ce n'est pas peu de chose
Que s'adresser heureusement.
LENOBLE, le Renard et le Buisson.

SECRET.

Rien ne pèse tant qu'un secret:
Le porter loin est difficile aux dames.
LA FONTAINE, les Femmes et le Secret.

... Quel fardeau qu'un secret à garder!
LENOBLE, le Barbier de Midas.

... Les secrets les plus communs
Sont parfois les plus opportuns.
F. DE NEUFCHATEAU, le Fils de Sésostris.

SEDUCTION.

Fuyons les pièges redoutables
Que la séduction nous tend.
L'écouter, c'est déjà cesser d'être innocent.
Si le penchant fait dix coupables, La séduction en fait cent.
AUBERT, le Renard.

Aux brillans séducteurs l'indulgente fortune
Fournit toujours un bon moment.
A. DE MONTESQUIOU, la Femme à Nicolas.

SENS.

... Le sens vient avec l'âge.
VOLTAIRE, Ce qui plaît aux Dames.

Plus le sens est précis, et moins il nous échappe.
LAMOTTE, le Renard prédicateur.

SENS-COMMUN.

... Le sens-commun
Sert souvent mieux que le génie.
NIVERNAIS, le Cheval de course.

SENSIBLE.

Ne laissons jamais voir une ame trop sensible.
LEBRUN, la Chambrière et la Chienne.

SENTIMENT.

Le sentiment n'est pas fait pour les gueux.
FLORIAN, le Chien de chasse.

Aux sentimens de la nature
Le ciel toujours réserve un prix certain.
AUBERT, Colin et Lisette.

SERMENT.

... On doit peu compter sur les engagemens
De qui put violer le premier des sermens.
F. DE NEUFCHATEAU, le Repentir de Bourbon..

SERPENT.

Qui dit serpent, dit traître, dit méchant.
GINGUENE, le bon Serpent.

Hélas! que de mortels, sous des dehors aimables,
Recèlent dans leurs coeurs des serpens redoutables!
Envers les malheureux affectant d'être humains,
Les perfides en sont les cruels assassins.
DU HOULLAY, le Voyageur, la Caverne et le Serpent.

SERVICE.

Un service toujours renferme son salaire.
Mme JOLIVEAU, les Comptes faux.

... C'est vouloir perdre un service
Que de le rendre à des ingrats.
LENOBLE, le Loup et la Grue.

Sans intérêt on doit rendre service.
HAUMONT, les Chasseurs, les Lièvres et le Cygne.

Que l'honneur de servir soit le prix du service.
LAMOTTE, Apollon, Mercure et le Berger.

... Que ne peut-on point quand on s'est mis en tête,
Quelque petit qu'on soit, de servir son ami?
LENOBLE, la Fourmi et le Ramier.

Tel nous sert, en voulant nous nuire?
LAMOTTE, le Chat et la Souris.

Par de nouveaux mauvais offices, Souvent on perd le prix de ses premiers services.
PERRAULT, la Femme et le Médecin.

... Servir sans connaître,
C'est sottise, et non charité.
NIVERNAIS, le Scorpion et la Tortue.

De qui nous rend un grand service,
On doit tout prendre en bonne part.
F. DE NEUFCHATEAU, le Renard et l'Epine.

SEVERE.

C'est par pitié qu'il faut être sévère.
LAMOTTE, les Abeilles.

SIFFLER.

On doit siffler celui qui blesse.
ARNAULT, les Maladroits.

SILENCE.

... Garder un honnête silence,
Est un rôle adroit pour un sot.
JAUFFRET, l'Ane paré de Fleurs.

Jamais silence ne peut nuire,
Mais le besoin en est pressant
Entre le faible et le puissant.
NIVERNAIS, les jeunes Canards.

SIMPLICITE.

Rien de si beau que la simplicité!
C'est là, dit-on, le fard par excellence.
LOMBARD DE LANGRES, Berthe.

SINCERE.

Ce n'est point un défaut que d'être trop sincère;
Mais quelquefois c'est un malheur.
LEBRUN, le Roi et le Courtisan.

SOBRIETE.

Sobriété dans toute chose,
Mon ami, c'est l'art de jouir.
Pour faire durer le plaisir,
Ne le prends qu'à petite dose.
DU TREMBLAY, l'Enfant et les Confitures.


SOCIÉTÉ.

... La société,, doux charme de la vie,
Fait le bonheur de l'homme et partout le convie.
HAUMONT, l'Homme du monde et le Solitaire.

... L'homme est fait pour la société, Et c'est l'orgueil seul qui la fronde.
STASSART, le Hibou parmi les Oiseaux.

Des gens on peut fort bien juger,
Par leur société. C'est le moindre danger
De la mauvaise compagnie.
F. DE NEUFCHATEAU, le Laboureur et la Cigogne.

Parfois plusieurs valent mieux qu'un.
PIRON, la Poule aux quarante Coqs.

SOI, SOI-MEME.

Il faut, en toute compagnie,
Le moins qu'on peut, parler de soi.
GRENUS, l'Abeille et la Mouche.

Dans soi-même on se plaît.
LENOBLE, le Mari et ses deux Femmes.

SOLDAT.

Tel voudrait se faire soldat,
A qui le soldat porte envie.
LA FONTAINE, le Loup et le Renard.

Tout militaire aime à changer de place,
Et le Français marche à pas de géans.
LOMBARD DE LANGRES, le Grenadier français.

SOLITUDE.

Bien qu'on vante la solitude,
A la longue elle fait bâiller.
DU TREMBLAY, le Lapin, la Marmotte et la Chatte.

SOMMEIL.

Le ciel permet que le méchant sommeille,
Afin d'adoucir notre sort.
COUPE DE ST.-DONAT, les deux Rats et le Chat qui dort.

... Le sommeil d'un tyran,
Dit un sage par excellence,
Est le repos de l'innocence.
LE BAILLY, le Derviche et le Sultan.

Après un bon repas le sommeil est profond.
AGNIEL, la Mule.

SONGE.

Chacun tourne en réalités,
Autant qu'il peut, ses propres songes.
LA FONTAINE, le Statuaire.

Chacun songe en veillant. Il n'est rien de plus doux;
Une flatteuse erreur emporte alors nos ames;
Tout le bien du monde est à nous,
Tous les honneurs, toutes les femmes.
LA FONTAINE, la Laitière et le Pot au lait.

SORT.

Contentons-nous du sort que nous fit le destin.
HAUMONT, la Poule et la Tourterelle.

Qui peut savoir le sort que le ciel lui destine?
NIVERNAIS, le Lièvre pris et le Moineau.

Tel aujourd'hui du sort se croit favorisé,
Qui demain sous ses coups doit tomber écrasé.
DU HOULLAY, le Boeuf et la Génisse.

Rien ne doit prévenir ni déranger le sort.
F. DE NEUFCHATEAU, la Vulpéïde, Chant II.

... De son sort quand on n'est pas le maître,
Aux volontés des Dieux il faut bien se soumettre.
A. RIGAUD, le Puissant et l'Ouvrier.

De loin contre le sort qui prépare son coeur,
Le dompte, ou le supporte avec plus de vigueur.
PERRAULT, le Renard et le Sanglier.

SORTIR.

Pour sortir des périls où le hasard nous porte,
Il faut avoir plus d'une porte.
PERRAULT, la Chauve souris et la Belette.

SOT.

... Le suffrage d'un sot
Fait plus de mal que sa critique.
FLORIAN, la Fauvette et le Rossignol.

Les sots sont un peuple nombreux,
Trouvant toutes choses faciles:
Il le leur faut passer; souvent ils sont heureux,
Grand motif de se croire habiles.
FLORIAN, l'Ane et la Flûte.

De tout temps le ciel fit les sots
Pour les menus plaisirs du sage.
AUBERT, le Renard peintre.

Un sot est toujours sot ...
Jamais sur aucun point son orgueil ne déroge;
On le voit toujours prêt à prendre pour éloge
La critique de ses travers.
AGNIEL, le Chien et l'Anon.

C'est toujours le plus sot qui ne doute de rien.
F. DE NEUFCHATEAU, le Coucou, le Rossignol et l'Ane.

Un air charmant cache les sots.
F. DE NEUFCHATEAU, la Tête de Singe.

... Il faut compter
Avec un sot, plus qu'on ne pense.
NIVERNAIS, le Hérisson.

... En pays étranger,
Un sot perd plus qu'il ne gagne.
STASSART, le Corbeau et la Corneille.

On peut souffrir un ignorant,
Jamais un sot qui veut se donner pour savant.
Mme JOLIVEAU, l'Echappé de collège.

Nous admirons bien moins 1'homme d'esprit,
Que le sot qui nous goûte et qui nous applaudit.
Mme JOLIVEAU l'Amour-propre Juge.

... On verra de tout temps
Des sots qui, par des riens, se croiront importans.
F. DE NEUFCHATEAU, Tibère et l'Esclave.

... Les sots font souvent, d'un tableau fort joli,
Une ignoble caricature.
A. RIGAUD, les Singes.

Pour cacher son insuffisance,
Un sot n'est jamais trop petit.
A. NAUDET, l'Ane.

Les sots, presque toujours, sont fort présomptueux.
DORAT, Combabus.

Les sots ne profitent de rien.
LENOBLE, le Festin du Lion.

Un sot est arrogant, un savant est timide.
COUPE DE ST.-DONAT, les Epis.

Du suffrage des sots Dieu garde le génie!
Mieux vaudraient mille fois tous les traits de l'envie.
COUPE DE ST.-DONAT, le Linot et les Oiseaux.

... Le sot fait grand bruit en des jours d'abondance,
Et devient plus modeste en des temps moins heureux.
A. RIGAUD, la Cascade.

D'imiter le génie un sot se croit capable.
GOSSE, le Cheval de manège.

Les sots savent tous se produire.
FLORIAN, le Rossignol et le Prince.

On peut dans la bouche d'un sot
Quelquefois surprendre un bon mot.
ARNAULT, les Cochons et les Truffes.

Les sots ne doutent de rien.
NIVERNAIS, le Renard architecte.

Un sot revient sot du collège.
STASSART, le Corbeau qui couve.

Rien n'est au monde insupportable Comme un sot à prétention.
DU TREMBLAY, la Cour plénière de l'Aigle.

Tandis que le sot qui s'admire
Néglige d'observer autrui,
Le coup qu'à propos on lui tire
Parvient sans peine jusqu'à lui.
NIVERNAIS, le Corbeau et le Coq.

Le sot, ne discernant rien,
Ne connaît qu'une manière;
Le sage a plus d'un moyen.
NIVERNAIS, le Sot et le Sage.

SOTTISE.

... Sottise et vanité sont soeurs.
AGNIEL, la Tulipe et la Rose.

Le malheur est souvent le fruit de la sottise.
Mme JOLIVEAU, la Proscription et le Rappel des Moineaux.

Des sottises d'autrui nous vivons au palais.
BOILEAU, les deux Plaideurs et l'Huître (épître II).

... Quel âne jamais avoua sa sottise?
LE BAILLY, le Cheval et l'Ane.

Hélas! souvent notre sottise
N'est que pour nous seuls un secret.
DU TREMBLAY, la Cour plénière de l'Aigle.

La sottise va dénigrant
L'homme utile et modeste, oublié dans la rue;
Qu'il soit bien venu chez un grand,
L'accueil devient tout différent, Et jusqu'à terre on le salue.
GUTTINGUER, les Anesses.

SOUCI.

Du plus juste souci, l'excès le rend blâmable.
DU HOULLAY, la Tourterelle et la Pie.

SOUFFLE.

... Il est vrai que, tous tant que nous sommes,
N'avons qu'un souffle, et qui meurt avec nous.
COLLIN-D'HARLEVILLE, le Rat de ville et le Rat des champs.

SOUFFLER.

Arrière ceux dont la bouche
Souffle le chaud et le froid.
LA FONTAINE, la Satyre et le Passant.

SOUFFLETS.

La morale en soufflets est, sans comparaison,
La plus claire et la mieux prouvée.
F. DE NEUFCHATEAU, l'Ecosseuse et le Passant.

SOUFFRIR.

Qui souffre un petit mal, en évite un plus grand.
GOSSE, l'Homme et le Ruisseau.

Se taire et souffrir en silence,
Est souvent le parti que dicte la prudence.
HAUMONT, le Roi d'Afrique et l'Esclave.

Plutôt souffrir que mourir,
C'est la devise des hommes.
LA FONTAINE, la Mort et le Bûcheron.

Faute de moyen suffisant
Pour résister avec quelqu'avantage,
Il faut souffrir patiemment
Pour ne pas souffrir davantage.
NIVERNAIS, la Mule et le Dromadaire.

Dès qu'on souffre, on se livre à la moindre espérance;
Mais cet espoir lui-même aggrave la souffrance,
Quand l'illusion se détruit.
F. DE NEUFCHATEAU, le Malade et le Médecin.

Souffre, sans te fâcher,
Ce que tu ne peux empêcher.
ARNAULT, les deux Moulins.

A souffrir il faut se résoudre.
F. DE NEUFCHATEAU, Epilogue.

SOUHAITS, SOUHAITER.

... Souhaiter, ce n'est pas une peine
Etrange et nouvelle aux humains.
LA FONTAINE, les Souhaits.

La plupart des souhaits ne sont rien que folie.
LENOBLE, le Myrte devenu Sapin.

Dans un bien souhaité quels charmes on suppose!
Vient-on à jouir de ce bien?
Tous les jours il décroît, perd toujours quelque chose;
Il devient mal en moins de rien.
LAMOTTE, Pluton et Proserpine.

Jamais de son destin l'homme n'est satisfait;
Impatient de sa fortune,
Ce qu'il est toujours l'importune,
Et pour un autre sort il fait nouveau souhait.
Cependant fort souvent, loin de gagner au change,
Quand le ciel exauce ses voeux,
Il voit que bien loin d'être mieux
De ses cris indiscrets la fortune se venge
En le rendant plus malheureux.
LENOBLE, l'Ane mécontent.

... On croit trop ce qu'on souhaite.
LAMOTTE, les Oiseaux.

SOUPER.

Un bon souper est encore assez rare.
C. BERRIER, le Curé et les Comédiens.

SOURCE.

... En toute affaire,
A la source il faut remonter;
Et tout désordre enfin, comme toute rivière,
A sa source peut s'arrêter.
NIVERNAIS, le Roi, le Fleuve et la Poignée de terre.

SOURIRE.

Un sourire n'est pas toujours de bon augure.
JAUFFRET, la Pie.

C'est quelque chose de sourire;
C'est promettre in petto, sans pourtant s'engager.
F. DE NEUFCHATEAU, le Pape et le Peintre.

STYLE.

C'est la précision qui fait marcher le style.
F. DE NEUFCHATEAU, Prologue du livre VII.

SUCCES.

Ne précipitons rien. Par trop d'impatience,
L'homme fait tous les jours avorter ses projets.
C'est le choix de moyens, c'est la persévérance,
Qui sont les garans du succès.
LE BAILLY, l'Enfant et l'Anguille.

Tout le succès dépend d'un certain savoir-faire,
Soutenu par des airs affables, engageans,
Que la nature ou l'art donne à certaines gens.
LENOBLE, les différens Sculpteurs.

En vain sur nos succès nous nous applaudissons:
Ce n'est point à l'habile et prudente conduite
Que nous devons toujours ceux dont nous jouissons;
Et souvent nous réussissons
Plus par bonheur que par mérite.
LEBRUN, l'Agioteur et la Fortune.

SUPERFLU.

Soyons contens du nécessaire,
Sans jamais souhaiter des trésors superflus;
Il faut les redouter autant que la misère,
Comme elle ils chassent les vertus.
FLORIAN, le Bonhomme et le Trésor.

SUPERSTITION.

La superstition cause mille accidens.
LA FONTAINE, le Fleuve Scamandre.

SUPPLICE.

... Moins le juge est sanguinaire,
Plus le supplice du méchant
Frappe de terreur le vulgaire.
STASSART, le Bélier nommé Juge.

SURPRISE.

En guerre on aime la surprise,
De tout temps on la crut permise.
HAUMONT, le Laboureur et le Lapin.

SURETE.

Deux sûretés valent mieux qu'une;
Et le trop en cela ne fut jamais perdu.
LA FONTAINE, le Loup, la Chèvre et le Chevreau.

La sûreté, dans l'ombre, a choisi son séjour.
PIRON, le Hibou et la Linotte.

SYMPATHIE.

... La sympathie unit nos destinées,
Et sans raisonnemens détermine nos coeurs.
LEBRUN, l'Aimant et le Fer.

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TACHES.

Il est des taches que l'on sauve
Par le mérite ou par l'esprit.
F. DE NEUFCHATEAU, le Chauve.

Plus souvent qu'on ne croit.
La tache est tout juste à l'endroit
Où l'on voit briller la paillette.
ARNAULT, les Taches et les Paillettes.

TACITURNE.

Les gens sans bruit sont dangereux: Il n'en est pas ainsi des autres.
LA FONTAINE, le Torrent et la Rivière.

TAIRE.

... On fait bien de se taire
Quand on n'a pas à qui parler.
F. DE NEUFCHATEAU, le Poète et l'Ane.

On sait toujours entendre
Un ami qui se tait.
A. DE MONTESQUIOU, les Adieux de Fidèle.

TALENT.

A chacun son petit talent.
DU TREMBLAY, l'Ane et son Maître.

On ne peut à la fois avoir tous les talens.
LE BAILLY, Jupiter, le Linx, etc.

Ne forçons point notre talent,
Nous ne ferions rien avec grace; Jamais un lourdeau, quoi qu'il fasse,
Ne saurait passer pour galant.
LA FONTAINE, l'Ane et le petit Chien.

... La beauté passe, un talent reste.
On en jouit même en autrui.
FLORIAN, la Tourterelle et la Fauvette.

Il vaut mieux n'avoir qu'un talent Que savoir tout et le mal faire.
Mme JOLIVEAU, le Canard.

Comme il plaît à la Providence
Tous les talens sont partagés.
LENOBLE, le Paon et Junon.

Sur de jolis talens, souvent on se repose,
Ils sont flatteurs, on y prend goût.
Mais c'est celui qui fait vivre partout,
Qu'il faut avoir sur toute chose.
DU TREMBLAY, le Cheval savant.

Ici-bas maint talent n'est que pure grimace,
Cabale, et certain air de se faire valoir,
Mieux su des ignorans que des gens de savoir.
LA FONTAINE, le Lion, le Singe, et le Renard.

... Le talent a sa pudeur.
LE BAILLY, Prologue du livre III.


Oh! le triste talent qu'un talent emprunté!
GUTTINGUER, la Perruche et le Rossignol.

Sous un tyran grossier le talent est un crime,
Et nul n'en peut être accusé,
Sans en devenir la victime.
JAUFFRET, le Rossignol en tournée.

... Le premier des talens
Est le talent de former l'homme.
F. DE NEUFCHATEAU, L'Intendant et le Maire.

TEMERITE, TEMERAIRE.

Témérité n'est pas prudence.
A. RIGAUD, le Chien et le Renard.

Quand il attaque en téméraire, Souvent par un faible adversaire
Le plus courageux est battu.
LEBRUN, le Lion et l'Homme.

TEMPERANCE.

... La tempérance
Assaisonne la volupté.
A. RIGAUD, la Bique et le Cochon.

TEMPETE.

... Aux beaux jours souvent succède la tempête.
A. RIGAUD, le Présage.

TEMPORISER.

Il faut savoir temporiser.
STASSART, le Rat et le Taureau.

TEMPS.

Est-il rien sous les cieux que le temps ne dévore!
AUBERT, le Papillon et l'Oeillet.

Sur les ailes du temps la tristesse s'envole;
Le temps ramène les plaisirs.
LA FONTAINE, la jeune Veuve.

Le temps est cher en amour comme en guerre.
LA FONTAINE, l'oraison de saint Julien.

... Le temps passe et coule avec rapidité;
Il faut en faire un bon usage.
LEBRUN, le Libertin et la Pendule.

Le temps qui détruit tout, fait tout croître d'abord;
Par lui le faible devient fort;
Le petit grand, le germe arbuste.
ARNAULT, le Chêne et les Buissons.

Le temps rapide et son ravage
Sur le beau sexe impunément
Se retrace profondément:
Le teint se fane, et les rides de l'âge,
Malgré tout l'art, frappent les yeux.
HAUMONT, la Minaudière surannée.

On ne fait pas toujours à temps
La démarche qu'il faudrait faire.
NIVERNAIS, les Troyens mal avisés.

Il faut le temps à tout; et ce qui vient trop vite
S'en retourne plus vite encore.
F. DE NEUFCHATEAU, le Pin et la Citrouille.

Selon le temps et la rencontre,
On veut également et le pour et le contre,
PERRAULT, le Renard qui change de souhaits.

Le temps tout seul amène la sagesse.
NIVERNAIS, la Fille orgueilleuse.

Patientons, le temps est un grand maître.
NIVERNAIS, la jeune Linotte.

Avec le temps on s'accoutume à tout.
DUCERCEAU, la nouvelle Eve.

Tout périt; et jamais l'effort de la nature
Ne fit un être exempt des outrages du temps.
AUBERT, la Guêpe et le Chou.

... A la longue il faut céder au temps.
NIVERNAIS, la vieille Tour.

Il ne fait pas toujours beau temps.
D'EPAGNY, le Tournesol et les Fleurs.

... Le temps fait passer la beauté, l'innocence,
La jeunesse, l'amour, la gloire, la puissance.
A. RIGAUD, le Temps et l'Amitié.

TENDRE.

Pour ses amis quand un coeur n'est pas tendre,
L'étranger n'en doit rien atteindre.
PERRAULT, le Maître et ses Chiens.

TENDRESSE.

La tendresse est intelligente.
DU TREMBLAY, la jeune Fille et son Chat.

Vivre en autrui, c'est la première loi
Des malheureux capables de tendresse.
FLORIAN, le Chien de chasse.

Du chagrin renaît la tendresse.
DU TREMBLAY, les deux Moineaux.

A la beauté seule il va bien
D'oser célébrer la tendresse.
FLORIAN, le Rossignol et le Paon.

Il n'est pas la moindre bourrique,
Qui, pour son petit bourriquet,
Ne conçoive un penchant secret,
Et de tendresse ne se pique.
LENOBLE, la Guenon et son Marmot.

TENIR.

Un tiens vaut, dit-on, mieux que deux tu l'auras:
L'un est sûr, l'autre ne l'est pas.
LA FONTAINE, le Pêcheur et le petit Poisson.

Un sou, quand il est assuré,
Vaut mieux que cinq en espérance.
LA FONTAINE, le Berger et la Mer.

Souvent on croit tenir ce que l'on se propose,
Que par d'étranges accidens
Le ciel autrement en dispose.
LENOBLE, le Faucon et la Colombe.

TENTATION.

Nous n'avons pas les yeux à l'épreuve des belles,
Ni les mains à celle de l'or.
LA FONTAINE, le Chien qui porte à dîner.

TENTER.

... Tous, tant que nous sommes,
Nous nous laissons tenter, à l'approche des biens.
LA FONTAINE,[Note du copiste: Aucune référence à une Fable dans l'ouvrage numérisé.]

Souvent de ce qu'on a l'on néglige l'usage
Et de ce qu'on n'a pas on est le plus tenté.
F. DE NEUFCHATEAU, la Cire et la Brique.

Ce qui tente on le fait paraître: L'acheteur doit s'en méfier.
DU TREMBLAY, l'Avis de Ma Maître-Pierre.

THEATRE.

Le théâtre instruit mieux que ne fait un gros livre.
VOLTAIRE, les trois Manières.

TITRE.

Que sert, à qui n'est plus, un vain titre de gloire?
F. DE NEUFCHATEAU, Scipion.

TOMBE.

Aux plus infortunés la tombe sert d'asile.
LA FONTAINE, les Filles de Minée.

TOMBER.

... Plus on se voit élevé dans la nue,
Plus on se sent près de tomber.
LENOBLE, le Myrte devenu Sapin.

... Grandeur qui ne nous est point due,
Attire notre chute et nous fait succomber.
LENOBLE, le Myrte devenu Sapin.

TORT.

Les torts des étrangers sont les seuls qu'on discerne.
F. DE NEUFCHATEAU, le Cochon et le Rat.

... De nos propres torts loin de nous accuser,
Nous en accusons la fortune.
JAUFFRET, le Malheureux et la Fortune.

TOURMENT.

... Chacun sent ici-bas son tourment.
LA FONTAINE, le Remède.

TRAFIQUANT.

Le trafiquant estime peu
Le mérite sans l'opulence.
STASSART, les Voyageurs et le Platane.

TRAHISON, TRAITRE.

... L'odieuse trahison
Retombe souvent sur le traître.
LEBRUN, le Loup, le Lapin et le Renard.

De toute trahison l'on aime le profit;
Mais rarement son auteur lui survit.
DU HOULLAY, le Loup, le Renard et le Berger.

Le traître fort souvent voit punir son offense,
Par celui qui devait lui donner récompense.
PERRAULT, l'Ane, le Renard et le Lion.

TRAITES.

... Les traités
Sont d'impuissantes sauve-gardes,
Et l'on ne prend ses sûretés
Qu'en se tenant bien sur ses gardes.
NIVERNAIS, le Chien regretté.

TRANQUILLE, TRANQUILLITÉ.

... La richesse est bonne,
Mais la tranquillité vaut mieux.
GINGUENE, le Rat de ville et le Rat des champs.

En petit réduit, petit bien,
Mais que l'on y dorme à son aise.
DU TREMBLAY, la Carpe et le Goujon.

... Pour jouir d'un sort tranquille,
Il vaut mieux être craint qu'utile.
NIVERNAIS, le Poirier et l'Epine.

TRAVAIL, TRAVAILLER.

... Le travail est un trésor.
LA FONTAINE, le Laboureur et ses Enfans.

Travaillez, prenez de la peine; C'est le fonds qui manque le moins.
LA FONTAINE, le Laboureur et ses Enfans.

... Le plus grand trésor
Est le travail le plus utile.
HAUMONT, la Brodeuse et la Fileuse.

Nous ne recevons l'existence,
Qu'afin de travailler pour nous ou pour autrui.
FLORIAN, le Dervis, la Corneille et le Faucon.

Sans un peu de travail on n'a point de plaisir.
FLORIAN, la Guenon, le Juge et la Noix.

La peine conduit au plaisir;
Le travail seul nous permet de jouir.
STASSART, l'Enfant, la Mère et la Rose.

Travaillons; le travail entretient la santé.
LOMBARD DE LANGRES, le Maltôtier.

Le travail est toujours le chemin de la gloire.
GOSSE, le Ver-à-soie et l'Escargot.

Le travail lui seul est le père
De la joie et de la santé.
LE BAILLY, les Chevaux et le Pourceau.

Gens de bien, qui souffrez un peu trop sur la terre,
Cherchez dans le travail remède à la misère,
Et ne vous lassez point de votre probité.
DE LA BOUTRAYE, le Chien et le Chat.

En fait de savoir, il n'est rien
Dont ne viennent à bout le travail et l'étude.
A. NAUDET, les deux Mains.

Après un long travail, poursuis, travaille encor;
C'est là de la vertu l'égide et le trésor.
A. RIGAUD, le Bloc de marbre.

Pour l'homme, le travail est toujours nécessaire.
HAUMONT, l'Homme riche et le Paysan.

Quand au travail le plaisir encourage,
On a vraiment coeur à l'ouvrage.
AGNIEL, les deux Enfans et les deux Papillons.

Travail sans suite, en tous genre d'objets,
C'est peine double, et c'est peine perdue.
NIVERNAIS, les deux Poules.

Du travail la douce habitude
Le fait supporter aisément;
Et le repos, après la lassitude,
N'est-il pas un plaisir flatteur?
HAUMONT, la Dame, le Chapelain et la Fermière.

Le travail est l'enfant du crime
Et le père de la vertu.
LEBRUN, Jupiter et l'Homme.

... Le travail ne cesse d'être utile.
HAUMONT, l'Enfant, les deux Arbres et le Pasteur.

Si le fardeau du travail est pesant,
Il entretient une santé robuste.
HAUMONT, la Dame, le Chapelain et la Fermière.

Si le goût éclairé refuse
Ses suffrages à nos travaux,
Apprenons à douter des fruits de notre muse;
Mais plus d'illusion, de retard, ni d'excuse,
S'ils sont applaudis par des sots.
GINGUENE, le Peintre, le Connaisseur et le Fat.

C'est par le travail et les soins
Que l'ouvrage vaut quelque chose;
La matière qui le compose
Est ce qu'on regarde le moins.
JAUFFRET, la Dentelle et les Galons.

C'est par le travail que l'on cache
L'air même du travail qui déplairait aux gens.
LAMOTTE, l'Eclipse.

Le travail est toujours le partage des fous.
LENOBLE, les Corbeaux et les Aiglons.

Travailler est le fait de la canaille.
LA FONTAINE, le Diable de Papefiguière.

... Dieu prend soin de celui qui travaille.
LOMBARD DE LANGRES, le Conscrit.

Quiconque est honnête et travaille
Ne saurait offenser les Dieux.
VOLTAIRE, le Dimanche.

Divisez vos travaux; patience et courage,
Vous feront accomplir le plus pénible ouvrage.
Mme JOLIVEAU, le Laboureur et son Fils.

... Les plus durs travaux
Sont faits pour l'homme auquel ils ne sont pas nouveaux.
HAUMONT, le Jardinier et sa Femme.

... La justice
Veut que du moins chacun jouisse
Du prix de ses travaux ...
LEBRUN, les deux Taureaux.

... Il vaut encore mieux vivre dans le travail
Que de vivre dans la misère.
LEBRUN, les deux Taureaux.

TRAVERS.

Les travers des humains donnent matière à rire,
Il est bon d'y songer:
En cherchant à les corriger,
On trouve soi-même à s'instruire.
DU TREMBLAY, Epilogue.

TREMBLER.

Le bon tremble toujours à l'aspect du méchant.
AGNIEL, la Colombe et le Corbeau.

TRESOR.

Tout trésor mal acquis doit ainsi profiter.
F. DE NEUFCHATEAU, le Voleur et le pauvre Homme.

TRIBUN.

Peuples, méfiez-vous des tribuns factieux
Qui voudraient briser vos entraves:
Bientôt de ces ambitieux,
Si les rois succombaient, vous seriez les esclaves.
STASSART, le Brochet et les Poissons.

TRIBUNAL.

Chez Thémis trop heureux l'innocent que l'on juge,
Lorsque de ce lieu de refuge
L'infortuné ne sort qu'à moitié dépouillé.
A. NAUDET, la Brebis et le Buisson.

TRIOMPHE.

... Il n'est qu'un pas, on nous le disait bien,
Du Capitole au rocher Tarpéïen.
A. NAUDET, le Perroquet.

TRISTESSE.

... La tristesse et l'ennui
Sont des pauvres reclus l'ordinaire apanage.
AGNIEL, le Serin et le Pinson.

TROMPER.

... Chacun se trompe ici-bas.
LA FONTAINE, le Chien qui lâche sa Proie.

Heureux sont ceux qu'on trompe à leur profit.
LA FONTAINE, la Mandragore,.

Vouloir tromper le ciel, c'est folie à la terre.
LA FONTAINE, l'Oracle et l'Impie.

Oui, c'est double plaisir de tromper les trompeurs.
LA FONTAINE, le Coq et le Renard.

Il n'est pas malaisé de tromper un trompeur.
LA FONTAINE, les Poissons et le Cormoran.

... A tromper un trompeur,
Il faut que le faible travaille.
A. NAUDET, le Renard et la Caille.

Souvent les trompeurs sont trompés.
LEBRUN, le Chat libertin et la Chatte vengée.

... Le trompeur devient lui-même la victime
Du prudent ennemi qu'il voulait abuser.
LENOBLE, le Cheval et le Loup.

Avec un peu d'esprit, il est souvent facile
Au piège qu'il nous tend de surprendre un trompeur.
FLORIAN, l'Ecureuil, le Chien et le Renard.

C'est le vrai droit du jeu de tromper le trompeur.
PERRAULT, le Chien, le Coq et le Renard.

Qui ne s'est pas trompé dans ses affections?
STASSART, _les deux Chardonnerets.

On voit l'homme d'esprit trompé par une buse;
On voit un grand voleur trompé par un fripon;
Et souvent, grace à la ruse
Le plus fort n'a pas raison.
A. RIGAUD, l'Aigle et la Chouette.

Ne pouvant se tromper, on veut tromper les autres.
STASSART, la Bienfaisance du Milan.

Premier époux fut le premier trompé.
VOLTAIRE, l'origine des Métiers.

Tout domestique, en trompant un mari,
Pense gagner indulgence plénière.
LA FONTAINE, les trois Commères.

... Peut-on tromper la vieillesse?
DU TREMBLAY, le Chêne et les Lierres.

En vain l'on se déguise; on trompe en vain les hommes;
On ne peut tromper Dieu. La pureté du coeur
Est la plus digne offrande à ce grand bienfaiteur.
F. DE NEUFCHATEAU, le Fermier et son Fils.

N'est-ce pas une erreur extrême
De croire follement pouvoir tromper Dieu même?
PERRAULT, le Trompeur et Apollon.

TRONE.

... Par où l'on monte au gibet,
Un autre est porté sur le trône.
GRENUS, le Boeuf et le Cheval.

TYRAN.

Isolé, farouche, ombrageux,
Jamais un tyran ne respire,
Car il sait que chacun conspire
Pour trancher des jours odieux.
STASSART, le Léopard, l'Ours et le Rossignol.

Les tyrans ont toujours un misérable sort.
JAUFFRET, le Loup et le Bouc.

Sitôt qu'on n'en veut plus, les tyrans cessent d'être.
F. DE NEUFCHATEAU, Harangue du Lièvre.

Pacifiques ou conquérans,
Régnez toujours en rois, et jamais en tyrans.
LEBRUN, le Lion et l'Homme.

Tyrans, qui gouvernez sur terre,
Songez que l'homme, votre frère,
Peut se livrer au désespoir,
Si vous le surchargez par-delà son pouvoir.
HAUMONT, le Marchand et le Chameau.

Sous un tyran cruel n'est guère préférable
Le sort de l'innocent à celui du coupable.
PERRAULT, le Renard et le Singe.

Il n'est que les tyrans qui savent opprimer.
HAUMONT, le Philosophe et la Guêpe.

--- U ---

UNION, UNIR.

Toute puissance est faible, à moins que d'être unie.
LA FONTAINE, le Vieillard et ses Enfans.

Isolé sur la terre on cède au moindre orage,
Et les faibles sont forts alors qu'ils sont unis.
GOSSE, le Cyprès et les Myrtes.

Si vous êtes toujours unis,
Vos ennemis en vain chercheront à vous nuire;
Mais si, par un esprit jaloux,
Vous rompez les accords qui sont mis entre vous,
C'est le moyen de vous détruire.
LENOBLE, le Fagot.

Ce qu'un seul méchant ne peut faire,
Deux méchans le feront, quand ils sont réunis.
DE LA BOUTRAYE, l'Aigle, la Corneille et la Tortue.

UNIVERS.

Cet univers est un mélange affreux,
De maux, de soins, de liens dangereux.
AUBERT, Alys et Damon.

USAGE.

L'usage seulement fait la possession.
LA FONTAINE,, l'Avare qui a perdu son Trésor.

La loi même est souvent moins forte que l'usage.
ARNAULT, la Montre.

L'usage nous rend tout facile.
PERRAULT, le Lion et le Renard.

UTILE, UTILITÉ.

... L'utile à tout doit être préféré.
HAUMONT, le Poirier, le Rosier et le Voyageur.

... L'utile à l'agréable,
Chez les gens bien sensés, doit être préférable.
LEBRUN, le Pâtre, l'Orme et le Noyer.

Le vicieux et le futile
En vain brille à nos yeux surpris:
L'éclat peut manquer à l'utile;
Mais l'utile a toujours l'esprit.
F. DE NEUFCHATEAU, le Figuier et l'Epine.

C'est souvent un malheur que d'être trop utile.
LAMOTTE, l'Orme et le Noyer._

... Pour les choses futiles
Les grands réservent leur bonté;
Ils aiment mieux celui qui sert leur vanité
Que tous ceux qui leur sont utiles.
GOSSE, la Pantouffle et le Soulier.

N'est-ce pas travailler pour soi-même,
Que de se rendre utile à la société?
LE BAILLY, le Castor et l'Auta.

Il n'est rien d'inutile aux personnes de sens.
LA FONTAINE, le Lion s'en allant en guerre.

Les gens qui font le plus de bruit,
Sont rarement les plus utiles.
DU TREMBLAY, le Torrent et le Ruisseau.

Que toujours 1'utilité
Soit le seul but de nos sens.
LAURENCIN, la Vipère et la Sangsue.

L'utilité vaut mieux que l'extrême élégance.
DE LA BOUTRAYE, les Fleurs doubles et les Fleurs simples.

--- V ---

VAINCRE.

C'est un plaisir de vaincre sans danger.
HAUMONT, le Lièvre et le Chien courant.

... Se vaincre appartient aux héros.
LOMBARD DE LANGRES, le Conscrit.

VAINQUEUR.

... Les vainqueurs n'ont jamais tort.
GUTTINGUER, Polichinelle et les Enfans.

Le dol ou la vertu, qu'importe aux plus grands coeurs?
Tout est justifié, pourvu qu'ils soient vainqueurs.
F. DE NEUFCHATEAU, la Lupiade, chant I.

VALEUR.

La valeur jointe à la justice
Est sûre d'un succès heureux.
LEBRUN, le Lion, le Léopard et le Boeuf.

... La valeur sans prudence
N'est qu'une brutale vertu.
LEBRUN, le Lion et l'Homme.

La valeur sans pouvoir est assez inutile:
C'est un tourment de plus ...
VOLTAIRE, l'Education d'un Prince.

On peut, dans tous les rangs, avoir de la valeur.
GOSSE, les deux Rats et le jeune Chat.

La pitié, la valeur, sont fidèles compagnes,
STASSART, _l'Aigle et le Milan.

VALOIR.

Nous prenons bien souvent pour nous faire valoir,
Des moyens insensés qui ne font que mieux voir
Notre jalouse insuffisance.
LAMOTTE, l'Eclipse.

A tel un pré vaut autant
Qu'à tel autre, une province.
PIRON, la Fourmi et le Lion.

VANITE.

La vanité nous rend aussi dupes que sots.
FLORIAN, le petit Chien.

La vanité naît de l'aveuglement.
FORMAGE, la Souris présomptueuse.

Toute belle veut plaire; un grain de vanité
Doit donc s'excuser chez les belles.
LE BAILLY, le débat des Fleurs.

Tout ici-bas, dit-on, est vanité.
NIVERNAIS, le Nain et le Géant.

Avant de rien oser connaissons notre force,
Et de la vanité craignons la fausse amorce.
DU HOULLAY, le Cheval et l'Ane.

La honte suit toujours de près
Une vanité trop brutale.
LENOBLE, le Cheval et l'Ane.

La vanité n'est bonne à rien.
AGNIEL,, la Mule.

La vanité nous guérit de la peur.
NIVERNAIS, le Porc-épic et le Lièvre.

D'un sot la vanité secrète
En sa faveur tout interprète.
FORMAGE, l'Ane portant dru Fumier.

VAIN, VANITEUX.

Le vaniteux plus encor que le roi,
Voilà l'espèce insociable.
NIVERNAIS, les deux Aigles.

Tout homme est vain, tout homme aime à médire.
AUBERT, le Miroir.

L'espèce la plus mince est souvent la plus vaine.
F. DE NEUFCHATEAU, le Moucheron et le Taureau.

VANTER.

Pour qui se vante point d'oreilles.
LAMOTTE, la Ronce et le Jardinier.

VARIETE.

De la variété les graces sont compagnes.
LAMOTTE, les deux Songes.

... Tout plaisir s'use, il faut que l'on varie.
AGNIEL, l'Enfant et le Papillon.

VAURIEN.

Plus on grandit, plus on devient vaurien.
FLORIAN, le Cheval d'Espagne.

VENDRE.

... Il ne faut jamais
Vendre la peau de l'ours qu'on ne l'ait mis par terre.
LA FONTAINE, les deux Compagnons et l'Ours.

VENGEANCE.

... La vengeance
Est un morceau de roi ...
LA FONTAINE, les deux Perroquets.

La vengeance succède à l'indignation.
STASSART, le Lion et l'Ours.

La plus éclatante vengeance
Ne vaut pas un accommodement.
NIVERNAIS, l'Echo.

La vengeance du fort est toujours trop fatale.
NIVERNAIS, le Lion inconsolable.

Sans parler de remords, il est un dieu vengeur.
STASSART, le Renard et le Chien.

... La plus douce des vengeances,
C'est de pouvoir le faire et ne se venger pas.
LENOBLE, le Lion et la Grenouille.

Au stérile plaisir, d'une injuste vengeance
Ne nous livrons jamais ...
Notre agresseur est-il puissant?
Chercher à s'en venger, c'est folie, imprudence.
Dans les fers et l'adversité
Traîne-t-il tour à tour sa pénible existence?
Oh! C'est alors bassesse et cruauté.
AGNIEL, le Derviche et le Visir.

Pour se venger, un sot est plein d'adresse.
PARNY, Alcibiade converti.

Qui cherche à se venger d'une légère offense,
S'attire bien souvent plus de mal qu'il ne pense.
Mme JOLIVEAU, le Porc et les Abeilles.

D'une offense légère
Tel qui veut se venger,
Ne parvient au contraire
Qu'à se faire égorger.
DU HOULLAY, l'Ours et la Ruche.

On souffre, et l'on finit par perdre patience;
Mais c'est en s'épuisant que l'on obtient vengeance.
COUPE DE ST.-DONAT, le Pot et les Charbons ardens..

... Il est bien dur
De ne pas venger une injure:
N'est-ce pas le droit de nature?
NIVERNAIS, l'Araignée et l'Hirondelle.

En tous temps, en tous lieux, de qui l'ose outrager,
Le mortel le plus faible a de quoi se venger.
DU HOULLAY, l'Ours et la Ruche.

La vengeance, dit-on, est un morceau de roi.
AUBERT, le Loup.

Si nous voulons désarmer la vengeance
De l'ennemi qui nous poursuit,
Par nos vertus, qu'il soit instruit
Que nous méritons sa clémence.
HAUMONT, l'Homme et le Tigre.

Que la vengeance est douce, et bien plus douce encore,
Lorsque pour nous venger les Dieux prêtent leurs bras!
LENOBLE, le Renard et le Vautour.

Un traître a su nous outrager:
Si tout manque, le ciel saura nous en venger.
PERRAULT, le Renard et l'Aigle.

Le ciel interdit la vengeance,
Il veut qu'en souffrant une offense
L'esprit humilié dompte sa passion.
LENOBLE, la Grue et le Renard.

Tel vit se dérobant à la vengeance humaine,
Que le ciel en courroux, par des ressorts secrets,
Conduit pas à pas à la peine
Que méritent tous ses forfaits.
LENOBLE, le Renard et le Vautour.

VENT.

... Sur la foi des vents insensé qui se fonde.
LE BAILLY, le Passager, la Mer et les vents.

VENTRE.

Dans tous les temps le ventre a tout gâté.
GOSSE, le Cheval, l'Ane, le Chien et le Chat.

VERITE.

L'homme est de glace aux vérités,
Il est de feu pour les mensonges.
LA FONTAINE, le Statuaire.

La vérité n'a pas une chapelle,
Et le mensonge a des temples nombreux.
PARNY, Alcibiade converti.

Qui découvre une vérité,
A dit un grave personnage,
La gardera pour soi, s'il est quelque peu sage
Et chérit la tranquillité.
ARNAULT, le Secret de Polichinelle.

... D'un conte, avec un peu d'adresse,
On fait jaillir d'utiles vérités.
A. RIGAUD, les Graces.

Hélas! la vérité
Ne plaît que de fort loin.
HAUMONT, la Vérité.

Qu'importe de quelle façon
La vérité se développe?
NIVERNAIS, les Oiseaux de passage.

La vérité déplaît: osez la faire entendre
Aux êtres plus puissans que vous,
Bientôt vous devez vous attendre
D'éprouver les effets d'un injuste courroux.
HAUMONT, l'Hirondelle et le Ramoneur.

... La vérité ne blesse
Que l'oreille d'un mauvais roi.
NIVERNAIS, le Mandarin disgracié.

Jusqu'au trône des rois la vérité timide
Rarement perce et se fait jour:
Elle est étrangère à la cour.
On s'égare partout si l'on ne l'a pour guide.
LEBRUN, le Prince et le Pâtre.

Pour garans de la vérité,
Comptons les raisons non les hommes.
LAMOTTE, le Berger et les Echos.

La vérité toujours présente un front sévère.
LE BAILLY, Prologue du livre II.

VERROUX.

Sous les verroux point de chansons!
STASSART, le Rossignol et l'Hirondelle.

VERTU.

C'est la vertu qui nous distingue.
LENOBLE, le Vice et la Vertu.

... Dans la vertu seule est notre vrai bonheur.
GRENUS, le Mouton réformateur.

... De tout temps,
La vertu mène à la fortune.
NIVERNAIS, les trois Japonnais.

Où la vertu perd son empire
L'amitié reste sans soutien.
AUBERT, les Oiseaux.

Avec le temps, toute vertu s'illustre.
NIVERNAIS, le Diamant du duc de Bourgogne.

La vertu seule et la science
Font de tous les mortels entre eux
L'essentielle différence.
LENOBLE, le Vice et la Vertu.

... Il est bon d'avoir de la vertu.
DUCERCEAU, la nouvelle Ève.

A la seule vertu sois sûr que tout prospère.
F. DE NEUFCHATEAU, le Fermier et son Fils.

Sans la vertu, mon fils, il n'est point de bonheur.
A. RIGAUD, le Bloc de marbre.

Ici-bas la vertu ne porte pas bonheur.
A. RIGAUD, la Calomnie.

Contre les attentats du crime
Le ciel protège la vertu.
LEBRUN, Arion et le Dauphin.

L'homme juste et pieux, toujours exempt de crimes,
Offre aux cieux des vertus et non pas des victimes.
A. RIGAUD, le Tigre malade.

Laissons là les honneurs et comptons les vertus.
F. DE NEUFCHATEAU, les deux Chevaux.

... Il est peu
De vertus sans alliage.
JAUFFRET, le Papillon et la Demoiselle aquatique.

A la vertu toujours se mêle quelque vice.
GRENUS, le Plaisir et la Douleur.

Souvent de la vertu le manteau respectable
Est endossé par des fripons.
AGNIEL, l'Avare et Plutus.

Dans les lieux où le despotisme
Tient tous les esprits abattus,
S'il se rencontre des vertus
Elles vont jusqu'à l'héroïsme.
NIVERNAIS, le bon Ministre.

... La gêne et la captivité
Ne forment pas toujours un moyen immanquable
D'assurer la vertu d'une jeune beauté.
COUPE DE ST.-DONAT, Danaë et Jupiter.

Il faut à la vertu l'épreuve des revers,
Et le bien qu'elle fait la console sans peine
Du mal que lui font les pervers.
LE BAILLY, Jupiter, le Chêne et Borée.

... Pratiquez la vertu:
La paix de l'ame en est la récompense.
AGNIEL, le Renard mourant.

Cette même vertu qui fait naître l'envie,
Tôt ou tard confond l'envieux.
STASSART, le Coq généreux.

Le méchant cherche en vain à troubler la nature,
La vertu rend bientôt le calme à l'ame pure.
Mme JOLIVEAU, le Tigre et le Ruisseau.

De la vertu la touchante beauté
Aux méchans même a souvent droit de plaire.
NIVERNAIS, l'Aigle et le Pélican.

La vertu me semble assez belle
Pour la montrer sans ornement.
NIVERNAIS, le bon Ministre.

VERTUEUX.

On n'est pas vertueux, pour n'avoir aucun vice.
AUBERT, le Lion et le Lièvre.

Comme l'on fuit le vice, on court au vertueux.
LENOBLE, le Vice et la Vertu.

VEUVE, VEUVAGE.

La perte d'un époux ne va pas sans soupirs:
On fait beaucoup de bruit, et puis on se console.
LA FONTAINE, la jeune Veuve.

Entre la veuve d'une année
Et la veuve d'une journée
La différence est grande: on ne croirait jamais
Que ce fût la même personne.
LA FONTAINE, la jeune Veuve.

VEXER.

Vexer au loin pour répandre l'aisance
Autour de soi,
Ce n'est pas une bienfaisance
De bon aloi.
NIVERNAIS, la Fontaine du Seigneur.

VICE.

Le vice fuit où n'est pas la mollesse.
VOLTAIRE, Ce qui plaît aux Dames.

... Dans le chemin du vice,
On est au fond du précipice
Dès qu'on met un pied sur le bord.
FLORIAN, le Chien coupable.

Tous les jours le vice paraît
Sous une forme qui nous plaît; Avertissons-en la jeunesse,
Et, pour qu'elle le reconnaisse, Peignons-le lui tout comme il est.
NIVERNAIS, les Chevreuils.

Si dans un coeur parjure
La vertu peut encor faire entendre sa voix,
Le vice est là qui veille, et bientôt la nature
A perdu tous ses droits.
STASSART, le Remords inutile.

Dans la jeunesse, où l'ame est encore flexible,
Le vice loin de nous peut être repoussé;
Dans un âge plus avancé,
Il est souvent incorrigible.
LEBRUN, l'Arbre et le Jardinier.

Dans un coeur corrompu quand le vice a pris place,
C'est avec peine qu'on l'en chasse.
AUBERT, le Vase et son Maître.

... Le vice partout doit être combattu;
Mettons à le poursuivre un zèle infatigable;
Mais, d'un autre côté, tenons compte au coupable
De son retour à la vertu.
AGNIEL, le Loup.

On confond aisément le vice et la vertu.
LENOBLE le Daim et le Rhinocéros.

Le vice sans pudeur est trop incorrigible.
LAMOTTE, l'Avare et Minos.

... Un vice toujours dans un autre nous plonge.
GRENUS, le Chat corrigé.

Jamais avec le vice il ne faut qu'on badine.
Mme JOLIVEAU, les Joueurs.

Tous les vices chéris s'accueillent avec soin!
HAUMONT, la Vérité.

Voulez-vous des pièges du vice
Défendre un coeur pur et novice?
Ne chargez pas trop vos portraits;
Le vice n'a que trop d'attraits: Bien mieux que la vertu sauvage,
Du vase il emmielle les bords;
Et, dans le premier feu de l'âge,
Souvent nos malheurs et nos torts
Sont la faute de nos mentors.
GINGUENE, les jeunes Rats et le Chat.

Ne prenons pas pour sagesse
Les vices de notre coeur.
NIVERNAIS, le Jugement de Minos.

VICIEUX.

On combattra toujours le vice
Sans corriger le vicieux.
LEBRUN, Epilogue.

... Le plus vicieux a bien quelque vertu.
GRENUS, le Plaisir et la Douleur.

VICTOIRE.

Quelquefois la victoire est fatale au vainqueur.
LEBRUN, le Rossignol et le Joueur de flûte.

La victoire souvent ruine le vainqueur.
HAUMONT, le Singe possesseur et les autres Singes.

VIE.

... C'est folie
De compter sur dix ans de vie.
Soyons bien buvans, bien mangeans;
Nous devons à la mort de trois l'un en dix ans.
LA FONTAINE, le Charlatan.

Le soleil de la vie est couvert de nuages:
Jeunes, les passions obscurcissent nos sens;
Ce soleil s'éteint-il, c'est au sein des orages:
Le remords et la peur assiègent nos vieux ans.
AUBERT, les Lapins.

Jouis, et souviens-toi qu'on ne vit qu'une fois.
ANDRE CHENIER, le Rat de ville et le Rat des champs.

L'amitié, la philosophie,
Font les délices de la vie.
A. RIGAUD, le Rossignol et le Tonnerre.

Pour la santé trop de précaution,
Trop de soins, trop d'attention, Nuisent quelquefois à la vie:
Ce qu'on fait pour la prolonger Souvent ne sert qu'à l'abréger.
LEBRUN, l'Oranger et le Chêne.

Puisque la mort, hélas! nous frappe tous,
Petits ou grands avant qu'elle nous frappe,
Goûtons le bien qui si tôt nous échappe.
C. D'HARLEVILLE, le Rat de ville et le Rat des champs.

Chacun dit ce qu'il peut pour défendre sa vie.
LA FONTAINE, le Loup et le Chien maigre.

La brièveté de la vie
Doit consoler les malheureux.
LEBRUN, le Cheval, le Chien, etc._

... Heur et malheur partagent notre vie.
A. RIGAUD, la Chevrette et ses Petits.

... Chaque homme a son génie
Pour l'éclairer et pour guider ses pas
Dans les sentiers de cette triste vie.
VOLTAIRE, Sésostris.

... La vie est peu de chose;
Ce n'est qu'un tissu de chagrins,
Et c'est en vain qu'on se propose
De s'y faire d'heureux destins.
LENOBLE, le Renard et le Loup.

La vie, ou longue ou courte, est égale aux mourans.
LENOBLE, le Renard et le Loup.

Il est pesant le fardeau de la vie.
STASSART, les Oiseaux et les Poissons.

Notre vie est une maison;
Y mettre le feu c'est folie.
NIVERNAIS, le Sage Vieillard et le faux Sage.

Vains mortels, vils jouets d'un vain et sot orgueil,
La mer où vous voguez renferme maint écueil,
Où, malgré voire rare et haute suffisance,
Se brise à l'imprévu votre frèle existence.
DU HOULLAY, les deux Fourmis.

... Notre vie est un pèlerinage
Auquel nous condamne le sort;
Combien un ami vrai nous aide et nous soulage!
Il charme par ses sons les peines du voyage;
Mais il faut un parfait accord:
Sans cela l'on fait naufrage.
STASSART, la Barque et les Rameurs.

Une vie est souvent heureuse ou malheureuse
Par les endroits qu'on ne voit pas.
LAMOTTE, les deux Songes.

Chacun aime à passer sa vie
Aux lieux qui furent son berceau.
JAUFFRET, le Papillon et la Demoiselle aquatique.

... Il n'est que les sots
Qui puissent regretter la vie.
JAUFFRET, les deux Loups.

Sur le théâtre de la vie,
Combien nous découvrons d'ambitieux enfans,
Dont le caprice on l'ineptie
Brise, au lieu de guider les fils qu'on leur confie.
Mme JOLIVEAU, les Marionnettes.

VIEILLESSE.

La vieillesse est impitoyable.
LA FONTAINE, le Chat et la Souris.

Tout nous quitte dans la vieillesse.
AUBERT, le Papillon et l'Oeillet.

Le long âge est un mal dont on ne peut guérir.
AUBERT, le Papillon et l'Oeillet.

Les maux sont des vieux ans l'apanage ordinaire.
FORMAGE, la Vieille et le Médecin.

La vieillesse n'est plus la saison des travaux.
STASSART, l'Ecureuil et le Chien de chasse.

... L'homme en sa vieillesse
Doit se reposer et jouir.
AGNIEL, l'Ombre de Salomon.

A la vieillesse tout déplaît;
La jeunesse, avec elle, est toujours une sotte.
AUBERT, le Radoteur.

Un brigand rarement vieillit;
L'infame plus souvent expire
Sur un gibet, que dans son lit.
LEBRUN, le Loup agonisant.

Tout, pour la vieillesse engourdie, Des filets de la mort est plein.
DU HOULLAY, les deux Papillons.

Plus on vieillit, plus la raison
Prend sur l'esprit de l'homme et de force et d'empire;
Elle craint de l'erreur le dangereux poison;
Et fuit les faux plaisirs où la jeunesse aspire.
LEBRUN, la jeune Bergère et le Vieillard.

On redevient enfant, hélas! quand on est vieux.
DU TREMBLAY, le Nid.

... Dans la vieillesse
0n ne se reforme jamais.
Mme JOLIVEAU, la Fauvette, le Moineau et le Rossignol._

VIOLENCE.

... A la violence
On regrette souvent de s'être abandonné.
STASSART, le Chevreuil et la Biche.

Avec la violence on ne se gouverne pas.
F. DE NEUFCHATEAU, le Fermier et son Fils.

VISAGE.

Les ruines d'une maison
Peuvent se réparer: que n'est cet avantage
Pour les ruines du visage.
LA FONTAINE, la Fille.

Qui montre un visage imposteur,
A rarement un coeur sincère.
LEBRUN, le Singe et la Guenon.

VIVRE.

Il faut que tout le monde vive.
ARNAULT, le Sirop et les Mouches.

Pour vivre heureux, vivons caché.
FLORIAN, le Grillon.

Le pacte universel est qu'on vive et qu'on meure.
VOLTAIRE, le Lion et le Marseillais.

Il faut que tout le monde vive.
LAMOTTE, le Chat et la Chauve-Souris.

Qui ne vit que pour soi, n'est pas digne de vivre.
FORMAGE, l'Homme insouciant.

Parmi nous, d'un destin suffisant, mais modeste,
Qui sait être content? Qui veut vivre ignoré?
A ce bonheur obscur qui n'a pas préféré
Un éclat trop souvent funeste.
F. DE NEUFCHATEAU, les Grenouilles et les Joncs.

Où le sort voulut nous lier,
Il faut savoir vivre paisible.
DU TREMBLAY, le pauvre Chien.

Qui vit long-temps a beaucoup vu.
AGNIEL, le Renard mourant.

... Pour vivre exempt de chagrin,
Il faudrait ne voir ni n'entendre.
NIVERNAIS, l'Homme aveugle et sourd.

Mieux vaut goujat debout qu'empereur enterré.
LA FONTAINE, la Matrone d'Ephèse.

VOCATION.

A sa vocation chaque être doit répondre.
F. DE NEUFCHATEAU, la Lupiade, chant III.

VOEUX.

Par des voeux importuns nous fatiguons les dieux;
Souvent pour des sujets même indignes des hommes.
LA FONTAINE, l'Homme et la Puce.

Oh! combien le péril enrichirait les dieux,
Si nous nous souvenions des voeux qu'il nous fait faire.
LA FONTAINE, Jupiter et le Passager.

Les voeux sont enfans de la crainte.
LAMOTTE, le Chat et la Chauve-souris.

VOILE.

Sous un voile sacré les fourbes, les méchans,
Cachent leurs griffes et leurs dents.
A. RIGAUD, le vieux Chat.

Le voile n'est le rempart le plus sûr
Contre l'amour, ni le moins accessible;
Un bon mari, mieux que grille ni mur,
Y pourvoira, si pourvoir est possible.
LA FONTAINE, Mazet de Lamporecchio.

VOIR.

Chacun de nous a sa lunette
Qu'il retourne suivant l'objet:
On voit là-bas ce qui déplaît.
On voit ici ce qu'on souhaite.
FLORIAN, le Chat et la Lunette.

On se voit d'un autre oeil qu'on ne voit son prochain.
LA FONTAINE, la Besace.

Les choses d'ici-bas, quand on les envisage,
Ont toutes un revers dont on est moins flatté;
C'est être heureux, c'est être sage,
Que de les voir du bon côté.
JAUFFRET, le Lérot et les deux Lézards.

... Quiconque a beaucoup vu,
Peut avoir beaucoup retenu.
LA FONTAINE, l'Hirondelle et les petits Oiseaux.

Où l'un voit des chardons, l'autre aperçoit des roses.
A. RIGAUD, le Rossignol et le Tonnerre.

Heureux celui qui voit toujours du bon côté.
A. RIGAUD, le Rossignol et le Tonnerre.

Qui ne voit goutte en son affaire,
Dans celles d'autrui ne voit guère.
PERRAULT, le Devin.

VOISIN.

C'est un triste et fâcheux destin
Que d'avoir un méchant voisin.
PERRAULT, Jupiter et le Limaçon.

... C'est souvent une entreprise vaine
Et dangereuse, aussi bien que vilaine,
De se jeter sur ses voisins
Quand on les voit troublés de débats intestins.
NIVERNAIS, le Loup et les Mâtins.

VOL, VOLER.

Un vol, s'il n'est restitué,
Ne saurait être pardonnable.
LENOBLE, le Loup et la Belette.

Jamais un larcin ne profite,

Sans compter les malheurs qui viennent à sa suite.
LE BAILLY, le Nid d'Aiglons.

Toujours le vol fut condamnable.
A. RIGAUD, les deux Pèlerins.

Un pauvre vous vole, on le pend.
Pour les riches, c'est différent:
Gare aux objets qui leur conviennent!
Car ils gardent tout ce qu'ils prennent.
STASSART, la Brebis, le Cheval et le Boeuf.

VOLCAN.

Tout ce qui pose sur la terre,
Renferme dans son sein le foyer d'un volcan.
DU HOULLAY, le Mont orgueilleux.

VOLEUR.

Mal prend aux volereaux de faire les voleurs.
LA FONTAINE, le Corbeau voulant imiter l'Aigle.

Nul voleur ne sait s'arrêter.
F. DE NEUFCHATEAU, le Voleur et le pauvre Homme.

Fort souvent le voleur tombe aux mains de l'exempt,
Tandis qu'à voler il s'applique.
LENOBLE, le Faucon et la Colombe.

De voleur à voleur on parle probité.
F. DE NEUFCHATEAU, le Loup, l'Agneau et le Lion.

VOLONTE.

Il n'est point de vertu sans libre volonté.
HAUMONT, la Sensitive et la Violette.

Un grand vouloir enfante un grand courage.
DU TREMBLAY, le Cerf-Volant.

VOLUPTE.

Flatteuse volonté, ta séduisante image
Entraîne quelquefois la jeunesse volage.
A. RIGAUD, le Bloc de marbre.

Que d'un penchant fatal notre coeur s'affranchisse,
Si pour lui le plaisir a des charmes flatteurs:
La volupté conduit au vice,
Et le vice aux plus grands malheurs.
LEBRUN, la Fontaine du Plaisir et celle de la Sagesse.

La volupté, ni la mollesse
Ne peuvent contenter nos coeurs.
LEBRUN, la Fontaine du Plaisir et celle de la Sagesse.

VOYAGE, VOYAGER.

En voyageant plus la troupe est complète
Mieux elle vaut: c'est toujours le meilleur.
LA FONTAINE, l'Oraison de saint Julien.

... Le droit de voyage
N'appartient qu'aux gens sensés.
NIVERNAIS, les Animaux voyageurs.

Combien tranquillement pourraient dans le voyage
Vivre contens, riches, heureux,
Qui vont sur l'étranger rivage
Chercher un écueil dangereux.
LENOBLE, le Cerf qui loue ses Bois.

Pour tromper le chemin, on converse en voyage.
Mme JOLIVEAU, les Beaux diseurs.

Les amis s'estiment heureux
De pouvoir voyager ensemble.
AGNIEL, les deux Ruisseaux.

Tel veut aller au loin étaler sa science,
Qui perd, en voyageant, sa première innocence.
COUPE DE ST.-DONAT, Vert-Vert.

Quand on se trouve aussi mal sur la route,
Il faut finir le voyage ...
NIVERNAIS, le Sage vieillard et le faux Sage.

VOYAGEUR.

... La règle ordinaire
Est qu'un voyageur mente, ou du moins exagère.
JAUFFRET, le Dogue et le Barbet.

Il faut se défier de l'oeil des voyageurs.
NIVERNAIS, les Animaux voyageurs.

VRAI.

Si l'on se plaît à l'image du vrai,
Combien doit-on rechercher le vrai même.
LA FONTAINE, le Remède.

Rien n'est vrai comme ce qu'on sent.
FLORIAN, les Serins et le Chardonneret.

Savoir le vrai d'abord est quelque chose.
DU TREMBLAY, Philopoemen.

En fait de coeur et de mérite
Le vrai n'est pas souvent facile à démêler;
Tel est plus poltron que Thersite,
Qu'on prendrait pour Achille, à l'entendre parler.
LENOBLE, le Loup et le Bouc.

VUE.

Ne vous fiez pas trop à la première vue.
F. DE NEUFCHATEAU, la Cire et la Brique.

VULGAIRE.

C'est sur d'assez minces objets
Que souvent le vulgaire fonde
Des triomphes et des regrets.
NIVERNAIS, le Nain et le Géant.

... Il est dangereux, insensé, téméraire,
Sur ses vrais intérêts d'éclairer le vulgaire.
A. RIGAUD, les Rats et les Souris.

--- Y ---

YEUX.

Quand on veut toucher l'ame, il faut parler aux yeux.

DU TREMBLAY, Zéphir et Flore.

Les yeux furent toujours les portes de l'amour.
LENOBLE, le Miroir.

FIN DU CITATEUR DES FABULISTES.

***

ERRATA.(*)

[Note du copiste: Toutes les corrections ci-dessous ont été portées dans le corps de l'ouvrage numérisé.
Par ailleurs, la transmission correcte sur Internet des majuscules accentuées étant aléatoire, elles ont été remplacées par leurs équivalents non accentués. Les patronymes en cause sont ceux des Fabulistes André Chénier, Coupé de St.-Donat, d'épagny et Ginguené.]

page 10, ligne 7: Soyez amans vous serez inventifs, lisez, Soyez amant vous serez inventif.

page 27, ligne 17: Prologue du livre XII, lisez du livre X.

page 36, ligne 8: le vieux Prêtre, lisez Pasteur.

page 65, ligne 25: le Pinçon, lisez Pinson.

page 78, ligne 1: Je définis la cour, Un, etc., lisez Je définis la cour en, etc.

Page 102, ligne 14: au couvent, lisez aux couvens.

page 136, ligne 24: Même aux plus fortunés mortels, lisez Même au plus fortuné mortel.

page 142, ligne 23: Communément fille bâtarde chasse, lisez auparavant .... Chacun sait que de race

page 163, ligne 26, à demi passée, lisez à demi pensée.

page 217, ligne 10: Demeure loup, lisez agisse en loup.

page 272, ligne 20: Entre deux cours, lisez Entre deux coeurs

page 285, ligne dernière: CHAMFORT, lisez CHAMPFORT.

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------------------------- FIN DU FICHIER fabulistes1 --------------------------------